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SociétéÉpisode 8/4

Narcotrafic : le maire d'Alès exfiltré, ses homologues sous protection

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-27
Illustration: Narcotrafic : le maire d'Alès exfiltré, ses homologues sous protection
© YouTube

Une exfiltration sous le silence de la nuit

Christophe Rivenq, maire d'Alès, n'a pas passé une nuit ordinaire. Selon France 3 Occitanie, il a été exfiltré de chez lui — « en pleine nuit », précise le reportage — après avoir reçu des menaces de mort explicites. L'image est rare : un élu contraint de quitter sa ville sous protection policière, parce que des trafiquants ont décidé de s'en prendre à lui.

L'affaire commence ici. Mais elle ne s'arrête pas à Alès.

La DZ mafia sort de l'ombre

Des individus se revendiquant de la DZ mafia — un groupe criminel actif dans le trafic de stupéfiants — ont diffusé des images menaçantes visant directement Christophe Rivenq. C'est ce qu'indique le journal télévisé de France 3 Occitanie. Invité à réagir, le maire PS de Montpellier, Michaël Delafosse, a qualifié ces images d'« indignes ». Il a dénoncé « des marchands de mort qui s'autorisent à faire une communication ». Une formule qui résume le basculement : le narcotrafic ne se contente plus d'agir dans l'ombre, il revendique, il menace, il filme.

La DZ mafia aurait ensuite démenti son implication — selon les propos rapportés par Delafosse lors de l'interview. « Quelle indignité que ces images […] ils cherchent à se jouer de nos lois », ajoute le maire de Montpellier, visiblement sceptique. Les circonstances exactes de ce démenti restent à ce stade floues, et aucune source indépendante ne permet de le confirmer.

Parallèlement, Midi Libre Faits Divers rapporte des menaces similaires visant l'eurodéputée socialiste Chloé Ridel, après ses propos sur un circuit du Gard. Les termes employés — « La mettre dans le viseur », « faire exploser sa maison » — témoignent d'une violence verbale qui n'a rien d'anecdotique. Le recoupement entre les deux sources (vidéo et presse écrite) confirme une escalade : les élus gardois sont dans le collimateur des réseaux criminels.

Michaël Delafosse lui-même n'est pas épargné. Il raconte avoir été menacé après avoir fait expulser un trafiquant de drogue d'un logement social à Montpellier. « Un certain nombre d'individus sont venus dans l'agence du bailleur social, ont menacé les agents publics », explique-t-il. Il bénéficie désormais d'un « bip de protection » — un dispositif qui permet d'alerter en cas de menace physique immédiate. Un détail qui en dit long sur la normalisation de l'insécurité pour les élus.

La guerre des maires

Christophe Rivenq est maire d'Alès, une ville du Gard de 40 000 habitants, confrontée comme beaucoup d'autres à l'économie souterraine de la drogue. La DZ mafia, présumée à l'origine des menaces, est un groupe criminel dont le nom évoque les réseaux marseillais. Ses méthodes — communication publique, mise en scène des menaces — rappellent celles des cartels latino-américains, mais adaptées au territoire français.

Michaël Delafosse mène une politique de fermeté : fermetures administratives d'épiceries de nuit, démolitions de locaux commerciaux utilisés pour le blanchiment (rue de Lassorbe, avec la préfète), expulsion de trafiquants des logements sociaux. Une ligne qui lui vaut des inimitiés. « On lui réglera son compte », lui ont-ils dit. Il ne cède pas : « Il ne faut pas céder à la peur. »

Mais le problème dépasse les individus. Delafosse pointe du doigt l'impuissance des maires face à un phénomène systémique. « Comment se fait-il que des jeunes de moins de 16 ans soient charbonneurs, chouffeurs alors que l'obligation scolaire est de 16 ans ? » interroge-t-il. Une question qui vise l'Éducation nationale, mais aussi le ministère de la Santé, la Justice. Le narcotrafic recrute dans les collèges. L'État, lui, semble absent.

Une justice sous pression

À ce stade, aucune information précise n'a été communiquée sur l'enquête en cours. Les forces de police et l'autorité judiciaire sont saisies, assure Delafosse, qui leur apporte « confiance ». Mais il réclame davantage de moyens : « Notre justice a besoin de davantage de moyens pour qu'il y ait de l'enquête, pour que ces gens-là puissent tomber, que le blanchiment de l'argent de la drogue puisse être plus sévèrement sanctionné. »

La garde à vue, la mise en examen, le procès — rien de tout cela n'est documenté pour l'instant. Les menaces contre Rivenq et Delafosse font l'objet d'investigations, mais les auteurs présumés n'ont pas été identifiés publiquement. La présomption d'innocence s'applique, bien sûr. Mais le sentiment d'impunité, lui, est palpable.

Delafosse demande un pouvoir supplémentaire : « Le droit de dire oui ou non à l'ouverture des commerces. » Une revendication qui montre que les outils juridiques actuels ne suffisent pas. Les épiceries de nuit, souvent des lieux de blanchiment, prospèrent faute de contrôle efficace. Le maire veut pouvoir les fermer sans passer par des mois de procédure.

Ce que ça dit de la France

Pourquoi ce fait divers révèle-t-il la porosité croissante entre criminalité organisée et institutions locales ? Parce qu'il montre que les trafiquants ne se cachent plus. Ils filment leurs menaces. Ils les diffusent. Ils défient l'État en direct. Et les maires, premiers remparts de la République, se retrouvent en première ligne, sans les moyens de se défendre.

La France n'est pas un cas isolé. L'Équateur a décrété l'état d'exception en 2021 face aux violences liées au narcotrafic. La Colombie, sous Gustavo Petro, lutte contre des cartels qui infiltrent l'administration. Mais en France, on préfère souvent nier l'ampleur du phénomène. On parle de « points de deal », de « cités sensibles ». On oublie que le narcotrafic est une économie de plusieurs milliards d'euros, qui corrompt, qui tue, qui menace.

Les maires sont devenus des cibles. Christophe Rivenq a dû être exfiltré. Michaël Delafosse porte un bip de protection. Chloé Ridel reçoit des menaces de mort. Et pendant ce temps, des adolescents de 14 ans servent de guetteurs pour 50 euros la nuit. Où est l'Éducation nationale ? Où est la protection de l'enfance ? Où est la justice ?

Delafosse le dit lui-même : « On a franchi une étape. Il n'y a pas assez de mobilisation. » La société tout entière doit être partie prenante, insiste-t-il. Mais comment mobiliser quand l'État lui-même semble dépassé ? Les moyens manquent. Les effectifs de police sont insuffisants. Les juges sont submergés. Et les maires, eux, continuent d'habiter dans leur commune, au milieu de leurs administrés, exposés.

Et maintenant ? L'affaire des menaces contre le maire d'Alès n'est que la partie émergée d'un iceberg. Si l'État ne réagit pas par des mesures concrètes — plus de policiers, plus de juges, plus de fermetés administratives, une vraie politique d'assimilation et de contrôle social —, d'autres élus suivront. Et la République cédera du terrain, un maire à la fois.

Sources :

  • France 3 Occitanie (YouTube) : « Menaces de mort contre le maire d'Alès », interview de Michaël Delafosse.
  • Midi Libre Faits Divers (RSS) : « "La mettre dans le viseur", "faire exploser sa maison"… L'eurodéputée Chloé Ridel menacée de mort après ses propos sur un circuit du Gard ».

📰Source :youtube.com

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