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PolitiqueÉpisode 6/1

Laurent Nunez au Sénat : 500 euros d’amende — une réponse ou un cache-misère ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Laurent Nunez au Sénat : 500 euros d’amende — une réponse ou un cache-misère ?
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Cinq cents euros. C’est le nouveau montant de l’amende forfaitaire délictuelle pour consommation de stupéfiants annoncé hier par Laurent Nunez devant le Sénat. Une augmentation de 200 à 500 euros — un bond de 150 %. Le ministre l’assume : « C’est une mesure de culpabilisation des consommateurs. » Mais un chiffre vient tout gâcher : 55 % seulement des amendes sont recouvrées. Vous avez bien lu. La Cour des comptes l’a dit, le sénateur socialiste Hussein Bourgi le rappelle. Pendant ce temps, les fusillades se multiplient. Une adolescente de 15 ans abattue à Nantes. Une jeune fille tuée à Marseille dans sa chambre. Un père de famille fauché par une trottinette liée au trafic. L’État promet un « choc d’autorité ». Les trafiquants, eux, rient au guichet.

500 euros : la fausse bonne idée du gouvernement

Cinq cents euros, donc. Le gouvernement double presque l’amende. Mais derrière l’effet d’annonce, le vrai problème reste entier. Laurent Nunez monte à la tribune du Sénat pour défendre son texte : la loi Riposte — réponse immédiate aux phénomènes troublant l’ordre public. Narcotrafic, rodéos, protoxyde d’azote. Tout y passe. Mais le cœur du débat, c’est l’amende. Le ministre annonce une majoration de 200 à 500 euros. Sa justification ? « Quand vous allez comme moi à Nantes où un enfant de 15 ans a été tué sur un point de stup, je suis désolé mais s’il n’y avait pas de consommateur, il n’y aurait pas de règlement de compte. » Logique implacable. Mais incomplète.

Hussein Bourgi (PS) contre-attaque. Il cite le rapport de la Cour des comptes. « Les AFD qu’on présente comme la méthode miracle ne sont pas recouvrées. À peine 35 à 40 %. » Le ministre corrige : 55 %. Mais 55 % de 500 euros, c’est encore 275 euros que l’État ne voit jamais. « Ce qui me gêne, c’est que lorsqu’on inflige une sanction à quelqu’un, si elle n’est pas appliquée, la personne va penser que c’est du cinéma », insiste Bourgi. Jacqueline Eustache-Brignaud (LR) abonde : « Une sanction immédiate, c’est bien. Mais encore faut-il qu’elle soit recouvrée. » Le ministre a présenté des amendements pour améliorer le taux. Aucun détail chiffré. Aucun calendrier.

La question est simple : à quoi sert une amende que personne ne paie ? À culpabiliser, répond Nunez. Mais la culpabilisation ne remplit pas les caisses de l’État. Et elle ne sauve pas les vies. Pendant que le Sénat débat, les trafiquants continuent d’empocher des millions. Sans impôts. Sans factures. Sans amendes.

L’ubérisation du trafic : le Covid a tout changé

« Pendant le Covid, on a assisté à une ubérisation du marché de la drogue. » Hussein Bourgi plante le décor. Les confinements ont forcé les trafiquants à innover. Livraison à domicile via WhatsApp, Telegram, Signal. Plus besoin de point de deal fixe. Le dealer vient à vous. « Les gens n’avaient pas le droit de sortir de leur commune, donc les livreurs venaient. » Résultat : le narcotrafic s’est répandu dans le périurbain, le rural, les villages. Les grandes villes n’ont plus le monopole.

Arnaud Formisguet (syndicat des commissaires) confirme : « Les groupes criminels ont une volonté claire d’expansion. » Ils recrutent des mineurs isolés, des gamins en rupture de foyer. « Ils sont payés pour des missions qui vont du guet jusqu’au contrat et à l’homicide. » Une main-d’œuvre jetable, sans papiers, sans droits. Et le marché noir prospère. Pourquoi ? Parce qu’un trafiquant ne paie ni charges patronales, ni loyer, ni salaire minimum. « Le coût d’un marché légal, c’est des charges, des salariés, des locaux. Le marché noir s’exonère de tout ça », souligne Formisguet.

Les chiffres donnent le vertige. La France est le premier consommateur de drogue en Europe. Cannabis, cocaïne, protoxyde d’azote — tout explose. Et l’État court après. La loi Riposte veut répondre. Mais les trafiquants ont déjà un train d’avance. Comme le dit Jacqueline Eustache-Brignaud : « On peut les rattraper. » Elle refuse le défaitisme. Mais elle admet : « C’est un combat de longue haleine. »

Victimes collatérales : l’État a perdu la main

Elle avait 15 ans. Elle travaillait dans sa chambre à Marseille. Une balle perdue l’a tuée. Arnaud Formisguet ne cherche pas ses mots : « Cette jeune fille, morte. » Les victimes collatérales explosent. Il y a 10-15 ans, elles existaient déjà. Mais leur nombre se multiplie de manière « extrêmement inquiétante ». Les exemples s’accumulent : un adolescent de 15 ans tué à Nantes, un père de famille fauché par une trottinette liée au trafic. « Des gens qui n’ont rien à voir avec le trafic », insiste Formisguet.

« Sans consommateur, pas de trafic », répètent les sénateurs. La logique économique est imparable — mais la réalité est plus complexe. Les trafiquants utilisent des armes de guerre, des mineurs, des réseaux internationaux. « Il y a des connexions européennes et internationales », rappelle Eustache-Brignaud. La loi Riposte ne peut pas tout. Elle ne peut pas arrêter les flux de cocaïne venus d’Amérique latine via les ports et les aéroports. Elle ne peut pas fermer les épiceries de nuit qui blanchissent l’argent.

Hussein Bourgi rappelle que la loi narcotrafic votée l’an dernier donne déjà des outils : les bailleurs sociaux peuvent résilier le bail des trafiquants. À Montpellier, le maire Michael Delafosse l’a fait. « Ça envoie un message : nous ne sommes pas dans l’impuissance. » Mais c’est une goutte d’eau. Les halls d’immeubles continuent d’être squattés. Les fusillades continuent. Les morts continuent.

Légalisation : le débat qui fâche

Et si on dépénalisait ? La question a été posée hier au Sénat. Une sénatrice écologiste, Anne-Souelis, a osé : « Et si on prenait exemple sur le Portugal, qui a dépénalisé l’usage ? » Elle cite des résultats : moins de morts, moins d’usagers, moins de trafic. La réponse des autres sénateurs est cinglante. Jacqueline Eustache-Brignaud : « C’est la vue bisounours du problème. Ça a marché nulle part. » Hussein Bourgi renchérit : « Le cannabis d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui des années 70. Il est dosé à 30-35 % de THC. L’État ne peut pas légaliser à ce niveau. » Arnaud Formisguet ajoute : « Les expérimentations aux États-Unis montrent une hausse de la consommation, des intoxications, un marché noir qui persiste. »

Le protoxyde d’azote est cité comme antichambre. « Deux jeunes dans ma ville sont en chaise roulante après en avoir consommé », raconte Eustache-Brignaud. Le lien avec le cannabis, puis la cocaïne, est direct. Mais le débat bute sur un vide : l’absence de politique de prévention. « Il manque un volet prévention dès le plus jeune âge », insiste Bourgi. « Montrons que ce qui est interdit est mauvais pour la santé. » Mais le gouvernement ne le fait pas. La loi Riposte se concentre sur la répression. Pas sur la santé.

Prévention : le grand absent

Personne n’en parle. Jacqueline Eustache-Brignaud vise le gouvernement. « Il n’y a pas de politique de lutte au niveau de la santé contre cette consommation. » Elle dénonce un angle mort. Les consommateurs sont traités comme des délinquants, pas comme des malades. Pourtant, les ravages sont visibles : troubles psychiatriques, dépendance rapide, accidents. « Le cannabis n’est plus le pétard des années 70 », martèle-t-elle. Les jeunes fument des produits coupés, surdosés. Leur cerveau « commence à aller moins bien ».

Arnaud Formisguet abonde : « Il faut une politique de prévention. La culpabilisation des consommateurs est nécessaire, mais pas suffisante. » Le commissaire de police voit le terrain. Il sait que l’amende ne suffit pas. Il sait que les jeunes continueront à consommer tant qu’ils n’auront pas compris les risques. Mais qui paiera pour cette prévention ? Pas le ministère de l’Intérieur. Pas celui de la Santé. Les budgets sont ailleurs.

Le sénateur Bourgi rappelle que la consommation de protoxyde d’azote est « l’antichambre de la chite, puis de la cocaïne ». Un continuum. Une escalade. Et l’État ne fait rien pour casser cette chaîne. La loi Riposte est une réponse répressive. Pas une réponse sanitaire. Les sénateurs le regrettent. Mais ils votent quand même. Parce que l’opinion publique exige des actes. Parce que les morts s’accumulent.

Sources

  • Extrait vidéo de l’intervention de Laurent Nunez au Sénat (hier, 19 mai 2026)
  • Rapport de la Cour des comptes sur le recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles (cité par Hussein Bourgi)
  • Débat parlementaire enregistré avec Arnaud Formisguet (secrétaire général adjoint du syndicat des commissaires de police), Hussein Bourgi (sénateur PS de l’Hérault), Jacqueline Eustache-Brignaud (sénatrice LR du Val d’Oise), Anne-Souelis (sénatrice écologiste)
  • Proposition de loi transpartisane Étienne Blanc / Jérôme Durin sur le narcotrafic (année dernière)
  • Témoignages de Michael Delafosse, maire de Montpellier, sur l’application de la loi narcotrafic

📰Source :youtube.com

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