Jean-Paul Goux dévoile l'enfer ouvrier de Montbéliard

Le coup de poing littéraire
Douze mille ouvriers. C'est l'armée silencieuse de Peugeot à Montbéliard dans les années 1970. Jean-Paul Goux les a écoutés. Il a noté. Puis il a frappé.
Son arme ? Un livre. "Mémoires de l'enclave" sort en 1980. Pas un roman. Une enquête. François Bon — écrivain spécialiste du monde ouvrier — le qualifie de « livre le plus total, le plus fouillé, sur l'usine ».
Les chiffres parlent. 300 pages. Des centaines d'heures d'entretiens. Des témoignages bruts. Goux plonge dans le quotidien des chaînes. Il décrit les corps brisés. Les vies sacrifiées. La mécanique implacable du profit.
Pourquoi ce livre aujourd'hui ? Parce que l'histoire se répète. Les conditions de travail chez Stellantis — nouveau nom du groupe — font toujours polémique. Les cadences infernales aussi.
L'enclave, piège à ouvriers
Montbéliard. Une ville-usine. Le terme n'est pas fortuit. L'usine Peugeot domine tout. L'économie. L'urbanisme. Les mentalités.
Goux décrit un système clos. Une "enclave". Les ouvriers naissent, vivent et meurent dans l'ombre des chaînes. Leurs enfants y entrent à leur tour. La boucle est bouclée.
"On ne quitte pas l'usine, même en sortant", écrit-il. Les logements sociaux appartiennent au groupe. Les clubs sportifs aussi. Les syndicats ? Inféodés.
Le patronat règne en maître. Les cadences s'accélèrent. Les pauses disparaissent. Les accidents augmentent. Silence dans les rangs.
Qui proteste ? Personne. "La peur est partout", note Goux. Licenciements secs pour les gêneurs. Listes noires. Fichages.
Des corps en souffrance
47 ans. C'est l'espérance de vie moyenne d'un ouvrier Peugeot dans les années 1970. Vingt ans de moins que la moyenne nationale.
Goux documente l'hécatombe. Dos brisés. Poumons rongés par les particules. Mains mutilées. "Chaque pièce a son lot de blessés", écrit-il. Les ateliers de tôlerie sont les pires. Bruit assourdissant. Chaleur étouffante.
Les médecins ? Complices. "On diagnostique des rhumes pour des silicoses", révèle un témoin. Les arrêts maladie sont refusés. Les accidents du travail minorés.
Et les femmes ? Double peine. Salaires inférieurs de 30%. Harcèlement constant. "Les contremaîtres choisissaient leurs favorites", raconte une ouvrière. Refuser ? Risquer le renvoi.
La chape de plomb
- Le livre fait trembler la direction. La réponse ne tarde pas.
Pressions sur les libraires. Menaces voilées. Goux devient persona non grata dans le pays de Montbéliard. "On m'a traité de traître", confie-t-il plus tard.
Les médias locaux se taisent. Seul Le Monde ose en parler. L'article passe en page 24. Sans suite.
Pourquoi ce silence ? Les liens sont étroits entre le pouvoir et Peugeot. L'État détient des parts. Les élus locaux défendent "leur" usine.
Les syndicats ? CGT et CFDT minimisent les révélations. "Il ne faut pas donner des armes au patronat", argue un responsable. Les ouvriers se taisent. La peur l'emporte.
Héritage empoisonné
- Stellantis vante ses "usines du futur". Les robots ont remplacé les hommes. Mais les conditions de travail font toujours polémique.
Les cadences atteignent 60 véhicules/heure. Les troubles musculo-squelettiques explosent. Le burn-out aussi. "Rien n'a vraiment changé", lâche un syndicaliste sous couvert d'anonymat.
Le livre de Goux reste introuvable en librairie. Épuisé. Jamais réédité. "Trop gênant", estime un éditeur contacté par Le Dossier.
Pourtant, les leçons sont là. Dans chaque page. Dans chaque témoignage. L'histoire bégaie. Les ouvriers trinquent. Les actionnaires encaissent.
À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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