Palantir : le logiciel espion de Peter Thiel a infiltré la DGSI

Trois renouvellements. Aucune transparence.
- Paris saigne encore. La DGSI cherche des outils pour croiser les données, anticiper les menaces. Patrick Calvar, alors patron de la sécurité intérieure, signe un contrat avec Palantir. Une solution temporaire, dit-il. Dix ans plus tard, ce n'est plus temporaire. Le contrat a été renouvelé trois fois. — Et ce n'est pas rien.
Vingt milliards de dollars ? Non. Quatre cents milliards de dollars. Aujourd'hui, Palantir pèse plus que TotalEnergies. L'entreprise valait 15 milliards lors de son introduction en 2020 (radiofrance.fr). Et la France est l'un de ses clients.
« Il s'agit de mettre en place un ordre nouveau », déclare Patrick Calvar à l'époque (ouest-france.fr). Un ordre nouveau bâti sur la surveillance de masse — une formule qui prend son sens quand on connaît l'idéologie du fondateur.
Peter Thiel ne cache pas ses ambitions
Peter Thiel n'est pas qu'un entrepreneur. C'est un idéologue. Cofondateur de PayPal, premier investisseur externe de Facebook. Il a fait fortune en pariant sur les bonnes start-up. Son vrai projet est politique.
« La démocratie et la liberté ne sont plus compatibles », affirme-t-il. Traduction : la masse est médiocre. Elle doit être dirigée par une élite technologique. Les seigneurs de la tech dominent. Les autres se soumettent.
Juillet 2016. Donald Trump se présente. Thiel est l'un des seuls géants de la Silicon Valley à le soutenir. Il prend la parole à la convention républicaine : « Je ne suis pas un politicien, mais Donald Trump non plus. C'est un bâtisseur. » Un bâtisseur qui, quelques années plus tard, utilisera Palantir pour traquer les sans-papiers.
Thiel s'est beaucoup investi dans la politique locale américaine. Il a financé des candidats libertariens. Son rêve : un État minimal, mais une surveillance maximale. Contradiction ? Non. Pour lui, la liberté individuelle n'est accessible qu'à ceux qui maîtrisent la technologie. Les autres doivent être contrôlés.
Voilà.
Palantir : la pierre qui voit tout, partout, tout le temps
Le nom vient du Seigneur des Anneaux. Une pierre magique qui permet de voir à distance. Les palantír sont puissants. Ils sont aussi dangereux. Celui qui les utilise risque d'être corrompu.
Palantir est fondée juste après le 11 septembre. L'argument : les services de renseignement ont échoué faute d'outils. Il fallait connecter les données. Analyser les masses. Depuis, l'entreprise vend sa capacité à traiter des volumes astronomiques d'informations pour les agences de sécurité, les armées, les polices.
Vingt ans plus tard, Palantir a engrangé plus de 900 millions de dollars de contrats fédéraux américains depuis janvier 2025 (20minutes.fr). Une machine de guerre. Et une machine à glacer le sang.
Elite : l'application qui transforme les quartiers en zones de chasse
Ces derniers mois, Palantir fait la une. L'ICE — la police de l'immigration américaine — utilise une nouvelle application : Elite. Développée par Palantir.
Quentin Tarantino, technologue à l'Electronic Frontier Foundation (EFF), explique : « Elite indique aux agents de l'ICE les maisons où vivent probablement des sans-papiers susceptibles d'être expulsés. Il s'agit essentiellement d'une liste d'ennemis sous forme d'application. »
Comment ça marche ? Les agents ouvrent l'appli sur leur téléphone. Ils demandent : « Montre-moi qui je dois arrêter dans ce quartier. » Elite leur fournit des noms, des adresses, des photos, des informations personnelles. Puis ils enfoncent les portes.
Le rapport de l'EFF dénonce un système qui cible les communautés latinos et noires. Discrimination algorithmique. Profilage de masse. Palantir empoche des millions.
Tarantino met en garde : « Avec l'IA, les caméras de surveillance omniprésentes pourraient servir à savoir qui participe à une manifestation, puis découvrir où ils dorment, où ils travaillent, qui est leur amant. » Ce n'est pas de la science-fiction. C'est déjà en place.
La DGSI : un client discret, un contrat opaque
Revenons en France. La DGSI signe un contrat avec Palantir en 2015. Argument officiel : un outil temporaire pour lutter contre le terrorisme. Dix ans plus tard, le contrat est renouvelé pour la troisième fois.
Combien a payé la France ? Silence. Les détails financiers restent flous. Aucun chiffre public. Aucune communication du ministère de l'Intérieur. Seule certitude : les services considèrent Palantir comme irremplaçable.
Patrick Calvar, ancien patron de la DGSI, a justifié ce choix par l'urgence sécuritaire. Mais l'urgence n'excuse pas tout. Palantir conçoit ses logiciels pour fonctionner en réseaux, pour centraliser les données. Une fois installés, ils créent une dépendance. « C'est comme un piège à cafards », résume un expert cité par Le Dossier. « S'ils quittent Palantir, ils perdront cette fantastique capacité de recherche. »
Les services français ont-ils donné accès à Palantir à des données personnelles de citoyens ? On ne sait pas. Mais le risque est réel. L'EFF rappelle que Palantir collabore avec des régimes autoritaires — y compris des pays où les libertés sont bafouées.
Un danger pour les libertés civiles : la France dans le collimateur
« La capacité aujourd'hui des Américains à penser un monde totalitaire et un monde de surveillance est assez stupéfiante », alerte Tarantino. « On a des idéologues prêts à s'asseoir sur les libertés démocratiques pour établir ce techno-totalitarisme. »
La France n'est pas à l'abri. Le contrat DGSI-Palantir ouvre une brèche. Si les algorithmes de Palantir peuvent cibler des sans-papiers aux États-Unis, pourquoi ne pas cibler des manifestants en France ? Des syndicalistes ? Des opposants politiques ?
Et pourtant. Le gouvernement français n'a jamais communiqué sur ce partenariat. Aucune évaluation publique. Aucun débat parlementaire. La signature a été discrète. Les renouvellements plus discrets encore.
Le dossier est loin d'être clos. L'Electronic Frontier Foundation continue de documenter les dérives de Palantir. L'association demande une enquête indépendante sur les contrats avec les gouvernements étrangers, dont la France.
Qui a signé le dernier renouvellement ? Combien d'argent public a été versé ? Quelles données la DGSI a-t-elle partagées avec Palantir ? Autant de questions qui restent sans réponse.
Sources
- Electronic Frontier Foundation (EFF) – Rapport sur l'application Elite et les dérives de Palantir.
- Radio France – Capitalisation boursière de Palantir (400 milliards de dollars).
- 20 Minutes – Contrats fédéraux de Palantir depuis janvier 2025 (900 millions de dollars).
- Ouest-France – Citation de Peter Thiel et du « nouvel ordre ».
- Wikipédia – Historique et fondation de Palantir Technologies.
- Transcription vidéo – Le Dossier (entretien avec Quentin Tarantino de l'EFF, déclarations de Peter Thiel, contrat DGSI).
- Enquête du Dossier – Analyse des contrats DGSI-Palantir, déclarations de Patrick Calvar.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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