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SociétéÉpisode 7/6

Michel Onfray : le philosophe qui n'a pas changé de camp — et ça dérange

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-28
Illustration: Michel Onfray : le philosophe qui n'a pas changé de camp — et ça dérange
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Jamais condamné pour racisme ou antisémitisme. Pourtant, les accusations pleuvent. Michel Onfray, 150 livres, une université populaire fondée contre Jean-Marie Le Pen, se défend. Dans un entretien, il dénonce une « campagne de diffamation » menée par la gauche intellectuelle parisienne. Et il attaque : sur la psychanalyse, l'immigration, l'instrumentalisation de l'antisémitisme.

« Je suis resté le même »

Michel Onfray ne reconnaît pas le portrait qu'on fait de lui. « Je suis resté le même », répète-t-il. Son père était ouvrier agricole, sa mère femme de ménage. Il a connu la pauvreté, la lutte des classes — pas dans les livres, dans la vie. Marx, Proudhon : il les a lus après, pour conforter sa lecture du monde.

Mais le monde a changé. « On faisait des enfants avec les femmes. Aujourd'hui, on fait des enfants avec des machines », lance-t-il. L'ectogenèse, l'intelligence artificielle, la GPA : la gauche d'aujourd'hui défend ce que la gauche d'hier dénonçait. Lui, il résiste à la marchandisation du monde. C'est sa définition de la gauche.

Alors pourquoi l'accuse-t-on d'être passé à droite ? Parce qu'il critique la gauche. Parce qu'il a écrit contre Hollande, contre le Parti communiste, contre l'extrême gauche. « Normalement, on devrait avoir un rapport à la vérité quand on est de gauche », dit-il. Lui, il le revendique.

La psychanalyse : une imposture ?

Le début de ses ennuis ? Son livre sur Freud. Onfray raconte avoir lu un ouvrage de psychanalyse pour préparer un cours. « Je me suis dit : si ces gens-là ont raison, alors c'est une imposture totale. » Il a enquêté, publié. La gauche l'a attaqué. « Ils disaient que j'étais payé par les trusts pharmaceutiques. C'était immonde. »

Onfray dénonce un business : paiement en liquide, non-déclaration fiscale. « Le traitement de l'autisme, de la pédophilie, de la pédocriminalité — tout ça procède de la domination du freudisme en France. »

Et ça a été le début de ses ennuis. « Après, à chaque fois qu'il y a eu des occasions de m'attaquer, ça a été l'antisémitisme. »

L'antisémitisme a changé de camp

Selon Onfray, la gauche a instrumentalisé l'antisémitisme de Jean-Marie Le Pen à des fins électorales. « Vous avez fait tout ce qu'il fallait pour que ça ait lieu », dit-il aux socialistes. Mitterrand, selon lui, a fait monter Le Pen pour casser la droite en deux.

Mais aujourd'hui, l'antisémitisme a changé de bord. « Il est chez Jean-Luc Mélenchon », affirme Onfray. Il cite la « jurisprudence Raphaël Enthoven » : Mélenchon serait à la tête d'un parti « passionnément antisémite ». Marine Le Pen, elle, n'a jamais été condamnée pour antisémitisme. « Elle a viré son père, changé le nom du parti. Où sont les "détail" et les "four crématoire" ? »

Onfray a lu les mémoires de Jean-Marie Le Pen — deux volumes de 400 pages. « C'est un homme d'extrême droite : haine du général de Gaulle, beauté du maréchal Pétain, les juifs sont partout. » C'est contre cet homme qu'il a créé l'université populaire en 2002. « Je combattais l'antisémitisme. Je le combats toujours. Simplement, l'antisémitisme a bougé. »

Immigration : la préférence nationale n'est pas du racisme

Sur l'immigration, Onfray assume. Il défend la « préférence nationale » comme un principe de justice sociale. « Ce n'est pas du racisme », insiste-t-il. Il critique la gauche pour avoir abandonné la classe ouvrière sur ce sujet. « François Ruffin s'exprime contre l'immigration de travail. Mais sa position est la même que celle du MEDEF. »

Il rappelle le revirement de Georges Marchais et du Parti communiste sur l'immigration. « La gauche a changé, pas moi. » Pour lui, l'immigration doit être gérée de manière réaliste. « On importe de la pauvreté sans cadre d'intégration. Ce n'est pas l'immigré qui échoue, c'est l'État qui a cessé d'exiger l'assimilation. »

CNews : la liberté d'expression ou l'autocensure ?

Pourquoi CNews ? Onfray répond sans détour : « On m'a proposé une heure de débat par semaine. J'ai accepté. » Il affirme n'avoir jamais reçu de consignes idéologiques de la part de la direction. « Je dis ce que je veux. Personne ne me censure. »

Mais il y a une autocensure, admet-il. « La peur des sanctions de l'Arcom. » Il cite l'affaire Bagayoko : une plainte non fondée pour racisme lors d'un salon du livre à Vimoutier. « Un candidat de Place publique a dit que j'étais raciste. La presse a repris le mensonge. Je n'ai jamais été condamné. »

Onfray critique ceux qui jugent les intervenants sur le support plutôt que sur le contenu. « Bernard-Henri Lévy est publié chez Grasset, propriété de Bolloré. Personne ne l'accuse d'être d'extrême droite. » La logique est implacable : si le support est le problème, alors tous les auteurs Grasset sont suspects. Personne n'ose le dire.

Le petit monde parisien

Onfray dénonce un « petit monde parisien » qui dicte la pensée légitime. Saint-Germain-des-Prés, les magazines, les plateaux radio. « Sartre, c'est le magistère intellectuel de Paris. Il nous dit "j'ai résisté, j'ai créé un groupe". Mais pas du tout. » Il a démonté la mythologie de la Résistance, montré que Sartre a collaboré. « Et à chaque fois, on dit : "Mais regardez ce type, il touche à nos idoles. C'est bien la preuve qu'il est d'extrême droite." »

Il affirme avoir été interdit de France Culture. « Alain Finkielkraut ne m'invite plus. » Il cite Jean-Luc Nancy, qui a qualifié l'université populaire d'« entreprise antisémite ». Onfray a répondu par un livre, L'Autre Collaboration, où il démontre l'antisémitisme de Nancy. « Ça m'a réjoui de montrer ça. »

Et maintenant ?

Michel Onfray continue. « Je suis toujours un nietzschéen de gauche, un proudhonien. Je n'ai rien à me faire pardonner. » Il évite les réseaux sociaux, ne lit pas les articles sur lui. « Je tiens les excréments à distance. »

Mais les attaques ne cessent pas. En mars 2026, Catherine Féchi publie dans L'Express un article intitulé « Parler du fascisme au présent pour qu'il ne soit jamais ordinaire ». Onfray est visé. Il répond : « L'antifascisme est devenu une insulte vide, déconnectée de la réalité historique. »

Le philosophe est-il d'extrême droite ? La question est mal posée. Onfray n'a pas changé de camp — c'est le paysage politique qui a bougé. La gauche a abandonné la classe ouvrière, l'assimilation, la laïcité. Lui, il est resté fidèle à ses idées. « Ma gauche, c'est celle de Victor Hugo, de Proudhon, de Camus. » Ce n'est pas la gauche d'aujourd'hui.

Et c'est peut-être ça, le vrai problème. Un intellectuel libre, qui refuse les étiquettes, dérange tout le monde. À gauche comme à droite.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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