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Nice : 11 morts du narcotrafic, Nuñez promet — l'élu dénonce le vide

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-12
Illustration: Nice : 11 morts du narcotrafic, Nuñez promet — l'élu dénonce le vide
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« Deux policiers contre 47 à Marseille » — l'arithmétique de l'abandon

Le 10 décembre 2024, un élu niçois interpelle le ministre de l'Intérieur à l'Assemblée nationale. Il parle du quartier des Moulins. Il alerte sur les effectifs. Rien. Il récidive le 18 février 2025. Toujours rien. Alors il passe par un appel téléphonique direct avec Laurent Nuñez, le 12 mai 2026. Que dit le ministre ?

« J'attends naturellement des actes qui s'engagent à un renforcement durable des effectifs. » Des mots — rien que des mots.

L'élu lui rappelle les chiffres. La dernière sortie d'école de police : deux policiers affectés dans les Alpes-Maritimes. Deux. Pas vingt. Pas dix. Deux. (Oui, vous avez bien lu.) Comparez avec Marseille : 47. Même région, mêmes problèmes de narcotrafic. Marseille reçoit vingt-trois fois plus d'effectifs. Pourquoi ?

La réponse tient en une ligne : le gouvernement choisit ses priorités. Nice n'en fait pas partie.

Pire : 97 enquêteurs ont quitté la ville. Des départs, pas des mutations. Postes supprimés, démissions, retraites non remplacées. Le compte est terrible. Pendant que les dealers installent leurs fauteuils sur les points de deal, l'État vide ses propres rangs.

« Les Moulins sont devenus l’un des quartiers les plus violents au prorata de la population en France », écrivait Le Point en février 2025. Ce n'est pas une exagération. 11 morts pour quelques milliers d'habitants. Un taux d'homicide qui rivalise avec les pires favelas brésiliennes.

Et pendant ce temps, le ministre promet. Il promet sans chiffrer. Il appelle sans agir.

« Je songe à partir en Tchétchénie » — le témoignage qui tue

L'élu raconte une scène glaçante. « Tout à l'heure, j'ai changé avec un habitant des Moulins. Il est d'origine tchétchène et il m'a dit : "Je songe à partir en Tchétchénie parce que c'est plus sûr." » Répétons-le : un homme envisage de retourner dans un pays connu pour ses violations des droits humains, ses exécutions extrajudiciaires et sa guerre permanente, parce que la France — la France — lui paraît moins sûre.

Ce n'est pas un slogan politique. C'est un constat de faillite.

L'élu ajoute : « Voilà, c'est des mots qui sont insupportables, inacceptables. » Et pourtant, il n'y a pas de quoi s'indigner sans agir. Les mots de l'habitant sont le symptôme d'un abandon d'État. Quand les trafiquants tiennent tout un quartier, quand les policiers se comptent sur les doigts d'une main, quand les morts s'accumulent, les habitants n'ont plus que deux options : fuir ou se taire.

Celui-là choisit de fuir. Vers la Tchétchénie. Vous mesurez l'ironie tragique ?

Le ministre a-t-il répondu à ce témoignage ? Non. Dans l'appel, pas un mot, pas une promesse spécifique pour ce quartier. Juste un « renforcement durable » — une formule creuse qui pourrait aussi bien s'appliquer à n'importe quel autre sujet.

Jardin d'enfants à 300 000 euros sur un point de deal — le ridicule comme politique

Voilà où ça se complique. L'élu révèle une aberration administrative qui confine à la farce macabre. « Mes prédécesseurs avaient fait un jardin d'enfants sur le point de deal, comble du ridicule, qui a coûté 300 000 euros. »

Trois cent mille euros. Pour installer des jeux pour enfants en plein milieu d'une zone de trafic. Les dealers n'ont pas déménagé. Ils ont occupé les fauteuils installés au cœur du jardin. « Au cœur du jardin, il y avait les fauteuils des dealers », précise l'élu.

Les habitants des Moulins, eux, n'ont pas été consultés. « Des habitants des Moulins m'ont dit tout à l'heure combien cette démarche leur avait semblé provoquante. » Provoquante, oui. Comme si l'État se moquait ouvertement d'eux. Comme s'il dépensait l'argent public dans des projets absurdes plutôt que de mettre des policiers sur le terrain.

300 000 euros. C'est le salaire annuel de six policiers débutants. Le coût d'une dizaine de caméras de surveillance. Le prix d'un demi-poste d'enquêteur pendant trois ans. Au lieu de cela, on plante des arbres et on installe des balançoires sur un point de deal.

L'élu annonce une mesure : fermer le centre d'accueil et de médiation — un local de l'association Adam — pour le remplacer par un poste de police municipale, place des Amarilis, « face au point de deal ». Il le dit sans détour : « La médiation c'est bien, les palabres c'est bien, mais on fait pas la guerre avec des feuilles de papier ou avec des cours de langue. »

Enfin une parole qui sort des éléments de langage ministériels.

Des patrouilles mixtes — l'élu propose, le ministre esquive

Il propose deux mesures concrètes, opérationnelles, immédiates.

D'abord, des patrouilles mixtes police nationale – police municipale dans le quartier des Moulins. « Le combat contre la drogue relève de la police nationale d'abord, principalement, juridiquement. La police municipale peut venir en soutien. » Il demande au ministre et au préfet d'autoriser ce dispositif. Simple, efficace, déjà testé dans d'autres villes.

Ensuite, l'ouverture d'un poste de police municipale place des Amarilis, en lieu et place du centre de médiation. Un symbole fort : remplacer la parole par l'action.

Qu'a répondu Laurent Nuñez ? L'élu est clair : « Il a chiffré ces renforts ? Non, non, non. Pour l'instant, on n'est que dans des paroles verbales. Comme aurait dit un de ses prédécesseurs, les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent. »

Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent. Cette phrase de Jacques Chirac, devenue un lieu commun, prend ici tout son sens. Nuñez promet un renforcement durable. Mais il ne donne aucun chiffre, aucun calendrier, aucun engagement écrit.

L'élu, lui, attend. Il a posé deux questions à l'Assemblée. Il a eu un appel. Il a obtenu des mots. Rien d'autre.

« Des armes de guerre » — l'appel au sursaut républicain

« C'est une guerre dont il s'agit. Et pour gagner une guerre, il faut utiliser des armes de guerre. Des armes au premier sens du terme, des armes juridiques, des armes judiciaires, des armes pénales. »

L'élu ne parle pas d'envoyer l'armée dans les rues. Il parle de donner aux forces de l'ordre les moyens légaux de frapper fort : peines planchers, confiscations systématiques, interdictions de séjour, perquisitions sans entraves. Il parle de justice, pas de militarisation.

Laurent Nuñez, lui, a déjà annoncé des mesures contre le narcotrafic en 2024 : création d'une « task force », renforcement des douanes, coopération européenne. Mais sur le terrain, à Nice, rien n'a changé. Les dealers continuent. Les morts s'accumulent. Les policiers manquent.

Le Point citait en février 2025 « la colère des habitants » des Moulins. Cette colère est légitime. Elle est le produit de l'inaction. Onze familles ont perdu un fils, un frère, un père. Combien de familles encore ?

L'élu prévient : « Cela n'est plus possible, cela n'est plus tolérable. Ça doit changer. » Il a raison. Mais tant que le ministre de l'Intérieur se contentera de coups de fil sans suite, les Moulins resteront une zone de non-droit.

Nuñez — un ministre sous pression

Le ministre de l'Intérieur connaît les enjeux de sécurité. Laurent Nuñez, 62 ans, préfet de carrière, nommé en septembre 2024 après un passage à la tête de la DGSI. Il a dirigé la lutte antiterroriste. Piloté des opérations complexes. Il sait ce qu'est une guerre.

Alors pourquoi ce vide à Nice ?

Les chiffres nationaux donnent une piste. Les Alpes-Maritimes ne sont pas la Seine-Saint-Denis. Nice n'est pas Marseille. Les priorités politiques vont aux zones les plus médiatisées, aux plus gros enjeux électoraux. Les Moulins, quartier populaire de l'ouest niçois, ne pèsent pas lourd dans les sondages.

Mais 11 morts, c'est un massacre. Un massacre devrait ébranler n'importe quel ministre.

L'élu ne lâche rien. Il a interpellé le ministre en décembre, en février, puis par téléphone. Il continuera. Mais combien de temps les habitants des Moulins peuvent-ils attendre ? Leurs enfants jouent-ils encore dans la rue ? Leurs mères sortent-elles le soir ?

Un habitant a déjà choisi de partir. D'autres suivront. Et la France — celle qui se dit patrie des droits de l'homme — laissera un quartier entier tomber aux mains des trafiquants, faute d'avoir envoyé deux policiers de plus.

Sources

  • Questions à l'Assemblée nationale (10 décembre 2024, 18 février 2025)
  • Appel téléphonique avec Laurent Nuñez (date de l'intervention)
  • Témoignage d'un habitant d'origine tchétchène du quartier des Moulins
  • Données de la préfecture des Alpes-Maritimes sur les effectifs de police
  • Article Nice-Matin : « J’appelle à une réaction puissante »
  • Article Le Point : « Les Moulins sont devenus l’un des quartiers les plus violents au prorata de la population en France »
  • Fiche Wikipédia Laurent Nuñez (nom complet, date de naissance,

📰Source :youtube.com

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