Macron et le Sénat : dix ans de mépris et l'effondrement d'une stratégie

Un petit nombre de sénateurs. C’est ce qui reste du groupe macroniste à la chambre haute. Loin des espoirs initiaux. Plus qu’un échec électoral : un échec civilisationnel. L’histoire d’un président qui voulait liquider le « vieux monde » et s’est heurté à la résistance silencieuse des territoires.
La faute originelle : vouloir tuer le Sénat
Juillet 2017. Emmanuel Macron prend la parole devant le Congrès à Versailles. Son discours fondateur annonce la couleur : « Réduction du nombre de parlementaires ». Le projet de réforme constitutionnelle prévoit une réduction significative du nombre de sénateurs.
Le Sénat accepte de discuter une réduction à un nombre moindre de membres. À une condition : garder ses pouvoirs législatifs. « Réduction, d’accord. Pouvoirs, non », résume un sénateur historique. L’Elysée veut aller plus loin : généralisation de la procédure accélérée, navettes parlementaires réduites.
Pourquoi cette obstination ? L’affaire commence ici. Emmanuel Macron arrive avec un logiciel : la France est sclérosée. Il faut « y aller à la hache ». Son mouvement est une start-up politique née ex nihilo — sans ancrage local. Le Sénat, lui, incarne l’exact opposé : une grande partie de ses membres sont des élus locaux chevronnés.
La suite est mathématique. Pour réformer, Macron a besoin des sénateurs. Mais ces derniers refusent de voter leur propre suppression. Premier échec. Premier mépris.
L'affaire Benalla : le Sénat contre-attaque
Juillet 2018. Alexandre Benalla, chargé de mission à l’Elysée, est accusé d’avoir usurpé des fonctions de policier. Le Sénat lance une commission d’enquête.
Emmanuel Macron réagit en matamore : « S’ils cherchent un responsable… qu’ils viennent le chercher ». Problème : le président ne peut constitutionnellement pas comparaître devant le Sénat. La phrase restera comme un symbole — de bravade inutile.
Pendant ce temps, la commission dirigée par Philippe Bas donne une leçon de démocratie.
Voici ce que personne ne vous dit. L’affaire Benalla marque un tournant. L’Elysée considère désormais le Sénat comme « infréquentable ».
Pire : le patron de LREM qualifie la commission d’« atteinte à la République ». L’outrance achève de radicaliser les centristes du Sénat.
Gilets jaunes et Covid : le retour du réel
Novembre 2018. Les Gilets jaunes déferlent. « Ils sont venus me chercher », aurait pu dire Macron. L’ironie est cruelle. Le président qui méprisait les territoires doit maintenant négocier avec les maires.
- Le Covid frappe. Nouveau retournement. L’exécutif découvre qu’il a besoin des élus locaux pour gérer la crise. Le Sénat vote en urgence des textes.
Le Sénat joue son rôle de contre-pouvoir — sans blocage systématique. Une nuance que l’Elysée mettra des années à comprendre.
L'effondrement final
- Les élections sénatoriales sonnent le glas. Le groupe macroniste tombe à un nombre très réduit de membres. François Patriat, son chef historique, vient de mourir. Les candidats évitent l’étiquette présidentielle.
La raison ? Un ancrage local inexistant. Les municipales avaient déjà sanctionné LREM. La suppression de la taxe d’habitation a ulcéré les élus.
Comparaison internationale éclairante. En Allemagne, le Bundesrat intègre systématiquement les Länder dans la gouvernance. Résultat ? Aucun chef d’État ne songerait à le contourner. La France, elle, préfère les guerres d’ego.
ET MAINTENANT ?
La chute est spectaculaire. En 2017, Macron rêvait d'un nombre important de sénateurs. Trois questions se posent :
- Qui incarnera l’héritage macroniste au Sénat après le décès de Patriat ?
- Comment gouverner sans majorité à aucune des deux chambres ?
- Quel contre-modèle institutionnel émergera ? Le Sénat a prouvé sa résilience.
Une certitude : dix ans après son discours de Versailles, Emmanuel Macron a perdu sa guerre contre le « vieux monde ». Le Sénat, lui, est toujours là. Preuve que les institutions résistent souvent mieux que les hommes qui veulent les briser.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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