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Manifeste Palantir : la DGSI dans le piège du choc des civilisations

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-25
Illustration: Manifeste Palantir : la DGSI dans le piège du choc des civilisations
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Vingt-deux points qui changent tout

Vingt-deux points. C'est le manifeste de Palantir. Publié le 18 avril 2026, il n'a pas la forme d'un document politique classique — c'est un code source, une déclaration de guerre idéologique. Peter Thiel, fondateur de l'entreprise, ne cache rien. Il assume.

Platon et le « noble mensonge ». Carl Schmitt et la distinction ami/ennemi. Le confort des années 90 est mort, disent-ils. La Silicon Valley doit une dette à l'Amérique. Le soft power ne suffit plus. Il faut des armes. Il faut des soldats. L'Allemagne et le Japon doivent se remilitariser.

« Toutes les cultures ne se valent pas », clame le point 21.

La gauche française a hurlé. La droite — Figaro, Bock-Côté, Gave — a pris ses distances. Personne ne veut être associé à ça. Pourtant, le logiciel tourne déjà.

Pourquoi ce manifeste ? Peter Thiel est un philosophe milliardaire. Sioniste. Ultraconservateur. Il croit au « katechon », ce concept théologique qui justifie l'Occident comme une force retenant le mal — le chaos, l'antéchrist, ou, plus prosaïquement, la Chine. La suite est édifiante.

Le manifeste ne s'adresse pas au peuple. Il s'adresse aux ingénieurs. « Mettez-vous au service de votre civilisation », leur intime-t-il. (Oui, vous avez bien lu.) C'est un appel au patriotisme technologique, mais d'un genre nouveau — un patriotisme impérial, assumé, brut.

Vingt-deux points. Chacun frappe comme un verdict. Le point 5 : « Les armes de l'intelligence artificielle seront construites de toute façon, qu'on le veuille ou non. » Le point 11 : « Il ne faut pas se réjouir de la destruction de l'ennemi. » Un conseil de René Girard, digéré par Thiel : la vengeance est mauvaise pour le système.

Mais qui est l'ennemi ? Le manifeste ne le dit pas explicitement. Il n'en a pas besoin. Le contexte suffit.

Un client fantôme : la DGSI

Avril 2026. L'Express publie une information qui passe presque inaperçue. La DGSI — nos services de renseignement intérieur — utilise Palantir. L'entreprise américaine analyse des masses de données. Elle traque les terroristes. Elle surveille les criminels.

C'est efficace. C'est utile. C'est aussi un cheval de Troie idéologique.

Palantir a été fondée en 2003. Dans le sillage du 11 septembre. Peter Thiel et Alexander Karp en sont les pères. La CIA était là dès le début. Aujourd'hui, l'entreprise collabore avec l'ICE aux États-Unis. Elle a participé à la guerre à Gaza. À l'élimination de dirigeants iraniens.

Et la France paie pour ce service.

« La seule question est de savoir qui doit être notre agent pénitencier », résume un analyste politique cité dans la conférence qui a nourri cette enquête.

C'est ça, le vrai problème. Le logiciel existe. Il existera de toute façon. Produire des données, c'est notre nouveau métier. Les lire, c'est le métier de Palantir. La question n'est pas idéologique, disent les pragmatiques. La question est technique.

Mais le manifeste de 2026 retire ce confort. Il lie la technique à une vision du monde. Une vision qui assume le conflit. Qui célèbre la puissance. Qui méprise les faibles.

Combien la France paie-t-elle pour ce service ? Les chiffres sont flous. Les contrats, cachés. Mais une chose est sûre : l'argent public finance une idéologie que l'opinion publique rejette. Le Figaro a titré, Bock-Côté a tweeté, Gave a écrit. Tous ont dit non. Pendant ce temps, la DGSI continue d'utiliser l'outil.

C'est là que ça devient intéressant.

L'idéologie du conflit éternel

Peter Thiel n'est pas un chef d'entreprise comme les autres. C'est un philosophe de l'apocalypse. Son livre « Zero to One » est une bible pour les start-up. Son article « La concurrence est pour les losers » est un manifeste à lui seul. Il croit au monopole. Il croit au contrôle.

René Girard lui a appris que le désir mimétique mène à la violence. La seule paix possible, c'est le monopole. Un seul dieu. Un seul roi. Une seule entreprise.

Carl Schmitt lui a appris que la politique est la distinction de l'ami et de l'ennemi. Palantir distingue. Le manifeste le dit clairement : « Toutes les cultures ne se valent pas. » La civilisation occidentale est supérieure. Il faut la défendre militairement et technologiquement.

Trois grandes croyances traversent le manifeste, d'après l'analyse qui a servi à cette enquête.

Première croyance : nous sortons des illusions des années 90. Fin de l'histoire de Fukuyama. Utopie numérique. Rêve d'horizontalité. C'était une illusion. La réalité est revenue. La compétition des empires. Le hard power.

Deuxième croyance : la compétition d'empires est inévitable. La Chine monte. L'Occident doit s'armer. Pas seulement militairement — technologiquement. L'IA sera l'arme absolue.

Troisième croyance : le hard power est nécessaire. Le soft power a échoué. Les valeurs progressistes ne défendent pas les frontières. Les soldats, oui.

Alexandre Douguine, le mage du Kremlin — bien qu'il n'ait pas l'influence qu'on lui prête, comme il le confie lui-même — a immédiatement tweeté : « Palantir est la preuve du nouveau suprémacisme occidental. » Il n'a pas tort. Le manifeste est un appel à la guerre des civilisations.

Mais la gauche française crie au fascisme. Est-ce le bon mot ?

Technofascisme ou technopouvoir ?

Faut-il avoir peur ? L'analyste que nous suivons prend position. Il refuse le terme de « technofascisme ». Trop simple. Trop réducteur.

« Il n'y a pas de parti de masse, pas de milices, pas de volonté d'un État total », énumère-t-il.

Il a raison sur la forme. La comparaison historique boite. Nous ne sommes pas en 1933. Mais il a tort sur le fond.

Le contrôle est total. Nous sommes traqués en permanence. Des machines que nous ne contrôlons pas lisent nos données. L'idéologie derrière ces machines ? La guerre. Le conflit. La supériorité.

Johann Chapoutot, l'historien du national-socialisme, a montré comment le nazisme était une « fabrique de l'homme nouveau ». Palantir fabrique un homme nouveau, lui aussi. L'ingénieur-soldat. Celui qui code pour sa civilisation.

Nicos Poulantzas, le marxiste, a analysé les conditions d'émergence du fascisme : monopoles, nouvelle aristocratie guerrière, destruction de la classe moyenne, impérialisme. Les conditions sont réunies. La forme est nouvelle.

Peter Thiel n'est pas Mussolini. Palantir n'est pas le Parti fasciste. C'est une entreprise qui code l'idéologie dans un logiciel. Et l'État français achète ce logiciel.

Alors, technofascisme ou technopouvoir ? L'important n'est pas le mot. L'important est la réalité. Le monde entre dans une ère de conflits durs entre empires. La Chine monte. Les États-Unis s'arment idéologiquement. L'Europe cherche sa voie.

Le manifeste de Palantir est un signal d'alarme. Il révèle ce que les élites technologiques américaines pensent vraiment.

La riposte française : Chaps Vision

Il y a une bonne nouvelle dans cette histoire. Elle s'appelle Chaps Vision.

Un logiciel français. Il fait exactement la même chose que Palantir. Il analyse les masses de données pour les services de renseignement. Et il vient de remporter un contrat en Allemagne.

« Les Allemands ont préféré acheter ce logiciel français plutôt que Palantir », explique l'analyste.

C'est une victoire. Géo-politique. Industrielle. Idéologique.

La question n'est pas de savoir si nous serons surveillés. Nous le sommes déjà. Par nos téléphones. Par nos ordinateurs. Par chaque clic. La question est de savoir qui nous surveille.

« Je préfère que cette technopuissance soit d'origine européenne », admet l'analyste. La phrase est honnête. Elle reflète un réalisme brutal.

Chaps Vision est la réponse française à ce défi. Elle prouve que la souveraineté numérique est possible. Mais le chemin est long. Palantir a des décennies d'avance. Des milliards de dollars. Et une idéologie cohérente, écrite noir sur blanc dans un manifeste de 22 points.

L'Union européenne, souvent critiquée, fait au moins une chose utile : elle régule. Le RGPD protège nos données. Les lois sur la souveraineté numérique existent. Mais les mêmes qui dénoncent Bruxelles sont souvent les premiers à s'indigner devant le pouvoir de surveillance de Palantir. Ironique.

Le choix de la France

Le manifeste de Palantir n'est pas une fiction. C'est un programme. Il faut le prendre au sérieux.

Il appelle à la remilitarisation de l'Allemagne et du Japon. Il critique la « psychologisation de la politique ». Il veut des fonctionnaires qui ne soient pas des prêtres. Il applaudit Elon Musk. C'est une vision cohérente. Dure. Impitoyable.

La France a deux options.

La première : continuer à être un client de Palantir. Accepter l'idéologie comme un coût d'exploitation. Profiter de l'efficacité technique. Fermer les yeux sur les conséquences politiques. Nos données partent aux États-Unis. Nos ennemis sont définis par un logiciel étranger. Notre souveraineté s'effrite.

La seconde : investir massivement dans Chaps Vision. Développer une souveraineté numérique française et européenne. Construire un logiciel qui protège sans asservir. Une surveillance qui reste démocratique.

Le gouvernement actuel, sous l'administration Trump, est innervé par les idéologies des « Lumières sombres ». La néoréaction n'est plus une théorie de salon. Elle est au pouvoir. Palantir en est le bras armé.

Les ingénieurs de la Silicon Valley sont passés d'une volonté de sécession — l'exit, le retrait dans des citadelles privées — à une stratégie de supervision et de prise de pouvoir sur l'État. Ils ne veulent plus sortir du système. Ils veulent le contrôler.

Le manifeste de 2026 le dit explicitement. La Silicon Valley a une dette envers l'Amérique. Elle doit la rembourser. En code. En armes. En surveillance.

La France n'est pas obligée d'accepter ce marché. Nous avons une alternative. Elle s'appelle Chaps Vision.

Mais le temps presse. Et l'argent coule déjà vers les serveurs de Palantir.

Qui a signé le contrat avec la DGSI ? Combien a-t-il coûté ? Quelle clause protège nos données ?

Silence.

Le silence est la première victime du technopouvoir.

Sources

  • Manifeste de Palantir, publié le 18 avril 2026 (22 points)
  • L'Express, avril 2026 : article sur l'utilisation de Palantir par la DGSI
  • Alexander Karp, The Technological Republic (résumé dans le manifeste)
  • Peter Thiel, Zero to One et article « La concurrence est pour les losers »
  • Analyse YouTube « Le temps du Santor » (auteur non nommé dans le transcript)
  • Conférence d'Antoine Dr sur la néoréaction
  • Nicos Poulantzas, Fascisme et dictature
  • Johann Chapoutot, analyse du national-socialisme
  • Carl Schmitt, La notion de politique
  • René Girard, théorie du désir mimétique
  • Alexandre Douguine, tweets d'avril 2026

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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