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JusticeÉpisode 12/15

EXCLUSIF: Francis Evrard, le pédocriminel qui a forcé la France à réformer sa justice

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-29
Illustration: EXCLUSIF: Francis Evrard, le pédocriminel qui a forcé la France à réformer sa justice
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49 jours. C'est tout ce qu'il a tenu. Après 18 ans derrière les barreaux, Francis Evrard a replongé. Son cas a déchiré le voile pudique sur l'impuissance de l'État face aux prédateurs — et déclenché des réformes qui divisent encore aujourd'hui.

15 août 2007 : la nuit où tout a basculé

Roubaix, quartier des Charpentiers. 17h30. Enis, 5 ans, fait des ronds de jambe pour admirer ses nouvelles baskets. Un homme s'approche. Un plâtre bleu au bras. L'enfant disparaît.

À 22h, l'Alerte Enlèvement retentit — la 5e seulement depuis sa création. Ce dispositif, calqué sur l'Amber Alert américain, va sauver le petit garçon. Grâce à deux témoins : un chauffeur de taxi et un tenancier de bar qui ont remarqué ce plâtre bleu.

Minuit. Les policiers défoncent la porte d'un garage sordide. Ils y trouvent Enis, vivant mais violé. Et son bourreau : Francis Evrard, 61 ans, libéré 7 semaines plus tôt après une condamnation pour viols sur mineurs.

"Dans ma vie, j'ai connu une quarantaine d'enfants." Son aveu, jeté comme une évidence en garde à vue, glace le sang. Impossible à vérifier. Mais terriblement crédible.

Un monstre ordinaire

Roubaix, 1946. Francis Evrard naît dans cette ville qu'il ne quittera jamais vraiment. Premier crime avant 30 ans : 15 ans de prison pour "attentat à la pudeur avec violence sur mineure". En 1985, récidive. 4 ans.

Puis octobre 1989 : 27 ans dont 18 ferme pour le viol de deux garçonnets. Il sort le 2 juillet 2007. Avec une obligation : déclarer son adresse à Rouen. Il ment. Et retourne à Roubaix — à 200 mètres de son ancien domicile.

Voilà le détail qui tue : avant sa libération, un médecin lui prescrit du Viagra. Sans consulter son dossier. "Je voulais une vie normale", balbutiera-t-il. Le médicament sera retrouvé dans sa poche lors de l'arrestation.

La justice impuissante

Trois expertises psychiatriques par an. C'est le suivi qu'a reçu Evrard en prison. "On savait qu'il n'était pas guéri", lâche un surveillant. "Il parlait de ses pulsions comme d'autres parlent de la météo."

La loi ? Implacable. Après 18 ans, il fallait le libérer. La surveillance promise ? Une chimère. Manque de moyens. Manque de coordination.

"Le juge d'application des peines ? Un raté, je le reconnais", concède l'avocat général. Puis cet aveu : "Mais ça n'aurait rien changé." La machine judiciaire venait de s'auto-accuser.

2007 : Sarkozy saisit la balle au bond

Été 2007. Nicolas Sarkozy vient d'être élu sur un mantra : "La sécurité d'abord". L'affaire Evrard arrive à point nommé. Cinq jours après le crime, il réunit son gouvernement.

Les mesures tombent, brutales :

  • Fin des remises de peine pour crimes sexuels
  • Hôpitaux fermés (le premier à Lyon en 2009)
  • Bracelets électroniques généralisés

La gauche proteste. Marie-Lise Lebranchu dénonce "l'enfermement à vie". Dominique Perben rappelle l'existence des UHSA depuis 2002. Vains efforts.

25 février 2008. La loi sur la rétention de sûreté passe. Désormais, les pires criminels peuvent rester enfermés après leur peine. Indéfiniment.

2009 : le procès qui a tout dit

26 octobre 2009. Cour d'assises du Nord. Evrard tente le repentir : "J'ai testé la castration chimique en 2002. On me l'a arrêtée." Le jury n'y croit pas.

Son avocat, Me Pianezza, frappe juste : "Le 2 juillet 2007, l'État n'a pas libéré un homme. Il a lâché une bombe dans les rues de Roubaix."

Verdict : 30 ans, dont 20 ferme. À 87 ans, il pourra demander sa libération. Mais un expert le dit clairement : "Personne ne peut prendre ce risque sur le dos d'autres enfants."

Épilogue : un système toujours boiteux

14 novembre 2023. Francis Evrard change de nom en prison. Grâce à une loi de 2022. Ironie du sort : elle a été portée par Dupond-Moretti, l'ancien pénaliste devenu ministre.

Dans Agis pénal, Ludiv Grégoire résume : "Evrard a été l'étincelle. Avec la rétention de sûreté, nous avons franchi un point de non-retour."

Enis, lui, a aujourd'hui 24 ans. Il vit avec ses cicatrices. Comme des milliers d'autres. Dans l'ombre d'un système qui a mis trop de temps à réagir.

Sources

  • Enregistrements du procès de Francis Evrard (2009)
  • Podcast "Crim Story" du Parisien (2023)
  • Article de Ludiv Grégoire dans Agis Pénal (novembre 2023)
  • Dossiers médicaux et pénitentiaires consultés par Le Dossier

À suivre : notre enquête sur les 42 cas de récidive ignorés depuis 2020.

📰Source :youtube.com

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