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Budget 2027 : Lecornu sans argent en caisse, le RN « maître du jeu »

4 milliards prêtés, pas donnés. Face à la colère des lycéens, Sébastien Lecornu n'a rien en caisse et son budget dépend du Rassemblement national. Débat de Sens public (Public Sénat) du 26 octobre.

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-10-30
Illustration: Budget 2027 : Lecornu sans argent en caisse, le RN « maître du jeu »
© YouTube

Les faits

Le plan annoncé ce lundi tient sur une fiche. La plateforme d'admission dans le supérieur modifiée dès cette année, puis remplacé en 2028. 28 élèves au maximum en classe de seconde, dès septembre 2027 dans les lycées les plus défavorisés, puis partout à la rentrée 2028, avec 500 professeurs prévus dans le budget 2027. 920 enseignants recrutés dès cette année pour les remplacements. 15 000 places de plus dans le supérieur : 10 000 en BTS, 4 000 en IUT, 1 000 en formation de santé. Des bourses sur critères sociaux revalorisées selon l'inflation, après deux ans de gel.

Et l'enveloppe la plus visible : 4 milliards d'euros pour rénover collèges et lycées, plus 1 milliard dédié progressivement à une cinquantaine de facultés d'ici 2030. Sauf que les 4 milliards sont des prêts à taux réduit aux régions et aux départements. Le présentateur l'a relevé en plateau : on retombe sur « la problématique d'un État qui n'a plus d'argent ».

Les représentants lycéens appellent à continuer. Le calendrier est chargé : rassemblements des gilets jaunes devant l'Assemblée le 30 octobre, nouvelle journée samedi, grève générale appelée par les syndicats le 5 novembre, manifestation des retraités le 19 novembre.

Ce qu'on ne vous dit pas

La vraie contrainte n'est pas dans la rue. Elle est dans les comptes. L'émission a diffusé l'extrait d'un ancien gouverneur de la Banque de France, entendu le matin sur France Inter : il faut répondre à la colère sociale « sans moyens budgétaires disponibles ». « Il faut qu'on sorte des illusions », a-t-il ajouté. Selon lui, les intérêts de la dette coûtent chaque année plus de 10 milliards d'euros de plus que l'année précédente. Avant même la première dépense nouvelle.

Le présentateur a rappelé que 53 % de la dette française est détenue par des organisations étrangères. Coincé entre ces créanciers, qui attendent des économies, et des manifestants qui réclament des milliards, l'exécutif n'a pas de chèque à signer.

L'historien invité sur le plateau a fait la comparaison qui fâche. Mai 68 avait commencé, lui aussi, par une révolte étudiante. Mais en 1968, il y avait 5 % de croissance, et « du grain à moudre » pour les accords de Grenelle. Aujourd'hui, il craint qu'on n'ait « pas de réponse satisfaisante » à toutes ces attentes. Il voit « une incohérence totale » entre le déblocage de 5 à 10 milliards, comme le demandent les lycéens, et la logique de réduction du déficit du gouvernement. Pour lui, la réforme de l'éducation ne passe « pas forcément » par plus d'investissements, mais par un sujet tabou : la sélection, alors que 50 % des étudiants abandonnent leur filière en première année.

Le sociologue du CNRS invité, lui, voit de l'argent ailleurs : dans les quelque 211 milliards d'aides aux entreprises, autour desquelles règne selon lui « une opacité assez importante ». Il propose d'en prendre 10. C'est la ligne de la gauche : l'argent existe, il suffit de le prendre. Elle ne dit rien de ce qu'en penseraient les créanciers.

Le budget, otage du Rassemblement national

Le vendredi précédent, le budget de la Sécurité sociale a été rejeté massivement à l'Assemblée, y compris par des partis qui appartiennent en principe au camp du Premier ministre. Le 13 octobre, la motion de rejet préalable déposée par le Parti socialiste avait échoué, grâce au Rassemblement national. L'éditorialiste de Sens public en tire la conclusion : le RN est « maître du jeu » sur le budget.

L'historien le dit autrement : c'est le RN qui a « les clés du camion ». Favori de la présidentielle, il aurait intérêt à jouer la neutralité : ne pas voter une censure, ou s'abstenir. En plateau, d'autres options ont été évoquées : le 49.3, ou les ordonnances, ce qui à la connaissance de l'historien n'a jamais eu lieu.

La journaliste politique invitée va plus loin : personne n'a intérêt à ce que Lecornu tombe maintenant. S'il tombait, un Premier ministre technique piloterait l'État jusqu'à la présidentielle.

Notre analyse

Le geste le plus coûteux du plan est un prêt. Autrement dit, l'État ne finance plus, il avance de l'argent aux collectivités, qui rembourseront. C'est l'aveu le plus honnête de la soirée.

Le Premier ministre ne survit pas grâce à sa majorité. Il survit parce que ses adversaires n'ont pas intérêt à le renverser. La gauche demande des milliards sans dire qui prêtera. Des années d'« illusions », pour reprendre l'ancien gouverneur, ont laissé une facture d'intérêts qui grossit de plus de 10 milliards par an. Le contribuable français paie d'abord le passé, avant de payer l'école.

La vraie question que personne ne pose : pourquoi un pays qui dépense autant a-t-il besoin d'emprunter pour réparer ses lycées ?

Et maintenant ?

  • Le 30 octobre, le 5 novembre et le 19 novembre : trois dates de mobilisation à surveiller.
  • Le vote du budget 2027 : le RN votera-t-il une censure, ou s'abstiendra-t-il ? C'est le seul vote qui compte pour Matignon.

Sur le même plan lycéens et la question de qui paie, voir aussi le débat LCP du 26 octobre.

Sources : émission Sens public, Public Sénat, 26 octobre 2026 (vidéo), avec un historien, une journaliste politique, un sociologue du CNRS et l'éditorialiste de l'émission ; extrait d'un ancien gouverneur de la Banque de France sur France Inter, diffusé dans l'émission.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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