Nicolas Bouygues attaque ses frères en justice pour sa succession

Le dauphin rejeté
Entré chez Bouygues en avril 1971, sur le chantier du Palais des Congrès, à 22 ans. Directeur de travaux, puis départ pour l’Iran. À son retour, son père lui a proposé de lancer Maison Bouygues. Nicolas Bouygues raconte : « J’ai été formaté par mon père pour venir travailler avec lui, et malheureusement aussi pour lui succéder. » Il ajoute : « Ça a été un jugement de valeur que mon père a fait un peu trop prématurément, à une époque où je pense que ça a dû faire beaucoup souffrir mes frères. »
Son père a imaginé les concepts commerciaux et marketing. Nicolas en a pris la direction — son frère Martin est venu comme directeur commercial. « Je n’ai pas eu de véritables difficultés, mais j’étais très jeune. Donc j’étais impétueux, fougueux, extrêmement impliqué, travailleur acharné. Il est très probable que je n’ai peut-être pas fait suffisamment attention à mon frère. » Il reconnaît : « J’ai piqué des colères, c’est certain, mais je n’ai jamais eu de volonté de nuisance ou de vengeance. »
Son père l’a installé à ses côtés, dans un bureau immense. « Je n’ai pas trouvé ma place, je n’ai pas su travailler en harmonie dans cet environnement. Et j’ai commencé à faire des bêtises et des erreurs. » Il a posé un ultimatum : soit tu me rends ma liberté — je prends la direction d’une filiale — soit je m’en vais. Son père a répondu « on reste comme on est ». Nicolas a dit « je pars. »
« Si tu pars, je ne te revois pas. » Et ça a duré jusqu’à la fin.
40 ans de silence
Après son départ en 1986, Nicolas n’a revu personne. « Ils m’ont fermé leurs portes. J’ai essayé, mais je n’ai pas eu de possibilité. »
Il s’est lancé dans la promotion immobilière. « J’avais la rage de démontrer que j’étais capable de faire encore mieux que mon père. » Il s’est endetté. Lourdement. « En personne physique à l’époque, j’étais le premier promoteur. »
Puis la crise immobilière a frappé. Des ennuis judiciaires aussi. « La législation avait évolué et moi j’ai trop traîné à me mettre en règle. » Pas un seul contact avec ses frères en quarante ans. « Ils ne veulent pas me serrer la main, ils changent de trottoir si je passe. »
Le cœur du litige : Maison Bouygues
Nicolas était actionnaire de Maison Bouygues. En quittant le groupe, il a proposé à son père de lui racheter ses actions. « Mon père a dit jamais. » Plus tard, son père lui a demandé de vendre. « Il m’a demandé de lui vendre mes actions lorsqu’il a mis au point sa stratégie pour permettre à mes frères de remonter dans le capital. » Il explique : « Dans le schéma qu’il a imaginé, Maison Bouygues étant devenu un actif très important, il ne pouvait pas me garder comme actionnaire. »
Quand Nicolas est sorti du capital, Maison Bouygues est devenue majoritairement la propriété de ses frères. Voilà.
Les accords de 2015 contestés
En 2015, sa mère a voulu mettre de l’ordre dans sa succession. Elle lui a fait signer un ensemble de papiers. « C’est censé résoudre les problèmes du passé », dit-il. Mais il les juge « incomplets » — c’est l’objet de la procédure actuelle.
Ce qui l’a poussé à agir ? « J’ai vu que mon frère Martin s’était inventé un peu une légende et accaparait des choses qu’il n’avait pas faites. Ça m’a mis en colère. Je me suis dit que j’allais me battre pour essayer de rétablir la vérité. »
Il a tenté des solutions amiables. Sans succès. « Je n’ai pas eu accès, je n’ai pas pu discuter avec eux. J’ai donc intenté cette action en justice parce que je souhaite que mes droits soient respectés. »
Une famille brisée
« J’ai deux frères, une sœur, un père, une mère. Tous ces gens m’ont rejeté, renié. Je ne les ai pas vus du tout. » Il a eu des contacts avec ses sœurs — jamais avec ses frères. « Les droits de Nicolas Bouygues sont les mêmes droits que n’importe qui. Je demande tout simplement le respect de mes droits. »
Pourquoi ce silence si long ? « Les 37 premières années de ma vie, je les ai vécues dans le giron familial. Les circonstances ont fait que j’ai dû partir. Et j’ai été rejeté par ma famille. C’est difficile à vivre. » Il ajoute : « Tout était accumulé, enfoui au fond de moi. À un moment donné, mon caractère un peu fougueux a pris le dessus. J’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et d’essayer d’expliquer à tout le monde ce qui m’était arrivé et quelle était ma version de la vérité. »
Sources
- Le Nouvel Obs — entretien avec Nicolas Bouygues
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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