Martin Ney : le tueur allemand jugé pour Jonathan Coulon — 22 ans de silence

Le dortoir vide et la porte ouverte
Jeanine Decos ne dort mal cette nuit-là. Elle conduit le car scolaire de Jonathan. Ce soir du 6 avril 2004, elle loge dans le même bâtiment que les enfants, sur le site de la colonie à Saint-Brévin. Vers 3 heures du matin, elle se lève. La porte d’entrée principale est grande ouverte.
« Banalement, je l’ai repoussée, je l’ai refermée », raconte-t-elle aujourd’hui, la voix serrée. « J’étais loin de penser à ce qui allait se produire. »
Elle n’a pas vu Jonathan. Personne n’a rien vu.
Au petit matin, à 7h30, les camarades de dortoir donnent l’alerte. Le lit de Jonathan est vide. Il est parti en pyjama, pieds nus. Pas de bagages. Pas de mot. Rien.
Les gendarmes lancent les battues dans la forêt, le long du littoral. Ils fouillent chaque maison secondaire, chaque buisson. Rien. Le père de Jonathan lance un appel désespéré — enregistré par les médias locaux : « C’est un enfant peureux. Il peut avoir peur des gens. Ce que je veux, c’est que toute personne capable de nous aider le fasse. »
Mais Jonathan n’est pas un fugueur. Il est déjà mort.
Pourquoi ? Qui a ouvert cette porte ? Qui est entré ? Qui est ? Qui est sorti ? Jeanine se pose ces questions depuis vingt-deux ans. « J’aurais peut-être pu faire quelque chose si j’avais pensé une minute qu’il allait se produire ce genre de choses. »
Elle n.* »
Elle n’est pas coupable. Et pourtant, tant — elle porte le poids d'un geste devenu terrible par son innocence même — refermer une porte sans savoir qu'elle venait de laisser entrer un prédateur.
Le corps dans l’étang — ligoté, nu, lesté
Le 19 mai 2004. Six semaines après la disparition. Un pêcheur ou un promeneur fait la découverte dans un étang du manoir de la Porte Calon, à Guérande. À trente kilomètres de la colonie.
Le corps de Jonathan est nu. Ligoté. Lesté d’un parpaing. L’autopsie conclut à une mort par suffocation. Les médecins légistes ne peuvent pas déterminer si l’enfant a subi des violences sexuelles — le corps est trop abîmé par l’eau, trop détruit par le temps.
Ce n’est pas une mort accidentelle. Ni un drame familial. C’est un assassinat. Un assassin méthodique, froid, organisé. Le parpaing n’est pas arrivé là par hasard, ni le ligotage. Quelqu’un a voulu faire disparaître le corps. Quelqu’un Quelqu’un a voulu effacer les preuves.
Les gendarmes collectent tout : procès-verbaux d’audition, perquisitions, prélèvements, vérifications. Des centaines de pièces de procédure. « .Là, vous avez l’ensemble des pièces établies depuis la disparition de Jonathan », explique un enquêteur dans le dossier.
Mais l’enquête piétine. Les pistes s’éparpillent. « Les enquêteurs se sont un peu dispersés, ont cherché d’autres pistes, et on s’est peut-être un peu égaré à ce moment-là », admet un proche du dossier.
Pendant ce temps, la famille Coulon entre dans l’enfer de l’attente. Un enfer qui dure qui dure encore aujourd’hui.
Le fantôme allemand — trois garçons, un mode opératoire, un vrai suspect
Presque immédiatement, la police allemande contacte les gendarmes de Loire-Atlantique. La disparition de Jonathan ressemble étrangement à celle de trois petits garçons près de Hambourg. Mêmeourg. Même âge : entre 9 et 12 ans. Même méthode : enlèvement nocturne dans des colonies ou des campings. Même profil : des enfants seuls, vulnérables, loin de leurs parents.
Le suspect allemand s’appelle Martin Ney. Ancien éducateur — quarante ans au moment des faits. Surnommé « le fantôme de la nuit » par la presse allemande pour sa capacité à pénétrer sans être détecté.
Un ancien enquêteur français témoigne : « C’est probablement un pervers sexuel, quelqu’un d’anormal. Lorsqu’on est confronté à ce genre de personne, on se dit qu’il peut agir de nouveau. Tous ces cas ont des points en commun, et nous pensons qu’il va agir de nouveau. »
Mais la piste allemande est abandonnée. Manque de preuves, dit-on. Les enquêteurs français se tournent vers un autre profil : un homme du coin, avec une maison, qui aurait pu repérer Jonathan lors d’une sortie scolaire.
Erreur. Fatale.
Car Martin Ney, lui, continue. Entre 1992 et 2004, il enlève, viole et tue au moins trois enfants en Allemagne. Il est arrêté en 2011. Il avoue tout — sauf Jonathan. « Je n’ai rien à voir avec ce garçon français », répète-t-il aux enquêteurs allemands.
Maître Cathy Richard, avocate de la grand-mère de Jonathan, n’y croit pas une seconde. « Il y a trop de points communs. Le mode opératoire est trop similaire. Les victimes sont trop similaires pour que ce soit un hasard. »
Elle a raison. Mais la justice a besoin de preuves, pas d’intuitions.
L’aveu en prison — 2018, le codétenu parle
Sept ans après son arrestation, Martin Ney purge sa peine sa peine de réclusion à perpétuité en Allemagne. Incarcéré dans une prison de haute sécurité. Et il parle.
Pas à la police. Pas à un juge. À un codétenu.
En 2018, Ney avoue être le meurtrier de Jonathan Coulon. Il raconte les détails. Le modèoperatoire. Le parpaing. La nuits. Le pyjama. Les pieds nus.
Le codétenu transmet l’information aux autorités. La machine judiciaire française se remet en marche.
En 2021, la justice allemande accepte d’extrader temporairement Martin Ney vers Nantes. Présenté au magistrate instructeur français, il change de version. Il nie tout en bloc. « Je n’ai jamais tué ce garçon. Le codétenu a menti. Je ne sais pas de quoi vous parlez. »
Un coup de théâtre ? Non. Classique chez les tueurs en série. Ney sait que les preuves matérielles sont minces. Pas d’ADN sur les lieux. Pas d’empreintes. Pas de témoin. Il peut nier. Il nie.
Pour la famille Coulon, c’est une souffrance de plus. Une gifle après vingt-deux an attend d’attente.
Chantal Munier, la grand-mère, s’installe à Saint-Nicolas-de-Redon en 2007 pour être plus près de son petit-fils. Elle va régulièrement sur les lieux — là où le corps a été retrouvé. « Je reste un quart d’heure, j’ai le droit de rentrer dans le manoir. Ils m’ont accepté. Puis je repars. »
Elle attend. Que Ney craqu. Qu’il dise la vérité.
« Moi, ce que j’ai besoin, c’est qu’ils disent la vérité », confie-t-elle, la voix brisée. « Qu’ils disent si c’est bien lui. Qu’ils disent ce qu’il lui a fait. Dans quelles conditions. J’ai besoin de savoir la vérité. Même si ça fait mal. J’en ai besoin. Et savoir si mon fils a souffert, surtout. »
Le procès — 22 ans après, la vérité ou le silence ?
L’enquête est close depuis deux ans. Aucune preuve de la présence de Martin Ney sur les lieux du crime n’a été trouvée. Pas d’ADN. Pas d’empreinte. Pas d’image. Rien.
Mais le dossier est suffisant pour un procès. La justice française a décidé de juger Martin Ney pour le meurtre de Jonathan Coulon. L’audience d’ouverture se tient cette année.
Vingt-deux ans après les faits. Vingt-deux ans de silence et de douleur pour une famille sans réponse.
Les questions restent entières. Pourquoi Jonathan ? Pourquoi cette colonie ? Ce parpaing ? Ce silence ?
Martin Ney est un tueur en série — au moins trois enfants en Allemagne. Il a avoué à un codétenu. Mais devant le juge, il nie. Il joue la montre. Le temps joue pour lui.
La famille Coulon n’a plus de temps à perdre. Chantal Munier le dit sans détour : « Faut pas qu’il nie, bon sang. Faut qu’il dise. Moi, c’est ça qui m’inquiète. C’est que tant qu’il aura rien dit, comment ça va se passer ? Sur le coup, je pense que je serai très forte. Mais après, ça va être compliqué. »
Le procès de Martin Ney sera un test. Un test pour la justice française, pour la coopération judiciaire franco-allemande, et surtout pour une famille qui devra revivre le pire moment de leur vie devant une cour d’assises.
Mais c’est aussi une chance. La dernière de savoir. D’entendre la vérité sortir de la bouche de l’assassin présumé. La dernière de tourner la page — même si la page est maculée de sang et de larmes.
À suivre.
Sources
- Témoignage de Chantal Munier, grand-mère de Jonathan Coulon
- Témoignage de Jeanine Decos, conductrice de car scolaire
- Procédure judiciaire (auditions, perquisitions, autopsie)
- Aveux de Martin Ney à un codéten
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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