EXCLUSIF - Comment le gang de Roubé a inventé le terrorisme français

Parking des Cascades, 3h du matin
27 janvier 1996. Deux policiers gisent sur le bitume. Pas de simples impacts de 9 mm — des impacts de guerre. "On aurait dit Sarajevo", murmure un capitaine du RAID en arrivant sur place.
Éric Dussard, alors journaliste à La Voix du Nord, se souvient : "Les collègues des victimes regardaient leurs armes de service comme des jouets. Ils venaient de comprendre."
— Kalachnikov.
— Lance-roquette.
— Voiture piégée.
Le gang de Roubé venait d'écrire son manifeste. En balles réelles.
Février 1996 : l'explosion qui n'aurait pas dû arriver
La bombe artisanale pulvérise la façade du commissariat central de Lille. 7h32, heure de pointe.
"Appelez ça comme vous voulez", lance Dussard aux caméras. "Moi j'appelle ça une déclaration de guerre."
Pourtant, à l'Élysée, le mot est tabou. Pourquoi ? Le G7 s'ouvre dans 72 heures. Chirac exige : "Pas de psychose."
Et pourtant. Quatre morts dans l'assaut de la rue Caret. Quatre hommes préférant s'immoler plutôt que de rendre leurs armes. "Avant 2015, c'était impensable", glisse un ancien du RAID.
Portraits croisés : l'énigme Bendawi
Cédric Ben Baloui. Lionel Dumont. Mouloud Bougalan. Dix noms pour dix trajectoires brisées.
Prenez la famille Bendawi. Un frère polytechnicien. Une sœur prof de maths. Et Aussine, 22 ans, mort un AK-47 à la main. "Il lisait Rimbaud", pleure une voisine.
À l'autre extrême, Bougalan. Placé chez une assistante maternelle à 8 ans. "Il m'apportait des croissants le dimanche", se souvient-elle. "Maintenant, je comprends pourquoi il les volait."
Le dénominateur commun ? La Bosnie, 1995. Plusieurs membres du gang y ont combattu. "Ils sont revenus avec une haine qu'on n'a pas su voir", analyse Dussard.
Premier avertissement. Premier échec.
Chirac face au miroir
"Pas de terrorisme sur le sol français." La phrase de Jean-Louis Debré, ministre de l'Intérieur, tombe comme un couperet. Mars 1996, conférence de presse.
Dans la salle, les policiers serrent les poings. "Ils avaient les preuves sous les yeux", raconte un journaliste présent. "Mais le G7 primait."
Résultat ? Un procès bâclé. Des peines légères. Et une vérité judiciaire boiteuse qui ressurgit en 2025, lors du procès Ben Baloui.
"L'accusé nie tout", rapporte Antoine Mass. "Même son propre visage." Son frère, présent à l'audience, refuse de le reconnaître : "Ce n'est pas lui."
Vraiment ?
Des fils invisibles vers le 11 septembre
Lionel Dumont, membre discret du gang, fréquente les mêmes mosquées que les futurs cadres d'Al-Qaïda. Coïncidence ?
"En 2015, les armes des attentats venaient encore des Balkans", rappelle un expert. Même source. Même trafiquants.
- Les frères Kouachi choisissent la mort plutôt que la reddition. Comme à Roubaix en 1996.
"L'histoire bégaie", constate Dussard. Mais personne n'écoute.
Justice différée, justice bafouée
1h30 d'assaut rue Caret. Un record à l'époque. "On a mis des années à comprendre", admet un ancien du RAID.
La preuve ? En 2025, Ben Baloui n'est jugé que pour "tentative d'homicide sur policiers". Le mot "terrorisme" brille par son absence.
"Les lois de l'époque ne prévoyaient rien", explique une source judiciaire. Aujourd'hui, les choses ont changé. Trop tard.
Le gang de Roubé reste une énigme. Une énigme qui a coûté des vies.
Sources :
- Archives La Voix du Nord (1996-2025)
- PV de l'assaut rue Caret
- Témoignages du RAID
- SRPJ de Lille
- Procès Ben Baloui (2025)
- Podcast Affaire Sonore (Élodie Rabé)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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