EXCLUSIF: Le gang de Roubé, précurseurs méconnus du terrorisme islamiste en France

10 hommes. 30 ans de cavale. Des liens directs avec le 11 septembre. L'histoire glaçante du premier réseau terroriste français commence dans les ruines de la Bosnie. Et finit en enfer.
29 mars 1996 : l'apocalypse rue Carette
Quatre morts. Deux par balles. Deux carbonisés. Le RAID débarque à Roubaix ce matin-là. Une question hante encore les enquêteurs : comment des gamins de banlieue ont-ils pu devenir ça ?
Christophe Kaz, 27 ans, cerveau du groupe, meurt le même jour en Belgique. Abattu en fuite. "On aurait voulu le garder vivant", lâche Shera Rostkint de la PJ lilloise. Trop tard.
Dans la maison, les corps calcinés : Saad, Lahar, Rachid Swimdi, Amar Jina. Un quatrième cadavre intrigue — d'abord identifié comme Altin Kennac, il s'avère être un Turc de 24 ans. Son numéro traçait dans l'agenda de Kaz.
- C'est le chiffre qui résume tout. Dix types ordinaires, invisibles avant leur basculement. "Des mecs sympas, sans histoire", insiste Éric Dussard. Jusqu'à ce jour de mars.
Kaz, ou la métamorphose d'un médecin
- Christophe Kaz plaque la fac de médecine. La Bosnie l'appelle. Officiellement, il part soigner les blessés. En réalité ? En 1994, le voilà dans la 7e brigade des Moudjahidines.
—et ce n'est pas rien— : il devient l'homme de confiance de Khaled Sheikh Mohamed. Le futur architecte du 11 septembre.
Rentré en France fin 1995, Kaz erre. "Ils avaient perdu leur guerre", analyse Dussard. Alors avec Lionel Dumont, son lieutenant, il en invente une nouvelle : financer les combattants bosniaques. Par le crime.
Ces vies brisées qui ont fait l'histoire
Mouloud Bouelan. Surdoué des maths, pupille de la DDASS. "De la chair à canon envoyée en Bosnie", grince un témoin. Il en revient "avec l'âme d'un guerrier fracassé".
Ossine Bedawoui. Fils de bonne famille roubaisienne. Lycéen perdu converti à la mosquée de la rue Archimède. "La prison l'a transformé en machine", confie un proche du dossier.
Omar Zémiri. Le cas insoluble. Trente ans, trois enfants. "Aucune logique dans son engagement", s'étonne encore un flic. C'est pourtant lui qui offrira son appart au gang.
Ceddic Ben Baloui, l'ultime fantôme
Janvier 1996. Deux flics tombent à Croix. Le tireur ? Ceddic Ben Baloui. Vingt ans par contumace.
Puis plus rien. Jusqu'à ce contrôle routier banal dans le Michigan, le 10 août 2023. Extradé, rejugé en 2025, il nie toujours. Malgré l'ADN. Malgré les témoins.
"Le dernier survivant", murmure un policier. Trente ans de cavale pour finir derrière les barreaux.
Lionel Dumont, le caméléon
Bras droit de Kaz. Présumé mort après l'assaut. Une erreur : la police belge identifie sa main sur une radio.
1996-2003 : l'homme mène une cavale européenne. Braquages en Bosnie. Évasion spectaculaire en 1999. Le voilà en Allemagne.
Condamné à trente ans en 2005. "Un cas d'école", souligne Dussard. Ancien étudiant en histoire, ex-coopérant militaire. "Charmeur, intelligent." Avant Kaz.
2025 : arrêté en Crète. Menacé d'extradition. Libéré pour prescription. Fin de parcours.
Douai, octobre 2001 : le procès qui a tout changé
Trois mois après le 11 septembre. L'ambiance ? Électrique. "Des snipers sur les toits, un hélicoptère en permanence", raconte Dussard. Pourtant, en 1996, le ministre Debré jurait qu'il n'y avait "aucun lien avec le terrorisme".
Trois hommes dans le box :
- Omar Zémiri : 28 ans (réduits à 15 en appel)
- Mouloud Bouelan : 20 ans
- Ossine Bedawoui : 18 ans
Première condamnation française pour terrorisme islamiste. Avant même le RER B.
L'ombre portée
Roubaix a tout inventé. Radicalisation express. Financement par les braquages. Réseaux transnationaux. "On suivait des pistes jusqu'en Italie", se souvient Romu Almüer, patron de la crim'. Un dossier "qui a tout changé".
Aujourd'hui ? Ben Baloui croupit seul en prison. Les autres ont disparu, été libérés ou sont morts.
Mais leur héritage, lui, survit. Premier avertissement. Premier échec. Premier chapitre d'une histoire qui n'en finit pas.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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