Loi agricole au Sénat : pesticides interdits, loup et 0,1 % qui décide

219 voix pour, 111 contre. Voilà le score d’un texte qui prétend répondre à l’urgence du monde agricole. Un sénateur socialiste a affirmé que 72 000 voix, soit 0,1 % de la population, imposent leur politique agricole via le syndicat majoritaire.
Le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole a été adopté jeudi dernier. La majorité de droite de la chambre haute l’a emporté — 219 sénateurs contre 111.
Ce que contient le texte
Quarante articles, des centaines d’amendements, et deux sujets qui fâchent. Le gouvernement présentait ce texte comme une réponse à la colère agricole de l’hiver dernier. Au menu : déblocage des stockages d’eau, relèvement des seuils d’autorisation pour les élevages, alourdissement des peines pour le vol dans les exploitations. Mais les vraies batailles ont eu lieu ailleurs.
Les pesticides. L’article qui autorise l’acétamipride et le flux pyradifuron — deux molécules de la famille des néonicotinoïdes, interdites en France depuis plusieurs années — est passé contre l’avis du gouvernement et de la ministre de l’Environnement. La ministre, depuis la tribune, a rappelé : « Sans pollinisateur, il n’y a pas d’agriculture durable. » Elle a cité un chiffre : la contribution des pollinisateurs à l’agriculture française, estimée à 2,2 milliards d’euros par an. « 80 % des insectes ont disparu », a renchéri un sénateur écologiste. Un chiffre qui donne le vertige. La majorité, elle, argue que la France est le seul pays d’Europe à interdire ces substances, et que cela tue « à petit feu » la production française de fruits — au profit d’importations produites avec les mêmes molécules. « L’hypocrisie à la française », a tranché le rapporteur.
Le loup. Le texte renforce la régulation de l’espèce. Chiffres officiels de 2025 : 4 440 attaques, près de 13 000 victimes, en hausse de 10 à 15 %. Le ministre de l’Agriculture a promis un point d’équilibre entre protection des éleveurs et maintien de l’espèce. Les écologistes rétorquent que tuer des loups dominants — une étude du chercheur Pierre Jouftin le montre — multiplie les attaques en fragmentant les meutes. Le Conseil d’État, saisi en amont, avait jugé ces dispositions « ni nécessaires ni opportunes ». Et pourtant. Cela n’a pas empêché leur adoption.
Au total, plus de mille amendements examinés. Les socialistes, qui en avaient déposé plus de deux cents, n’en ont vu qu’une poignée adoptée. Le texte final ? 219 voix contre 111.
📰Source :www.youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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