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SociétéÉpisode 5/2

Canicule : 43 départements en orange, le commerce en berne, l'État à la peine

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-10
Illustration: Canicule : 43 départements en orange, le commerce en berne, l'État à la peine
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43 départements, une seule couleur : orange

Cinquième vague de chaleur de l'été. Demain, la carte de Météo-France affichera une large tache orange : de la Bretagne à la Corse, en passant par la vallée du Rhône et le Sud-Ouest. Selon les prévisions, 43 départements passent en vigilance orange canicule. Les températures atteindront 34°C dans le Nord — jusqu'à 45°C en plein après-midi dans le Sud. Les nuits ne descendront pas sous les 20°C. Des nuits déjà étouffantes. Une répétition qui épuise les organismes et hérite les esprits.

Dans les rues de Trévou, un habitant interrogé lâche : « Ils sont cloîtrés chez eux, les volets fermés. » Cela dure depuis trois mois, sans répit nocturne. « On accumule de la fatigue », dit-il. Le reportage montre des rues quasi désertes en milieu de journée. Le Mercure affiche 34°C — 6 degrés de plus que les normales de saison. Et ce n'est que le début d'une semaine qui s'annonce torride.

Commerces : la caisse enregistreuse fait la sieste

Quand le mercure monte, les clients fuient. Logique. Mais pour les commerçants, le coût est immédiat. Sur la terrasse de Romain Peltre, à Trévou, la température atteint 45°C en plein après-midi. Résultat : le restaurant reste fermé entre 14h et 17h. « Au niveau du staff aussi, il y a un ras-le-bol, confie-t-il. On a du mal à récupérer, il fait chaud, les variations de température sont fatigantes. »

Même son de cloche pour les boutiques de la rue commerçante. Un vendeur constate une baisse de fréquentation de 30 à 40 % les jours de canicule. « Si c'est moins demandé, ce n'est pas la peine de rester ouvert toute la journée », dit-il. Le chiffre d'affaires s'effondre. Qui paie ? Le commerçant, seul. Aucune compensation, aucune aide de l'État pour ces pertes liées à la chaleur. Les jours de fermeture imposée s'accumulent. Les charges, elles, ne changent pas.

Pendant ce temps, certains habitants bravent les interdits en se baignant dans les zones interdites — preuve que la chaleur pousse à l'imprudence.

Faune sauvage : l'urgentiste n'a pas de vacances

La canicule ne frappe pas que les humains. Dans les centres de sauvegarde, les arrivées d'animaux sauvages n'ont jamais été aussi nombreuses. Oiseaux déshydratés, hérissons épuisés, chevreuils désorientés. Depuis mai, plus de 3000 animaux ont été recueillis dans un seul centre de la région — autant que sur toute l'année précédente. « S'ils n'étaient pas au centre de soins, ils seraient tous morts », explique une bénévole. « Parfois on les rattrape de justesse. »

Les bénévoles se relaient pour les remettre sur pied. Mais les capacités sont limitées. « Il y a quelques années, c'était des crises ponctuelles. Maintenant, c'est tous les ans. On est obligé de faire avec, malheureusement, et on n'a pas les capacités », regrette-t-elle.

Parmi les victimes les plus touchées : les martinets, qui nichent sous les toits brûlants. Les fortes chaleurs poussent les bébés à sauter du nid, même s'ils ne sont pas prêts à voler. « C'est une fournaise, ils n'ont pas d'autre choix », témoigne une soigneuse. Comme les hirondelles, ils tombent. Beaucoup sont condamnés.

Même le vautour — habitué aux montagnes des Pyrénées — a dévié de sa route pour suivre les courants chauds. Les soigneurs l'ont récupéré près de la Loire. Il sera relâché chez lui. « Une aberration de le relâcher ici », disent-ils.

Le meilleur moment, c'est la remise en liberté. « C'est ce qui motive tout le monde », confie une bénévole. Mais pour la plupart, il faudra attendre l'automne.

Incendie : 400 hectares partent en fumée

Dans la Drôme, l'incendie de Belgarde en Diwa reste actif une semaine après son départ. Environ 400 hectares ont brûlé. Le feu progresse lentement vers le village de Charance. 500 pompiers militaires sont mobilisés, appuyés par cinq Canadairs et un hélicoptère bombardier d'eau. Un effort colossal. Insuffisant pour contenir un feu qui s'étend chaque jour dans une végétation asséchée par les canicules successives.

Ce n'est pas un cas isolé. L'été 2026 cumule déjà plusieurs incendies majeurs. Les moyens aériens coûtent cher. Les pompiers s'épuisent. Le contribuable paie la facture, pendant que les forêts partent en fumée.

Eau et électricité : le double effet canicule

Pendant que les commerçants perdent leur chiffre, que les animaux meurent et que les pompiers luttent, deux autres indicateurs virent au rouge.

D'abord, l'eau. Selon les données du ministère de la Transition écologique, près de 70% du territoire français subit des restrictions d'usage. Arrosage, lavage de voiture, remplissage de piscine — tout est limité, parfois interdit. Les nappes phréatiques sont au plus bas. La sécheresse s'accentue avec la canicule.

Ensuite, l'électricité. Le parc nucléaire d'EDF a atteint ce dimanche un record d'indisponibilité lié à la sécheresse et aux fortes chaleurs : 15,6% de puissance manquante, selon les calculs de l'AFP à partir des données publiées depuis 2015 par EDF. Les centrales doivent réduire leur production parce que l'eau des fleuves est trop chaude pour refroidir les réacteurs. Au moment où la demande explose pour les climatisations et ventilateurs, l'offre s'effondre.

La France prélève 45% du PIB en impôts. Elle possède le parc nucléaire le plus puissant d'Europe. Et pourtant. Elle se retrouve à devoir importer de l'électricité pendant que les réacteurs tournent au ralenti. Ce n'est pas un problème climatique — c'est un problème d'organisation. D'anticipation. D'État.

Et maintenant ?

Cinq canicules en un été. 43 départements en vigilance orange. Des commerçants qui perdent 40% de leur chiffre. Des centres de soins submergés. Des incendies qui brûlent 400 hectares. Un parc nucléaire en sous-régime. Des restrictions d'eau sur 70% du territoire.

La question n'est plus de savoir si l'été 2026 est anormal. Il l'est. La question, c'est : que fait-on pour l'été prochain ?

Les commerçants ne pourront pas encaisser une sixième canicule. Les bénévoles des centres de soins ne pourront pas soigner des milliers d'animaux sans moyens supplémentaires. Les pompiers ne pourront pas lutter contre des feux toujours plus grands sans renforts. Les centrales nucléaires ne pourront pas produire si les rivières sont trop chaudes.

L'État a dépensé des milliards pour des agences, des plans, des rapports. Le rapport Gallois pointait déjà le manque de compétitivité en 2012. Rien n'a changé. On inaugure des musées dans des friches industrielles. On gère le déclin avec des communiqués.

Le contribuable, lui, paie. Et il étouffe.

Maintenant, c'est à vous de juger.

📰Source :YouTube

Par la rédaction de Le Dossier

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