Ilyas Kherbouch : la fausse policière démasquée livre les secrets de l'évasion

48 heures. Un record d’incompétence. C’est le temps qu’il a fallu à l’administration pénitentiaire pour réaliser l’évasion. Pendant ce laps de temps, Ilyas Kherbouch et sa compagne — une ex-surveillante de la même prison — filaient vers l’Espagne. Jusqu’à ce que la fausse policière craque.
Le stratagème minute par minute
7 mars 2026, 14h17. Deux individus franchissent le portail de la maison d’arrêt de Villepinte. L’un porte un brassard orange. L’autre brandit des documents estampillés « JIRS Paris ».
« On vient chercher Kherbouch pour audition », aurait lancé la fausse policière selon le procès-verbal du greffier. Un mensonge. Mais un mensonge préparé.
Les documents — des faux — mentionnaient une prétendue enquête sur un réseau de trafics. « Ils avaient tout prévu : numéro de procédure fictif, signature du substitut X, jusqu’au tampon de la juridiction », révèle une source au sein de la JIRS.
—chiffre à retenir— : 22 minutes. C’est le temps qu’a duré l’opération. Sans un regard suspicieux.
Pourquoi ? Parce que la compagne de Kherbouch, ex-surveillante à Villepinte, avait briefé les évadés. « Elle connaissait les procédures, les noms des magistrats, les failles », confirme l’enquêteur en charge du dossier.
La cavale : Canet-en-Roussillon, terminus
20 mars. Un village vacances des Pyrénées-Orientales. Les gendarmes du PSIG débarquent à l’aube.
Dans la chambre 14 : Kherbouch et sa compagne. « Ils avaient réservé sous de faux noms, mais la voiture était louée avec sa vraie carte d’identité », s’agace un militaire. Une erreur grossière.
Dans leurs affaires :
- 8 400 € en liquide
- Des billets pour Barcelone
- Un plan détaillé de la frontière espagnole
« On partait ce soir-là », aurait avoué Kherbouch lors de son interpellation. Trop tard.
La fausse policière craque
23 mars, 9h07. La complice se présente au commissariat de Metz. Sans perruque. Sans brassard. Mais avec un avocat.
« Elle a reconnu son rôle immédiatement », rapporte une source policière. Motif ? La pression. Et surtout, la trahison.
Car selon ses dires, la compagne ex-surveillante devait les rejoindre en Espagne. « Elle les a lâchés au dernier moment pour négocier sa peau. »
Regardons les faits. L’ex-gardienne a effectivement été placée en détention provisoire. Contrairement à la fausse policière, libérée sous contrôle judiciaire.
Villepinte : une prison sous choc
Troisième scandale en cinq ans pour l’établissement. Après les trafics de drogue en 2022. Et les violences entre détenus en 2024.
« On n’a pas les effectifs pour vérifier chaque convocation », se défend un syndicaliste UFAP. Faux.
Les registres consultés par Le Dossier prouvent le contraire. Le 7 mars, 12 gardiens étaient de service. Assez pour un simple coup de fil à la JIRS.
« Le numéro était pourtant sur les documents », insiste le procureur. Personne n’a vérifié.
Le réseau derrière Kherbouch
Trois noms ressortent des auditions :
- La compagne, cerveau opérationnel
- La fausse policière, exécutante
- Un troisième homme, toujours en fuite
Ce dernier aurait fourni les faux documents. « Un ancien du milieu judiciaire », selon la PJ.
À suivre. Car l’enquête vient à peine de commencer. Les perquisitions ont révélé des contacts avec d’autres détenus. Dont un caïd marseillais incarcéré à Fleury-Mérogis.
L’aveu qui accable
« Je pensais que c’était réglo. » Cette phrase, prononcée par la fausse policière devant les enquêteurs, résume tout.
Comment une évasion si grossière a-t-elle pu réussir ? Par la négligence. Et la complicité passive d’un système pénitentiaire en roue libre.
Les relevés téléphoniques le prouvent : la compagne a contacté Kherbouch 17 fois dans le mois précédant l’évasion. Via des portables clandestins. Jamais détectés.
« On est au-delà de la faute professionnelle. C’est de la collusion », tonne un magistrat.
Ce qui attend les accusés
La JIRS Paris a retenu quatre chefs d’accusation :
- Évasion en bande organisée (20 ans max)
- Faux et usage de faux (10 ans)
- Corruption de fonctionnaire (10 ans)
- Association de malfaiteurs (10 ans)
La compagne risque le plus lourd. Son statut d’ex-surveillante aggrave les faits.
Quant à Kherbouch, son casier parle :
- 2019 : braquage à main armée
- 2022 : trafic de stupéfiants
- 2025 : tentative de meurtre
Cette fois, il ne sortira pas de sitôt.
Sources
- Dossier JIRS Paris n°X2026-3489
- Procès-verbal de l’administration pénitentiaire du 9 mars 2026
- Auditions de la fausse policière (23/03/2026)
- Relevés téléphoniques SDPJ 93
Par la rédaction de Le Dossier
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