Lafarge coupable : comment le cimentier a financé le terrorisme en Syrie

slug: "lafarge-coupable-financement-terrorisme-syrie" video_source: "https://youtube.com/watch?v=ypAShvAf9G0" ---# Lafarge coupable : comment le cimentier a financé le terrorisme en Syrie
680 millions de dollars. Un chiffre qui résume tout. Entre 2013 et 2014, Lafarge a injecté cette somme en Syrie. Un investissement criminel. Le cimentier français vient d'être reconnu coupable de financement du terrorisme. Comment une multinationale en est-elle arrivée à pactiser avec l'État islamique ?
Le jugement qui change tout
Isabelle Prévu Desprè a lu la décision. La présidente du tribunal correctionnel de Paris n'a laissé aucune place au doute. "Lafarge a sciemment financé des groupes terroristes." Une première en France.
Voilà où ça se complique. Le cimentier n'a pas seulement violé des sanctions internationales. Il a alimenté la machine de guerre de Daesh. Avec un objectif : maintenir coûte que coûte son usine de Jalabiya, dans le nord syrien.
"L'entreprise ne pouvait ignorer la nature terroriste de ces groupes." La phrase du jugement fait mouche. Elle pulvérise la défense des dirigeants. Leurs arguments ? "On ne savait pas." Les preuves disent le contraire.
2013-2014 : les années noires
680 millions de dollars. Un investissement pharaonique. Lafarge s'associe avec un groupe égyptien pour construire une cimenterie géante. Problème : la zone est contrôlée par des factions armées.
Août 2014. Le journaliste américain James Foley est décapité. Un signal d'alarme ? Pas pour Lafarge. L'entreprise continue de payer. Des centaines de milliers de dollars transitent vers des comptes opaques.
"La stratégie était claire : acheter la paix." Christophe Dubois, coauteur de La part du diable, l'affirme. Des documents internes le prouvent. Des emails évoquent des "taxes" versées aux "sheikhs." Un euphémisme pour désigner les chefs jihadistes.
Le lien avec les attentats de 2015
Janvier 2015. Charlie Hebdo. Novembre 2015. Le Bataclan. Lafarge argue qu'elle a quitté la Syrie avant ces attaques. Le tribunal balaie cet argument.
Les magistrats retiennent un fait accablant. L'usine de Jalabiya sert de base arrière à Daesh après son évacuation. Les terroristes y stockent armes et combattants. Quelques semaines plus tard, le sang coule en France.
"Les germes étaient là." Marie-Christine Tabette, journaliste spécialiste du dossier, est formelle. Les connexions entre la Syrie et l'Europe sont établies. Nemmouche, l'auteur de l'attentat du Musée juif de Belgique, vient de ce vivier.
Un système, pas des erreurs
"Ce n'est pas une mauvaise gestion. C'est un système." Le jugement insiste sur ce point. Lafarge a mis en place une structure dédiée aux paiements illicites. Avec des intermédiaires. Des circuits financiers opaques.
Les dirigeants savaient. Bruno Pescheux, ex-PDG de Lafarge Syrie, l'admet dans un email interne : "Nous devons composer avec les nouveaux maîtres de la région." Une date. Un virement. Une question. Qui a validé ces transferts ?
La réponse tombe comme un couperet. Le tribunal identifie huit cadres directement impliqués. Leur défense ? "On suivait les ordres." La justice répond : "On ne peut se dédouaner de sa responsabilité individuelle."
Crimes contre l'humanité : la suite ?
Le dossier est loin d'être clos. Une instruction parallèle vise désormais un chef plus grave : complicité de crimes contre l'humanité. Les investigations continuent.
Les éléments sont accablants. Lafarge a fourni du ciment pour construire des fosses communes. Ses camions ont transporté des armes. Ses employés locaux ont été torturés par Daesh — avec la passivité de la direction.
"L'entreprise a du sang sur les mains." L'expression revient dans toutes les bouches. Y compris celles des avocats des parties civiles. Pour eux, un nouveau procès s'annonce. Plus lourd. Plus symbolique.
Le modèle Lafarge en question
L'affaire dépasse le cadre syrien. Elle pose une question cruciale : jusqu'où une entreprise peut-elle aller pour préserver ses profits ? La réponse du tribunal est claire : pas jusqu'au crime.
Ukraine 2022. Russie 2023. Les mêmes schémas se répètent. Des multinationales négocient avec des régimes sanguinaires. Lafarge aura servi de cas d'école. Son procès marque un tournant.
"Les dirigeants paieront." La sentence n'est pas encore tombée. Mais le message est passé. La justice française vient d'écrire une page d'histoire. Une page noire pour le capitalisme sans foi ni loi.
Sources :
- Jugement du tribunal correctionnel de Paris (13/04/2026)
- Enquête "La part du diable" (Christophe Dubois, éd. Stock)
- Dépêches France Info
- Documents internes de Lafarge
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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