Pascal Bruckner dévoile les secrets nazis de ses parents et son regard sur la littérature contemporaine

"La vaisselle volait, la nappe aussi"
"Les assiettes éclataient contre le mur. La table basculait. Les cris déchiraient la nuit." Bruckner se souvient. Chaque détail compte. Son père cognait. Sa mère encaissait. "Elle se jetait devant moi. Son corps devenait mon bouclier."
Une famille ? Plutôt un champ de bataille. Le père, ancien de la LVF, rêvait d'uniformes SS. La mère, Monique, avait travaillé chez Siemens pendant l'Occupation. "Elle trichait sur ses dates. Moi aussi, longtemps."
Et pourtant. En 2014, puis 2022, Bruckner publie l'indicible. Deux livres. Une bombe à retardement. Les archives du SHD ne mentent pas : le permis de travail en Allemagne existe toujours. Signé de sa main.
"Mon père regrettait de ne pas avoir fait Waffen-SS"
Le choc vient d'ailleurs. Pas des coups, ni des mensonges. Mais de cette phrase, lâchée par son père mourant : "J'aurais dû partir en 1933. Voir Hitler arriver au pouvoir."
Les archives confirment l'impensable. Correspondance, photos, contrats — toute une vie construite sur le silence. "Ils savaient. Ils ont laissé faire." Bruckner exhume tout. Sans haine. Sans pardon non plus.
— Pourquoi écrire maintenant ?
L'écriture ou la folie
"J'aurais pu finir comme lui." Bruckner tapote son front. Un geste qui en dit long. La littérature lui a sauvé la vie. Pas comme catharsis — comme arme.
Ses romans ? Des miroirs déformants. Lune de Fiel explore la cruauté. Les Voleurs de Beauté dissèque les névroses. "Je déteste les misery memoirs. La vraie littérature doit éblouir, pas apitoyer."
Un credo. Une ligne rouge. Alors que les librairies croulent sous les récits victimisants, lui campe sur ses positions : "Écrire, c'est résister. Pas se plaindre."
"On brûle encore des livres. Même au Canada"
Le constat est brutal. Plus d'auteurs, moins de lecteurs. Des critiques réduits au like/dislike. Et ce détail qui tue : "4000 bouquins flambés l'an dernier. Tintin y est passé. Vous réalisez ?"
Bruckner ricane. Le monde tourne en rond. Les censeurs d'hier s'appellent aujourd'hui "lanceurs d'alerte". Mais l'essentiel reste : "Mes petits-enfants dévorent encore L'Île Noire. La preuve qu'on peut survivre aux réseaux sociaux."
Tintin, son seul vrai père
"Ce gamin dessiné m'a appris l'honnêteté." Voilà. Le secret est là. Quand la maison devenait irrespirable, Bruckner plongeait dans les cases d'Hergé. "Tintin ne ment jamais. Même face aux pires salopards."
L'écrivain balance un regard noir. "Oui, Tintin au Congo est gênant. Mais le jeter au feu ? Autant interdire Madame Bovary sous prétexte qu'Emma trompe son mari."
Écrire pour ne pas mourir
La conclusion s'impose d'elle-même. Bruckner a survécu à tout — aux coups, aux nazis, à l'ère du vide. Comment ? Par les mots. Rien d'autre.
"Un livre doit faire mal et faire du bien. Comme la vie." Dernière image : l'écrivain de 78 ans tourne une page. L'enquête continue.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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