Martin Ney, le tueur allemand, jugé pour Jonathan Coulom en 2026

La nuit où Jonathan s’est volatilisé
Il est quatre heures du matin. Dans le dortoir, des bruits furtifs. « Est-ce que tu dors ? » murmure une voix. Un enfant sent un souffle sur son visage. Un autre aperçoit par la fenêtre un homme tenant un couteau. Terrorisés, les gamins restent sous leurs couvertures. Ils n’osent pas donner l’alerte. Au petit matin, les adultes découvrent qu’un enfant manque à l’appel. Jonathan Coulom, le petit garçon blond aux yeux bleus, a disparu sans laisser de traces.
Aucun désordre dans la chambre. Aucune trace de lutte. Le lit le plus proche de la porte d’entrée est vide. Jonathan semble s’être volatilisé en pyjama, pieds nus, sans réveiller aucun de ses camarades. Le directeur du centre vacille : « Franchement, je ne vois pas comment un inconnu peut extirper un enfant dans son sommeil sans que celui-ci n’émette la moindre protestation ou le moindre cri sans réveiller les autres. Ça me paraît vraiment gros. »
Un agriculteur du secteur raconte avoir entendu vers 4h30 des hurlements près du centre. Depuis son étable où il surveillait une mise bas, il affirme avoir perçu les cris stridents d’un enfant. Mais son témoignage ne sera pas exploité avant des années. À 8h25, les surveillants appellent la brigade de gendarmerie de Saint-Brévin. C’est le début d’une affaire hors norme. Des centaines d’auditions. Une mobilisation massive. Un numéro vert ouvert pour recueillir des témoignages. Une médiatisation nationale. Et pendant des semaines, la traque d’un enfant qui s’est volatilisé.
Le créneau de l’enlèvement est large : entre 2h et 4h30. On fouille les bois. Un hélicoptère survole le secteur. On inspecte les résidences secondaires vides. Les chiens ne flairent rien. Rien. Le ministère de la jeunesse et des sports transmet des informations sur des procédures de suspension de professionnels ou bénévoles impliqués dans des affaires de pédophilie. 526 individus sont identifiés. Les recherches se concentrent sur 11 d’entre eux. Sans résultat.
Le 13 avril, six jours après la disparition, la cellule disparition 44 change d’échelle. Elle passe au crible les fichiers de délinquants sexuels, réexamine d’anciennes affaires d’intrusion dans des colonies de vacances, multiplie les contrôles. Dans la nuit du 20 au 21 avril, pas moins de 569 véhicules sont inspectés. Rien.
Le corps retrouvé dans l’étier
Pendant plus d’un mois, l’espoir de retrouver Jonathan vivant subsiste. Jusqu’au 19 mai 2004, 19h50. Ce soir-là, le corps du petit garçon est découvert dans l’étier de Portecalon, près de Guérande, à une trentaine de kilomètres du centre de vacances. Le corps est recroquevillé en position fœtale, lesté par un parpaing. Ses mains, son cou et ses poignets ont été attachés avec une corde. L’enquête bascule définitivement dans le criminel.
Les gendarmes vident entièrement l’étang de 3000 m³ d’eau dans l’espoir d’y trouver le moindre indice. L’isolement du lieu renforce leur conviction : le meurtrier connaissait probablement les environs. L’émotion gagne toute la France. Des marches blanches sont organisées, notamment à Orval, le village où Jonathan a grandi. Le 27 mai 2004, veille de ses obsèques, près de 1200 personnes se rassemblent pour lui rendre hommage.
Mais l’été 2008 apporte un nouveau rebondissement. Un rapport d’expertise de la gendarmerie estime désormais que Jonathan aurait pu être tué très peu de temps après son enlèvement. L’hypothèse d’une longue séquestration s’effondre. Ce revirement change tout. L’idée d’un tueur de passage n’est plus écartée. Et c’est là que ça devient intéressant.
Le témoin oublié
Un agriculteur revient voir les gendarmes cette même année. Il avait déjà appelé le numéro vert en 2004, sans que son témoignage ne soit réellement exploité. Il affirme se souvenir parfaitement d’une scène survenue quelques jours après la disparition de Jonathan. Il fait le lien avec une voiture qu’il voit arriver près de chez lui, sur un chemin très peu emprunté. « Pour lui, c’est très étrange. C’est un chemin qui n’est pas du tout emprunté, qui est très peu emprunté. Il n’y a aucune raison que cette voiture passe là », raconte l’enquête.
L’agriculteur réagit de manière étonnante : il prend son tracteur, observe. Une BMW est arrêtée près d’un étang. Un homme est là, avec son chien. L’homme s’approche de l’eau, puis revient. Au moment de fermer le coffre, l’agriculteur reconnaît une plaque d’immatriculation allemande. Une BMW. Une plaque allemande. Il a vu potentiellement l’homme qui a enlevé Jonathan Coulom.
C’est en 2008 et 2009 que les enquêteurs français et allemands se rencontrent plusieurs fois. Et le 13 avril 2011, l’homme recherché depuis des années en Allemagne est arrêté. Il s’appelle Martin Ney, surnommé « Schwarzman » — l’homme masqué ou l’homme en noir. Né le 12 décembre 1970 à Brême. Il est condamné en 2012 à la perpétuité pour des meurtres de jeunes garçons. Toutes ses victimes se ressemblent : des garçons d’environ 10 ans, peau blanche, cheveux blonds. Mais à ce stade, aucun rapprochement concret avec le crime de Loire-Atlantique.
Les confidences du codétenu
Il faut attendre 2017 pour que tout s’accélère. Martin Ney se confie à son codétenu. Cet homme sera entendu à plusieurs reprises. Il raconte que Martin Ney s’étonne de ne pas avoir été suspecté dans la disparition de cet enfant en France, dans l’Ouest. « Parce qu’il a été vu en fait, parce qu’il aurait été vu. » Le codétenu donne une précision capitale : un homme, une seule personne a vu Martin Ney près d’un étang. Et cet homme a un chien. Élément jamais rendu public.
Les témoignages de l’agriculteur et du codétenu se consolident l’un l’autre. C’est un faisceau d’indices, pas une preuve formelle. Mais il y a plus.
Le message sur le forum pédophile
Le 22 avril 2004, alors même que le corps de Jonathan n’avait pas encore été découvert, un internaute identifié comme Martin Ney poste un message sur un site pédophile allemand. Il fait référence à Jonathan Coulom. « Il va être le tout premier homme à évoquer cette affaire sur ce forum, ce qui est quand même très particulier », explique l’enquête. Dans des échanges avec d’autres pédophiles, il trouve surprenant la similitude d’un meurtre pour lequel il a été condamné et le meurtre de Jonathan Coulom. Il signe sous plusieurs pseudonymes qui ne laissent aucun doute sur le fait que c’est bien lui.
En 2015, Martin Ney refuse de répondre aux questions des enquêteurs français. Le 22 janvier 2021, les autorités allemandes acceptent de le remettre temporairement à la justice française. Le parquet requiert, après 20 ans d’enquête, son renvoi devant la cour d’assises de Loire-Atlantique. Le procès débute le 18 mai 2026.
Un procès sans preuve ?
Aucune preuve formelle ne place Martin Ney sur les lieux du crime. Pas d’ADN. Pas d’empreintes. Pas d’aveu. Mais des confidences faites à un codétenu, des messages publiés sur des forums pédophiles allemands et plusieurs troublantes coïncidences ont convaincu qu’il pourrait être impliqué dans l’enlèvement et le meurtre de Jonathan Coulom.
La mère de Jonathan, Virginie, attend des aveux. « C’est ce que moi Virginie m’a toujours dit depuis le départ et ça me trotte dans la tête. Je veux savoir ce qu’il a fait à Jonathan », confie-t-elle. Même si c’est dur à entendre.
Le dossier est loin d’être clos. L’enquête continue. Et le 18 mai 2026, Martin Ney, toujours détenu en Allemagne, devrait arriver à Nantes pour son procès. La France attend des réponses.
Sources
- Témoignage de l’agriculteur, entendu en 2004 puis en 2008
- Rapport d’expertise de la gendarmerie, été 2008
- Messages postés sur un forum pédophile allemand le 22 avril 2004
- Confidences du codétenu de Martin Ney en 2017
- Fichiers de délinquants sexuels consultés par la cellule disparition 44
- Procédures de suspension du ministère de la jeunesse et des sports (526 individus identifiés)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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