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SociétéÉpisode 9/2

Nice, Lyon : 5 morts en 24 heures – la guerre du narcotrafic que l'État perd

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-13
Illustration: Nice, Lyon : 5 morts en 24 heures – la guerre du narcotrafic que l'État perd
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Nice, quartier des Moulins : une exécution en moins d'une minute

Mardi 12 mai 2026, 17 h 30. Place des Amaryllis, quartier des Moulins à Nice. Un homme descend d'une voiture, enfourche une trottinette, roule jusqu'à la place. Il sort une arme de sa veste. Il tire. En moins d'une minute, deux hommes de 57 et 39 ans sont morts. Six autres personnes, âgées de 23 à 53 ans, sont blessées. Trois sont en urgence absolue. Les victimes ? Des pères de famille. Aucun lien avec le trafic de stupéfiants. (Nice Matin, 12 mai 2026)

Ce n'est pas un accident. C'est le deuxième massacre sur la même place en sept mois. Le 3 octobre 2025, une fusillade y avait déjà fait deux morts et cinq blessés (source : idem). Depuis 2024, le niveau de violence a franchi un cap.

Le procureur de Nice a ouvert une enquête pour « homicide en bande organisée ». Il avait déjà fait de même en octobre. Entre-temps, le préfet annonçait le démantèlement de trois points de deal et l'incarcération de 300 personnes. Hier, la police expliquait qu'il restait moins de la moitié des points de deal recensés en 2023. La raison ? Une lutte sanglante pour le contrôle des points restants. Une guerre de territoires — et ce n'est pas rien— qui mêle équipes nicoises et marseillaises. La DZ Mafia, notamment, étend son emprise.

Une date. Un virement. Une question. Combien de morts faudra-t-il ?

Lyon, Décines-Charpieu : la méthode du paillassonnage tue

À 300 kilomètres de là, même jour, même heure presque. Plusieurs départs d'incendie dans un immeuble du quartier du stade de l'Olympique Lyonnais, à Décines-Charpieu. Bilan : trois morts. L'enquête est ouverte pour « homicide volontaire en bande organisée ». Les pompiers parlent de plusieurs foyers volontaires à différents étages.

Ce n'est pas un accident non plus. La méthode a un nom : le « paillassonnage ». Une technique d'intimidation qui consiste à incendier le paillasson des victimes. Sauf que cette fois, le feu a pris. Trois personnes, inconnues de la justice, sont mortes.

Le correspondant du Monde à Lyon le dit : « La guerre des stups n'est plus confinée au milieu du banditisme. La violence surgit à tout moment dans tous les lieux. » Les trafiquants recrutent désormais des gamins via les réseaux sociaux, venus de toute la France, pour commettre leurs crimes. (Transcript, 13 mai 2026)

En juillet 2024, un incendie criminel lié au narcobanditisme avait déjà décimé une famille comorienne à Nice : sept morts, dont des enfants. (Nice Matin, 18 juillet 2024) La même logique. La même impunité.

L'État contre-attaque ? Les mesures qui n'arrêtent pas les balles

Face à cette escalade, l'État a réagi. En juin 2025, une loi a été votée. Elle crée le parquet national anticriminalité organisée — sur le modèle du parquet antiterroriste. Les enquêtes sont centralisées. Les moyens renforcés. Les avoirs criminels saisis. Les peines durcies. Les chefs narcotrafiquants, qui donnaient des ordres depuis leur cellule, ont été mis à l'isolement dans des prisons de haute sécurité.

Mais il reste un point aveugle. Le Conseil constitutionnel a interdit la surveillance des messageries cryptées. Les trafiquants communiquent donc librement via WhatsApp, Signal, Telegram. (Transcript) Une faille béante.

Le maire de Nice, Éric Sioti, a annoncé la création d'un commissariat de police municipale sur la place même de la tuerie. Il a aussi interpellé le Premier ministre cet après-midi. Sa déclaration est glaçante : « Les narcotrafiquants nous ont déclaré une guerre. Ils ont déclaré une guerre à la République. Cette guerre, je crains que nous soyons en train de la perdre. » (Nice Premium, 12 mai 2026)

Et le Premier ministre ? Il a répondu : « Plus nous serons répressifs, plus nous aurons une guerre de territoire qui s'organisera entre les différents réseaux. Plus vous avez d'arrestations, plus vous avez une concurrence entre ces réseaux. » Autrement dit : plus on frappe, plus ça explose.

Les chiffres qui donnent le vertige

En 2023, selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, 299 000 personnes ont été mises en cause pour au moins une infraction à la législation sur les stupéfiants. (interieur.gouv.fr) 299 000. C'est la population d'une ville comme Metz.

Les saisies de cocaïne ? Multipliées par huit en dix ans. 7 tonnes en 2014, 54 tonnes en 2024, 84,3 tonnes en 2025. Soit une hausse de 58 % en un an. (Le JDD, 2026) Plus on saisit, plus il arrive. La drogue ne se dématérialise pas. L'argent non plus.

Les trafiquants sont plus rapides, plus organisés, plus violents. Ils recrutent des enfants. Ils utilisent des trottinettes pour assassiner en pleine rue. Ils brûlent des immeubles. Et l'État ? Il légifère, il crée des parquets, il isole des chefs. Mais les balles, elles, continuent de traverser les corps.

Une guerre d'endurance que l'État est en train de perdre

Le chroniqueur François le résume : « Même s'il y a des nouveaux moyens de lutte, c'est un travail de longue haleine. À cette heure-ci, hélas, les trafiquants et leurs exécutants sont plus rapides et plus forts. » (Transcript)

Le gouvernement parle d'endurance. Les habitants des Moulins, de Décines, de Marseille, eux, parlent de peur. Ils risquent leur vie tous les jours. Pour aller au travail. Pour sortir les poubelles. Pour acheter du pain.

Le maire de Nice a raison. Les trafiquants ont déclaré la guerre. Et l'État, malgré ses lois, ses parquets et ses prisons de haute sécurité, est en train de la perdre.

Une question demeure : jusqu'où faudra-t-il aller ? Faudra-t-il légaliser, comme le suggère une piste évoquée à l'antenne ? Faudra-t-il « ratisser large à la salvadorienne » ? Ou continuer à subir, en espérant que les mesures finissent par porter leurs fruits ?

Pendant ce temps, les moutons du Kenya mangent des roses — conséquence improbable du blocage du détroit d'Ormuz. (Transcript) Le monde est fou. La France, elle, brûle.

Sources :

  • Service statistique ministériel de la sécurité intérieure – 299 000 mis en cause en 2023 (interieur.gouv.fr)
  • Le JDD – saisies de cocaïne : 7 t en 2014, 84,3 t en 2025
  • Nice Matin – fusillade du 11 mai 2026 (2 morts, 6 blessés) et incendie de juillet 2024 (7 morts)
  • BFMTV – incendie criminel Décines-Charpieu, 3 morts, 12 mai 2026
  • Nice Premium – déclaration d'Éric Sioti : « en train de la perdre »
  • Le Point – analyse « guerre de territoires » et « tentative de conquête de groupes marseillais »
  • Transcript du journal télévisé – 13 mai 2026 (citations du maire, du procureur, du correspondant du Monde, de François)

📰Source :YouTube

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