Nouvelle-Calédonie : deux ans après les émeutes, l'exode et la reconstruction

Un cratère économique au cœur de Nouméa
Sur l'équivalent de six terrains de football, il ne reste que des gravats. Là où se tenait le plus grand centre commercial de Nouvelle-Calédonie, les pelleteuses s'activent encore. 4000 tonnes de ferraille à déblayer.
« Là-bas, vous aviez Conforama. Ici, vous aviez l'hypermarché, donc 6500 m² de surface de vente. Ensuite, vous aviez là-bas le foot courte, un magasin de bricolage », raconte le responsable de la reconstruction. Tout a brûlé lors des émeutes de mai 2024.
500 personnes ont perdu leur emploi d'un seul coup. « On a l'impression qu'un cyclone est passé. Reste plus rien. C'est une catastrophe pour le pays », lâche-t-il.
La réouverture du site n'est espérée qu'à la fin 2028.
« J'étais sur les barrages avec mon couteau de cuisine »
Marjorie, 36 ans, responsable RH dans une entreprise locale, fait ses cartons. Cap sur Dax, dans les Landes. Le traumatisme des émeutes est trop présent.
« J'étais quand même sur les barrages avec mon couteau de cuisine parce que c'est la seule chose que j'avais pour me défendre, raconte-t-elle. Avec nos voisins, évidemment, c'est quelque chose. »
Arrivée sur l'île à 11 ans, elle quitte sa famille, ses amis, les plages de Nouméa. Un déchirement. Mais la décision est prise : « C'est le manque de perspective, le manque d'avenir, le manque de décision et surtout de projection sur le long terme. Le fait de ne pas trop savoir ce qui nous attend, ce qui va se passer. »
Elle n'est pas une exception. 18 000 personnes ont quitté la Nouvelle-Calédonie en sept ans. Et le rythme s'est accéléré après les émeutes. Cadres, chefs d'entreprise, soignants font partie de ceux qui partent.
La médecine de brousse à l'épreuve
Direction Yaté, une commune de brousse à 1h30 de Nouméa. Dans ce dispensaire, une file d'attente car la médecin habituel a pour le moment quitté l'île après une effraction à son domicile et le généraliste qui la remplace ne vient qu'une fois par semaine.
Madame Don, bonjour. Cette femme attendait la consultation avec impatience. Malgré l'infection, elle n'est pas allée se soigner à Nouméa, 13 € l'aller-retour. Une fortune pour elle. « Non, je pense pas. Moi, je travaille pas. J'ai pas forcément les moyens pour. »
Le Docteur Marg a eu son cabinet incendié ; depuis il travaille dans des dispensaires. 2 ans après, c'est la Nouvelle-Calédonie toute entière qui tente de panser ses plaies. Certains émeutiers sont pourtant prêts à repartir au combat. Après de longues tractations avec des intermédiaires, deux jeunes acceptent de nous rencontrer à condition de protéger leur anonymat.
« J'hésiterais pas à redescendre dans la rue. On se fait traiter de terroriste comme si on était Daesh ou l'État islamique. Je comprends pas. On se bat, on se bat pour nos droits, on se bat pour nos pays. Depuis qu'on a été colonisé, on fait que ça se battre le peuple Canac. Mais après beaucoup ne comprennent pas. »
Tous les deux déplorent les victimes des émeutes mais pas les dégâts. « C'est peut-être aller trop loin mais c'est dire c'est des dégâts collatéraux. Si ça en est arrivé là ben tant pis. On a envie de dire il aurait fallu nous écouter un peu plus tôt pour éviter ça justement. J'ai pas de regret. Mais pour les gens qui ont perdu leur emploi c'est malheureux pour eux. Il faut pas qu'il reste comme ça les bras croisés la tête baissée. Il faut qu'ils essayent de s'en sortir autonement. »
Un territoire fracturé
Un territoire fracturé et politiquement dans l'impasse depuis les trois référendums qui ont rejeté l'indépendance. Les dernières réforme envisageaient d'étendre le droit de vote des habitants venus de métropole. C'est précisément ce qui a causé les émeutes. 2 ans plus tard, le conflit reste entier entre les communautés.
Dans cette famille, on estime que la Nouvelle-Calédonie doit rester française et l'on dénonce un système électoral discriminatoire. « Ça pue dans présent ici depuis 21 ans, ce médecin ne pourra pas voter aux élections locales dimanche. C'est absurde parce que ma fille qui est née ici depuis très peu, elle a l'autorisation de voter. Donc elle a 18 ans, elle peut voter et moi qui suis son papa, ben je peux pas voter. »
À l'inverse, pour les indépendantistes, limiter le vote des résidents venus de l'hexagone, c'est une priorité. « Ils veulent maintenir leur poids dans les institutions locales, ne pas perdre leur identité. Tout ce gel électoral là, c'est une survie aussi du peuple can. On va se rendre minoritaire ici chez nous, donc on sera plus écouté et ils vont nous grignoter petit à petit comme ils font là en ce moment. Et c'est la colonne vertébrale de notre lutte. »
2 ans après les violences, les élections provinciales vont permettre de mesurer le poids de chaque force politique. Après le scrutin, le gouvernement espère relancer le dialogue pour sortir de l'impasse.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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