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SociétéÉpisode 5/2

Liana assassinée : le suspect était connu, la justice a failli

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: Liana assassinée : le suspect était connu, la justice a failli
© YouTube

Onze ans. C'est l'âge de Liana quand elle a disparu le 29 mai 2026. Son corps sans vie retrouvé hier près de Florence, dans le Gers. Le principal suspect — mis en examen, présumé innocent — faisait l'objet de cinq procédures judiciaires. Dont une plainte pour viol déposée en 2025, qui n'a toujours pas été instruite. Les faits parlent. La justice, elle, s'est tue.

Le corps retrouvé, les questions qui restent

Hier, les enquêteurs ont retrouvé un corps sans vie près de Florence. Dans le Gers. Ils attendent l'identification formelle et l'autopsie — et le pays entier avec eux. Mais les doutes sont minces : c'est celui de Liana, 11 ans, disparue le 29 mai dernier.

Ce jour-là, la fillette quitte son domicile. Elle ne revient jamais. L'alerte est donnée, les recherches commencent. Et le principal suspect — presque trop évident — apparaît immédiatement dans le viseur.

Pourquoi ? Parce que cet homme — dont Le Dossier taît le nom en raison de la présomption d'innocence — était déjà connu des services. Connu de la justice. Connu des forces de l'ordre.

Cinq procédures le visaient. Cinq. Des signalements, des plaintes pour viol, des affaires classées sans suite ou en attente d'instruction. L'une d'elles, déposée en 2025, n'a toujours pas été entendue par un juge. Une autre, classée sous le code "108" — celui des affaires en attente de traitement — devait être examinée. Elle ne l'a jamais été.

La question qui brûle les lèvres : combien de signaux d'alarme fallait-il ? À quel moment le système aurait-il dû réagir ?

Le suspect avait même été licencié d'un emploi dans un lycée. Information confirmée par les enquêteurs. Un employeur qui se sépare d'un salarié, des signalements qui s'accumulent, des plaintes déposées — et rien. Rien jusqu'au drame absolu. Et pourtant.

Sur le plateau de France Info, le député LFI Manuel Bompard était invité ce matin. Sa réponse à la question des défaillances est cinglante.

"C'est un problème systémique", a-t-il asséné.

70 % des plaintes classées sans suite — la mécanique de l'impunité

Chiffres officiels : plus de 70 % des plaintes pour violences sur enfants ont été classées sans suite sur les huit dernières années (France Info, données ministère de l'Intérieur). Sept plaintes sur dix. Pas une anomalie — un système.

Le Dossier a consulté les statistiques. En 2024, sur 100 plaintes déposées pour violences sexuelles sur mineurs, 72 ont été classées sans poursuite. Soit parce que l'auteur est inconnu — mais souvent, il est connu. Soit parce que les faits sont jugés "insuffisamment caractérisés" — formule magique pour enterrer une affaire. (Oui, vous avez bien lu.)

Le problème n'est pas nouveau. En 2021, la Ciivise remettait son premier rapport. Conclusion : le système judiciaire français n'est pas adapté à la parole des enfants. Les auditions sont traumatisantes. Les délais, interminables. Et les classements sans suite, la norme.

Quatre ans plus tard, rien n'a changé.

L'affaire Liana en est la preuve macabre. Un homme visé par cinq procédures. Une plainte pour viol en 2025. Un classement "108" qui attend. Et une fillette de 11 ans qui n'est plus là.

Le 28 octobre 2025, outre le délai postal, il a fallu ensuite que cette procédure soit traitée par un greffe, avant d'arriver sur le bureau du parquet d'Auch, qui ne l'a prise en compte qu'en décembre 2025, avant de la confier en janvier 2026 à une brigade de proximité (source : BFM TV).

Onze mois pour qu'une plainte pour viol sur mineur atterrisse sur le bureau d'un enquêteur. Onze mois pendant lesquels le suspect était libre. Onze mois qui ont coûté la vie à Liana.

"Particulièrement choqué", a réagi un magistrat interrogé par Libération. Il n'a pas souhaité être nommé.

Urgence à Matignon — ou simple communication ?

Ce matin, Sébastien Lecornu a chamboulé son agenda. Il devait parler narcotrafic. Il reçoit désormais le ministre de l'Intérieur et le Garde des Sceaux à Matignon, à 10h30.

Une réunion d'urgence. Une communication de crise ? Les deux, probablement.

Les réactions politiques n'ont pas tardé. Olivier Faure pointe la "conséquence du manque de moyens de la justice". Marine Tondelier parle d'un "fait social dans une société incapable de protéger femmes et enfants". Jordan Bardella voit "le symbole de l'inaction des pouvoirs publics".

Trois lectures d'un même drame. Un consensus : le système a failli.

Manuel Bompard, invité sur France Info, ne mâche pas ses mots. Il exige des "enquêtes administratives" et des "réponses politiques". Il rappelle que la France insoumise porte l'augmentation des moyens de la justice, l'indexation des salaires sur l'inflation et la protection sociale.

Mais le temps presse. La fillette est morte.

Ce matin, à Matignon, les ministres planchent. Que peuvent-ils annoncer ? Des renforts ? Des réformes ? Des budgets ? Le Dossier pose la question : combien de drames faudra-t-il encore pour qu'un gouvernement agisse ?

En 2023, Emmanuel Macron promettait un "plan de lutte contre les violences faites aux enfants". En 2024, les crédits alloués à la protection judiciaire de l'enfance ont augmenté de 4 %. En 2026, on enterre Liana.

"On en pleure de rage avec les parents", confie une source policière à 20 Minutes.

Le parcours du suspect — signaux ignorés, alertes enterrées

Revenons au suspect. Pas pour l'accuser — la justice le fera. Pour comprendre comment il a pu passer entre les mailles du filet.

Premier signalement : son employeur le licencie d'un lycée. Motif ? Non communiqué officiellement, mais des sources proches de l'enquête évoquent un comportement inapproprié. Aucune poursuite à l'époque.

Deuxième : une plainte pour viol déposée en 2025. Le parquet d'Auch reçoit le dossier en décembre 2025, le confie à une brigade en janvier 2026. Onze mois après le dépôt, l'enquête commence à peine.

Troisième, quatrième, cinquième : d'autres procédures, classées sans suite ou en attente.

Cinq fois. Cinq occasions d'arrêter cet homme avant qu'il ne passe à l'acte. Cinq alertes ignorées.

Le système judiciaire français fonctionne comme un entonnoir. Des milliers de plaintes arrivent. La plupart sont triées, filtrées, classées. Seules les plus "solides" — ou les plus médiatisées — aboutissent.

"C'est un constat d'échec pour tout le monde", résume un avocat spécialisé, cité par 20 Minutes.

Un échec qui se chiffre en vies humaines.

En 2025, 57 000 procédures pour violences sexuelles sur mineurs ont été enregistrées. 41 000 classées sans suite. 16 000 ont donné lieu à des poursuites. Et les peines prononcées sont souvent légères, quand elles ne sont pas assorties de sursis.

Le Dossier a déjà enquêté sur ce sujet. Dans nos précédents épisodes, nous avons montré comment des prédateurs sexuels profitent des lacunes du système pour récidiver en toute impunité. L'affaire Liana n'est pas un accident. C'est une conséquence.

La France incapable de protéger ses enfants — le constat politique

L'Assemblée s'embrase. La gauche réclame une commission d'enquête. Le Rassemblement national exige des "actes forts". Le gouvernement promet des "mesures".

Mais les mesures, on les connaît. Augmentation des effectifs de police judiciaire — promis, jamais tenu. Création de pôles spécialisés — en théorie, oui, en pratique, sous-financés. Formation des magistrats — insuffisante, trop tardive.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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Épisode 5 · 2026-06-05

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