Dette d'Haïti, chlordécone, plastique : les trois dettes que la France ne rembourse pas

Cent cinquante millions de francs or. Voilà ce que la France a exigé d’Haïti en 1825 pour reconnaître son indépendance — une rançon que les Haïtiens ont payée jusqu’en 1847, et dont le poids écrase encore la première République noire. En avril 2025, Emmanuel Macron a reconnu cette dette « écrasante ». Moins de deux mois plus tard, la France s’abstenait à l’ONU sur une résolution condamnant l’esclavage. Même scénario aux Antilles avec le chlordécone, à Mayotte avec le plastique.
150 millions de francs or : la rançon qui a saigné Haïti
Haïti devient libre en 1804. Vingt et un ans plus tard, en 1825, une flotte militaire française se présente devant Port‑au‑Prince. L’ordre est clair : payer 150 millions de francs or pour dédommager les anciens colons, ou subir un nouveau siège. La jeune République n’a pas le choix. Elle emprunte, paie, se réendette. Jusqu’en 1847, près de la moitié du budget haïtien part chaque année vers la France.
Le New York Times a enquêté en 2022 : le total versé par Haïti équivaut à environ 560 millions de dollars actuels. Selon la chercheuse et autrice Isis Labeau‑Caberia, invitée de l’émission C’est pas si loin, on peut imaginer le manque à gagner en matière de politique publique, de développement économique, sanitaire, d’infrastructures. Elle ajoute qu’en 2025, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a déclaré explicitement que la crise des droits humains en Haïti trouve son origine dans l’héritage de l’esclavage colonial et dans la dette imposée par la France.
Emmanuel Macron a reconnu en avril 2025 le « poids écrasant » de cette dette. Une commission historique franco‑haïtienne doit en établir les conséquences. Puis le 21 mai, le président s’est prononcé pour la première fois sur la nécessité de « réparations ». Selon Isis Labeau‑Caberia, on peut se demander si ce sera suivi de faits concrets, d’autant que la France s’est abstenue en avril 2025 lors du vote d’une résolution onusienne reconnaissant la pleine gravité de l’esclavage.
Une étude du Brattle Consulting Group, réalisée en 2023 avec l’University of the West Indies (Jamaïque), estime la dette cumulée des anciennes puissances esclavagistes à 130 trillions de dollars. Selon la chercheuse, il y a une impossibilité de réparer ce crime dans sa pleine mesure, mais cela ne doit pas être une excuse pour lâcher l’affaire.
Chlordécone : l’État reconnu responsable
Même mécanisme aux Antilles. Le Parlement français a reconnu la part de responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone. Ce pesticide, interdit mais utilisé jusqu’alors dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe, contamine encore sols, eaux et populations. « Nous sommes contaminés à ce pesticide », dit Isis Labeau‑Caberia. « C’est une manifestation très concrète de cette histoire que nous portons dans nos chairs. »
Plastique : Mayotte respire des microparticules
Troisième front : la pollution plastique. Des microplastiques ont été trouvés dans l’air à Mayotte, première analyse de ce type. Selon l’autrice, les pays du Nord envoient leurs déchets plastiques vers les pays du Sud, principalement en Afrique et en Asie. On parle de colonialisme plastique.
L’homophobie, une importation coloniale
Le mois des fiertés a lieu en juin. À la Réunion, des centaines de personnes ont défilé pour la sixième année. Pourtant, l’histoire montre que l’homophobie instituée dans la loi est une importation occidentale. L’article 319 du code pénal sénégalais, utilisé pour criminaliser les actes homosexuels, est issu d’une loi vichyste française de 1942. Selon Isis Labeau‑Caberia, ce qui est vraiment une importation occidentale chez nous, c’est l’homophobie instituée dans la loi et les institutions.
Sources :
- New York Times (2022) : enquête sur la dette haïtienne.
- Brattle Consulting Group / University of the West Indies (2023) : rapport sur la dette esclavagiste estimée à 130 trillions de dollars.
- Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (2025) : résolution liant la crise haïtienne aux héritages de l’esclavage.
- Programme Plasma / Institut Méditerranéen d’Océanologie : analyses de microplastiques dans l’air à Mayotte.
- Émission C’est pas si loin : interview d’Isis Labeau‑Caberia.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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