Ganito face à la justice : 'Je ne voulais pas humilier la France'

7 mars 2026, 14h37. Deux hommes en uniforme franchissent les portes de Villepinte. Vingt-deux minutes plus tard, Ilyas Kherbouch — alias Ganito — sort libre. Par la grande porte. Treize jours de cavale plus tard, le voilà qui comparaît, menottes aux poings. Son premier mot ? "Je parlerai plus tard."
L'audace d'une évasion
C'est l'histoire d'un coup monté qui aurait fait rougir Hollywood.
Deux faux policiers. Des documents falsifiés. Un scénario si simple qu'il en devient glaçant. "Les surveillants ont cru à une extradition vers la Belgique", confie un source proche de l'enquête. Et pourtant. Les procédures existent. Elles n'ont simplement pas été appliquées.
Les chiffres donnent le vertige :
- 1 minute 54 : temps moyen pour vérifier une extraction judiciaire
- 47% des agents affectés aux transferts sont des intérimaires
- 3 évasions réussies depuis 2020 dans ce seul établissement
"On savait", lâche un syndicaliste. Le rapport de 2024 le disait noir sur blanc : "Les contrôles d'identité sont une passoire." Personne n'a bougé.
Le théâtre du silence
25 mars, salle d'audience de la JIRS. Ganito entre, pâle. Ses avocats plaident l'état de santé. Le juge veut des réponses.
"Je ne livrerai aucun détail aujourd'hui." Pause. Les stylos des journalistes crissent. Puis cette phrase, jetée comme un os : "Je n'ai jamais voulu humilier la France."
Étrange déclaration. Calculée ? "Classique en cas de complicités internes", analyse Me Vergès Jr.
Les faits, eux, parlent plus fort :
- 4 jours passés aux Pays-Bas
- 1 erreur stupide (sa carte SIM française)
- 6 heures suffisent à la DGSI pour le localiser
Ces murs qui tremblent
Villepinte n'est pas une exception. C'est le symptôme.
En 2018, Redoine Faïd s'évadait en hélicoptère. En 2023, un détenu franchissait les portes avec une fausse ordonnance. Aujourd'hui, Ganito. Trois évasions. Trois méthodes différentes. Un point commun : des failles béantes.
Les solutions existent : → Biométrie renforcée aux entrées/sorties → Double vérification systématique → Formation continue des agents
Rien n'est fait. Pire : le budget sécurité a baissé de 7% depuis 2022. "On privatise l'humiliation", tonne un gradé pénitentiaire.
L'énigme des complicités
Une évasion pareille ne s'improvise pas. Elle s'achète.
Qui a fourni les uniformes ? Qui a falsifié les documents ? Les enquêteurs traquent deux suspects — les fameux "policiers" du 7 mars. Mais une piste intrigue : une ancienne surveillante, placée en garde à vue. "Elle lui passait des smartphones en détention", affirme une source judiciaire.
Ganito se tait. Pourquoi ? Protège-t-il quelqu'un ? Attend-il des garanties ? Une certitude : son silence pèse lourd. Les familles des victimes de ses braquages réclament justice. "Assez de complaisance", exige l'avocat d'un convoyeur blessé en 2023.
Santé ou stratégie ?
"Mon état est incompatible avec l'isolement." Ganito a répété cette phrase trois fois durant l'audience.
Vrai ou faux ? Son dossier médical mentionne bien une pathologie cardiaque. Mais les experts sont formels : "Rien ne justifie une évasion", insiste le Dr Bourgeois.
Alors pourquoi cette insistance ? "C'est du placement produit", décrypte un ancien directeur. Le détenu préparerait déjà sa défense pour le procès à venir.
Le piège néerlandais
Les images de l'arrestation montrent un homme épuisé. Loin du gangster glamour des premiers jours.
Sa cavale néerlandaise tient du gag tragique :
- Il utilise sa propre carte SIM
- Se fait repérer dans un snack-bar
- Tentative de fuite... à vélo
"Amateurisme surprenant pour un professionnel", note un policier local. Était-il trahi ? Drogué ? Ou simplement à bout ?
Ce qui attend l'évadé
Ganito joue gros. Très gros.
Outre l'évasion, il devra répondre de ses anciens braquages — dont un procès reporté à septembre 2026. Ses avocats plaident déjà pour des "conditions adaptées". La justice, elle, semble déterminée à faire exemple.
Une chose est sûre : l'homme qui a mis en lumière les failles du système n'a pas fini de faire parler de lui. Son silence actuel n'est qu'une accalmie.
Sources :
- Compte-rendu d'audience JIRS, 25/03/2026
- Dossier médical AP-HP (consulté le 24/03)
- Entretiens avec 3 sources pénitentiaires
- PV de gendarmerie néerlandaise
Par la rédaction de Le Dossier
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