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Oppenheimer : le FBI a dépensé plus pour l'espionner que pour le payer

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-31
Illustration: Oppenheimer : le FBI a dépensé plus pour l'espionner que pour le payer
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Le génie sous surveillance

Robert Oppenheimer avait tout pour réussir. Né en 1904 à New York, dans une famille juive allemande fortunée — collectionneurs de Van Gogh et Picasso, appartement de dix pièces, cuisinier et chauffeur. Élève surdoué, il entre à Harvard à 18 ans. Il décroche un doctorat à Göttingen sous la direction de Max Born, puis devient le pionnier de la physique quantique à Berkeley. En 1942, le général Leslie Groves le choisit pour diriger le projet Manhattan. Une décision courageuse — car Oppenheimer est un homme de gauche, entouré de communistes et d'anciens camarades du Parti. Groves le sait. Mais il a besoin du meilleur. Alors il ferme les yeux.

Le FBI, lui, ne les ferme jamais.

Dès 1941, avant même Pearl Harbor, les agents fédéraux ouvrent un dossier sur lui. Pas pour soupçon d'espionnage — non. Pour ses fréquentations. Sa femme Kitty était membre du Parti communiste. Son frère Frank aussi. Sa maîtresse, Jean Tatlock, militait activement. À l'époque, cela suffit à faire de vous une cible.

700 pages de paranoïa

Le dossier Oppenheimer du FBI compte 700 pages. Sept cents pages de transcriptions, de notes de filature, d'analyses de ses poubelles et de rapports sur ses moindres déplacements. Les agents l'écoutent en direct. Un micro est planqué dans son bureau de Los Alamos. Un autre chez lui, à Berkeley. Ils enregistrent ses conversations avec les plus grands scientifiques du monde — Fermi, Bohr, Bethe. Ils notent ses plaisanteries, ses doutes, ses insomnies.

Et pourtant. Pas une seule fois ils ne trouvent la moindre preuve qu'il ait transmis un secret à l'Union soviétique.

Pas une.

Alors ils creusent plus loin. Ils interrogent ses voisins, ses étudiants, ses amis. Ils vérifient ses comptes en banque, ses voyages, ses rendez-vous médicaux. Rien. Oppenheimer est loyal. Il a construit la bombe pour les États-Unis. Il a pleuré en voyant les images d'Hiroshima. Mais pour le FBI, cela ne suffit pas.

Le vrai espion, lui, photocopiait tranquille

Pendant que le FBI dépensait des fortunes à surveiller Oppenheimer, un homme travaillait en paix à Los Alamos. Il s'appelait Klaus Fuchs. Physicien allemand, réfugié antifasciste, membre du Parti communiste depuis 1932. Il avait été recruté par le renseignement soviétique avant même de poser le pied aux États-Unis. Et personne ne l'a vu venir.

Fuchs a travaillé main dans la main avec Oppenheimer sur la conception de la bombe à implosion. Il a assisté à toutes les réunions secrètes. Il a eu accès à tous les documents classifiés. Et il a tout photocopié. Page par page. Puis il a passé les copies à un contact soviétique, à Santa Fe, lors de rendez-vous discrets dans des cafés ou au bord d'une rivière.

Le FBI ne l'a jamais repéré. Pas une fois.

Selon les cryptogrammes du projet Venona — déclassifiés dans les années 1990 — Fuchs a livré à Moscou les plans complets de la bombe A et de la future bombe H. L'URSS a ainsi gagné au moins deux ans sur la mise au point de sa propre arme nucléaire. Le premier essai soviétique a eu lieu en août 1949. Sans Fuchs, il aurait eu lieu en 1951 ou 1952.

Oppenheimer, lui, n'a jamais su que son collègue était un agent double.

Le salaire d'un traître, le prix d'un héros

Combien le FBI a-t-il dépensé pour espionner Oppenheimer ? Les documents déclassifiés ne donnent pas de chiffre exact. Mais les historiens estiment le montant à plusieurs centaines de milliers de dollars de l'époque — équivalent à plusieurs millions aujourd'hui. Salaire des agents, matériel de surveillance, frais de déplacement, analyses de laboratoire… Une somme colossale.

Et Oppenheimer, lui, quel salaire touchait-il ? Comme directeur scientifique de Los Alamos, il gagnait 10 000 dollars par an. Soit à peine plus qu'un professeur d'université. Moins qu'un chirurgien ou un avocat d'affaires. Le FBI a dépensé plus pour le surveiller que le gouvernement ne l'a payé pour inventer la bombe.

Ironie ? Non. Paranoïa.

La destruction d'un homme

En 1953, le nouveau président Eisenhower ordonne une enquête de sécurité sur Oppenheimer. Le FBI transmet son dossier — 700 pages, sans aucune preuve de trahison. La Commission à l'énergie atomique (AEC) organise une audience secrète. Oppenheimer y est interrogé pendant quatre semaines. Ses amis et collègues témoignent en sa faveur. Mais le procès est truqué. Les accusations sont vagues : "liaisons avec des communistes", "opposition à la bombe H", "manque de fiabilité".

Le verdict tombe en 1954. Oppenheimer perd son habilitation de sécurité. Il est banni de la recherche nucléaire. Sa carrière est anéantie. L'homme qui a donné à l'Amérique la bombe atomique devient un paria.

Il meurt en 1967, d'un cancer de la gorge. Il fumait trois paquets de cigarettes par jour. Il n'a jamais été réhabilité de son vivant.

Qui a gagné, à la fin ?

Le FBI a détruit Oppenheimer pour rien. Les vrais espions — Klaus Fuchs, mais aussi David Greenglass et les agents du réseau soviétique — ont livré les secrets de la bombe sans être inquiétés. L'URSS a eu la bombe en 1949. La course aux armements s'est emballée. Et Oppenheimer, le père de la bombe, est mort seul, brisé, sans honneur.

Aujourd'hui, les archives sont ouvertes. Les historiens peuvent lire les 700 pages du dossier. Ils y cherchent encore une preuve. Une seule. (Oui, vous avez bien lu.) Ils ne trouvent rien. Juste la paranoïa d'un État qui a préféré détruire son meilleur soldat plutôt que de regarder la vérité en face.

Voilà.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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