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SociétéÉpisode 2/1

Pédocriminalité : 97 % d’hommes, et la France ferme les yeux

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-31
Illustration: Pédocriminalité : 97 % d’hommes, et la France ferme les yeux
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Le monstre n’existe pas

« L’agresseur sexuel d’enfant, c’est pas l’inconnu dans la rue ou c’est rarissime. C’est effectivement le père, le beau-père, l’instituteur, le prof de sport, le prêtre. » Le psychiatre — il exerce dans un CRIAVS, ces Centres Ressources pour les Intervenants auprès d’Auteurs de Violences Sexuelles — ne mâche pas ses mots. Chaque semaine, il reçoit des hommes condamnés, et d’autres qui n’ont pas encore passé à l’acte et cherchent de l’aide.

La figure du « monstre » a été construite dans les années 1990-2000, au moment des grandes affaires de pédophilie. « On a décrit l’individu qui ne connaît pas l’enfant, à la sortie de l’école, avec un imperméable, qui va donner des bonbons », rappelle-t-il. Cette image a fait des dégâts. Elle a détourné l’attention des vrais lieux du crime : la famille, l’école, le club de sport, l’Église.

Mediapart, dans son enquête sur Nounou-Top, confirme cette réalité. La plateforme française de mise en relation entre familles et nounous fait face à des plaintes pour violences sexuelles. Les agresseurs présumés ? Des employés de confiance, parfois logés chez les parents. Le recoupement entre les deux sources est frappant : les violences sexuelles sur mineurs sont commises par des proches, pas par des inconnus. Voilà.

Ce que disent les chiffres

97 % des agresseurs sont des hommes. Ce chiffre, vérifié par les services de police et de gendarmerie (source : interieur.gouv.fr), est stable depuis des années. « Ça a été tu pendant très longtemps », insiste le psychiatre. On a singularisé la violence sexuelle, on en a fait la pathologie d’un individu — alors qu’elle s’inscrit dans des dynamiques de domination. De genre. D’âge. D’autorité.

Autre donnée clé : 30 % des auteurs adultes et 60 % des mineurs auteurs ont été eux-mêmes victimes de violences sexuelles dans l’enfance. Ce n’est pas une excuse, c’est un fait statistique. « Comprendre, ça veut pas dire excuser », précise le psychiatre. Mais comprendre permet d’intervenir plus tôt.

La pédocriminalité touche tous les milieux sociaux. « Le tabou est particulièrement présent dans les familles de milieu aisé », note-t-il. On n’imagine pas que ça puisse arriver chez les gens « bien ». Résultat : le silence est encore plus lourd.

Mediapart, de son côté, documente des cas concrets sur Nounou-Top. Des familles ont porté plainte après avoir découvert des abus. La plateforme, interrogée, n’a pas encore répondu publiquement. L’enquête est en cours. Ce que les deux sources confirment : le problème n’est pas marginal. Il est massif.

Qui sont les agresseurs ?

Deux schémas, selon le psychiatre. Premier : la pédophilie incestueuse, où l’auteur entretient une relation de séduction avec l’enfant, un lien affectif tordu. « J’entends souvent : “Je ne l’ai pas forcé physiquement” », raconte-t-il. Mais la contrainte morale, l’autorité, suffisent à constituer un viol. Second schéma : la violence globale, où l’enfant est réduit à un objet, avec humiliation et violence physique.

Dans les deux cas, l’agresseur est rarement un inconnu. C’est le père (27 % des cas), le frère (19 %), l’oncle (13 %), l’ami des parents (8 %), le voisin (5 %), le petit ami (2 %), le mari ou le fils de la nourrice (1 %) — selon l’enquête VRS 2023. Les figures institutionnelles (instituteur, prêtre, entraîneur) complètent le tableau.

Le psychiatre insiste sur un point : on peut être attiré sexuellement par des enfants sans jamais agresser. « C’est des personnes qui savent que ça va faire du mal et qui ne veulent pas faire du mal. » À l’inverse, on peut être pédocriminel sans attirance pédophile, par pur désir de domination. La distinction est cruciale pour le soin.

Punir et soigner, pas l’un sans l’autre

« Quand il y a violence sexuelle, il faut sanctionner », affirme le psychiatre. Mais la sanction seule ne suffit pas. La récidive, après condamnation et accompagnement adapté, est très faible. « C’est une des délinquances qui récidivent le moins », assure-t-il. Encore faut-il que le suivi existe.

En France, les CRIAVS proposent des évaluations et des psychothérapies. Pour les cas de trouble pédophilique sévère, des traitements freinateurs de libido — anciennement appelés « castration chimique » — peuvent être proposés, mais uniquement sur la base du volontariat. Une audition publique de 2018 a recommandé d’abandonner ce terme, jugé stigmatisant.

Le problème, c’est l’amont. Beaucoup d’auteurs potentiels cherchent de l’aide avant de passer à l’acte. « Je suis allé voir mon médecin, je suis allé voir un psychologue, je suis allé à la police », racontent certains patients. Réponse des médecins : « Ça, c’est la police. » Réponse de la police : « Tant que vous n’avez rien fait, on ne peut pas vous aider. » Un vide juridique et médical.

C’est pour combler ce vide qu’a été créé le dispositif STOP, une ligne d’écoute nationale pour les personnes attirées par des enfants. Objectif : prévenir le passage à l’acte. Mais le psychiatre constate que les professionnels hésitent à diffuser l’information. « Il persiste quelque chose d’inentendable », dit-il.

Mediapart, dans son enquête, montre que les plaintes contre Nounou-Top n’ont pas encore abouti à des condamnations. La justice suit son cours. Mais le nombre de signalements interroge : combien d’autres cas restent dans l’ombre ?

Le coût du déni

La France a construit une représentation sociale de l’agresseur comme monstre. Cela a permis d’éviter de regarder la réalité en face : les agresseurs sont nos pères, nos oncles, nos instituteurs. « Cette collision entre la figure protectrice et l’agresseur est terrible », résume le psychiatre.

Résultat : on a tardé à mettre en place des politiques de prévention. Les campagnes d’éducation au consentement et au respect du corps des autres sont récentes. La formation des professionnels de l’enfance (animateurs, enseignants) reste insuffisante. « Les animateurs ne savent plus comment se positionner avec un enfant », note le psychiatre. Peur de la suspicion, peur de l’accusation.

Pendant ce temps, l’État continue de dépenser des milliards dans des agences et des comités — 60 milliards d’euros par an pour le millefeuille administratif, selon un rapport sénatorial de 2023. Mais la prévention de la pédocriminalité reste sous-financée. Les CRIAVS manquent de moyens. La ligne STOP est peu connue.

Comparaison internationale : en Allemagne, le nombre de juges pour 100 000 habitants est de 25, contre 11 en France (CEPEJ 2023). Les procès civils durent 190 jours outre-Rhin, 637 jours chez nous. La justice française est lente, et les affaires de violences sexuelles sur mineurs en pâtissent. 94 % des viols sont classés sans suite (ministère de la Justice, 2023). Les victimes n’obtiennent pas toujours réparation. Les auteurs, eux, restent parfois sans suivi.

Le psychiatre le dit sans détour : « Si on ne prend pas en charge les auteurs, ils vont continuer à agresser. » C’est une question de santé publique, mais aussi de justice. Chaque agresseur non traité, c’est une future victime.

Et maintenant ?

Deux chantiers urgents.

Le premier : la prévention primaire. Il faut éduquer les enfants — tous les enfants — au respect de leur corps et de celui des autres. « Parmi ces enfants, il y a des futurs agresseurs », rappelle le psychiatre. Leur apprendre l’empathie, les compétences psychosociales, dès la maternelle. Cela suppose de former les parents, les enseignants, les animateurs.

Le second : la prise en charge des auteurs potentiels. Le dispositif STOP doit être mieux connu et mieux financé. Les médecins généralistes doivent être formés à orienter les personnes attirées par des enfants. La police doit pouvoir les accueillir sans les renvoyer. « C’est dramatique de refuser de l’aide à quelqu’un qui la demande », insiste le psychiatre.

Mediapart, en enquêtant sur Nounou-Top, a mis en lumière un angle mort : les plateformes numériques de garde d’enfants. Qui vérifie les antécédents des nounous ? Qui forme les familles à repérer les signes ? La France compte 84 000 victimes de violences sexuelles hors cadre familial en 2023 (interieur.gouv.fr). Derrière chaque chiffre, il y a un enfant brisé.

Le psychiatre conclut : « On ne s’en sortira pas si on ne s’occupe pas des auteurs. » Une phrase qui devrait faire réfléchir tous ceux qui préfèrent le mythe du monstre à la réalité du soin. La France a le choix : continuer à gérer la décrépitude avec élégance funèbre, ou enfin investir dans la prévention. Le contribuable, lui, paiera dans les deux cas. Mais l’un des deux coûte moins cher en vies humaines.

Sources :

  • Le Figaro (YouTube) – « Pédocriminalité : pourquoi il faut prendre en charge les auteurs » (interview d’un psychiatre du CRIAVS).
  • Mediapart – « Nounou-Top : la plateforme française de garde d’enfants face aux plaintes de violences sexuelles » (enquête, 31 juillet 2026).
  • Données complémentaires : Ministère de l’Intérieur (interieur.gouv.fr), Assemblée nationale (rapport CIIVISE), CEPEJ (Rapport efficacité justice 2023).

📰Source :youtube.com

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