Daniel Siad : le rabatteur français d’Epstein démasqué par 8 mois d’enquête

Huit mois dans l’ombre d’Epstein
Tout a commencé en septembre 2023. Pas avec les files – enfin, pas toutes. Une petite partie des documents Epstein venait de sortir. Mais nous avons eu l’intuition que Paris n’était pas un hasard. Jeffrey Epstein avait un appartement avenue Foch. Pourquoi là ? Parce que le système était ancré en France.
On a contacté des victimes déjà identifiées. Des avocats. On a passé des coups de fil. De fil en aiguille, on a retrouvé des témoins qui n’avaient jamais parlé. Puis, en janvier 2024, le département de la Justice américaine a publié trois millions de documents. Ce fut une onde de choc mondiale – mais aussi un soulagement amer.
« Oui et non, nous confie l’un des journalistes. Parce qu’en fait, plein de trucs qu’on avait trouvés en huit mois d’enquête étaient désormais disponibles pour tout le monde. »
Trois millions de pages. Des noms, des dates, des paiements. Mais le fil rouge, l’homme qui revenait 3 000 fois dans ces fichiers, c’était Daniel Siad. Un homme qui se présentait comme « scout de mannequins ». Un homme qui, en réalité, utilisait au moins quatre ou cinq identités différentes.
Daniel Siad : trois piliers de défense, trois mensonges
Quand nous l’avons contacté, Daniel Siad a joué la carte de la transparence. « Je suis clean », a-t-il déclaré à RTL. Il a même proposé de faire une série Netflix. « Ma vie est rocambolesque », nous a-t-il lancé. Rocambolesque, oui – mais pas comme il l’entend.
Sa défense repose sur trois piliers. Le premier : il n’aurait envoyé que des mannequins à Epstein, qui se présentait comme patron d’agence. Faux. Les témoignages que nous avons recueillis montrent que les prétextes étaient multiples : « Je vais t’aider à entrer dans la finance », ou encore « Ce monsieur peut t’aider dans ta carrière ». Des mensonges.
Le deuxième pilier : il nie tout viol. Pourtant, deux plaintes pour viol et traite d’êtres humains ont été déposées contre lui. Nous avons parlé à ces deux victimes. Et nous pouvons révéler qu’une troisième personne, qui n’a pas encore déposé plainte, le dénonce aussi.
Le troisième pilier : « Je suis transparent ». La réalité ? Il s’est présenté sous au moins quatre ou cinq pseudonymes différents. Il utilisait le nom de David Goldberg. Il se faisait payer par Epstein via la Deutsche Bank… en tant que photographe. Pas en tant que recruteur. Pourquoi un photographe aurait-il besoin de cacher son identité ? Les paiements ne laissent pas de traces. Les faux noms non plus.
« Quand il dit à RTL ‘je ne suis pas un fusil’, il y a quand même des plaintes », résume un journaliste. Huit mois d’enquête, et les preuves s’accumulent.
Eba Carlson : la photo qui ne ment pas
Parmi ces preuves, il y a Eba Carlson. Derrière l’écran, elle regarde l’objectif. Son histoire est glaçante. En 1990, à Stockholm, elle est violée par un homme qui se fait appeler David Goldberg. Ce David Goldberg – c’est Daniel Siad. Elle le décrit dans un livre de Baptiste Manzinali sur l’industrie du mannequinat. Et nous avons immédiatement reconnu le profil.
Nous avons contacté son avocate, Anclair Leun. Eba a accepté de parler. Nous lui avons montré une vieille photo trouvée dans un magazine cubain. Elle a confirmé : c’est lui. Son ex-petit ami de l’époque, qui avait cassé la figure à Siad à Stockholm, a aussi identifié l’homme sur la photo. Avant même la sortie de notre enquête, nous avions déjà résolu ce puzzle.
Eba Carlson a décidé de parler dans la presse. Son témoignage a eu un retentissement mondial. Et pour cause : c’est la preuve que le système de recrutement d’Epstein ne date pas d’hier. Il a opéré pendant quarante ans. Des centaines de jeunes femmes – souvent de l’Est après la chute du mur de Berlin – ont été piégées par les mêmes mécanismes.
« Le point commun de ces jeunes femmes, c’est qu’elles ont été recrutées par le même homme », rappelle notre journaliste. Un homme qui propose aujourd’hui une série Netflix pour redorer son image.
Un système politico-culturel : Jack Lang, Bill Gates et les autres
Epstein n’a pas agi seul. Il avait des complices, des facilitateurs, des personnalités politiques et culturelles qui ont fermé les yeux. Parfois bien plus.
Le cas le plus embarrassant pour la France : Jack Lang. L’ancien ministre de la Culture a voyagé dans l’avion privé d’Epstein avec son épouse et une certaine « Inès » – présentée comme son assistante. Notre enquête révèle que le poste d’assistante était complètement fictif. Un boulot fake. Jack Lang savait-il ? La question reste ouverte.
« Ce qui fait affleurer comme sujet, c’est : est-ce que les gens savaient ? », interroge le journaliste. En 2010, Epstein avait déjà été condamné pour sollicitation de prostitution de mineure. En 2011, Virginia Roberts Giuffre racontait son histoire au Daily Mail et à Vanity Fair – accusant le prince Andrew et d’autres. Les preuves s’accumulaient. Mais beaucoup ont préféré ne pas voir.
Il y a ceux qui ne savaient pas. Ceux qui ne voulaient pas savoir. Et ceux qui savaient mais s’en foutaient. La photo de Bill Gates avec une jeune femme – Svetlana – est un autre exemple. Epstein prenait ces photos lui-même. Il les archivait. Un système de chantage, de pouvoir.
« Il prend un certain plaisir à prendre en photo ces gens, et il garde ces photos comme un levier », explique notre journaliste. Quand la photo de Gates a fuité, il a dû présenter des excuses. Mais le mal était fait.
40 ans de prédation : le volume qui donne le vertige
Plus de 40 ans. Des centaines de victimes. Quand on plonge dans les carnets, le vertige vous saisit. « En recoupant les dates, on se rendait compte qu’en novembre 2013, il y avait trois, quatre autres jeunes femmes qui étaient déjà piégées. Il échangeait des mails avec dix autres. Une autre était rabattue. C’est un volume de prédation hors norme. »
Jean-Luc Brunel, autre recruteur majeur, s’est suicidé en prison en février 2022. L’enquête sur lui n’a pas pu aboutir. Mais son rôle était central : beaucoup de jeunes femmes recrutées en France sont passées par lui.
Et Siad n’est pas le seul. D’autres rabatteurs existent. Nous n’avons pas pu aller au bout de cette enquête – elle est tentaculaire. L’histoire se déroule sur plusieurs continents, implique des milliers de noms. Chaque victime est un dossier.
L’une d’elles, une Américaine victime de Jean-Luc Brunel en 1986, nous a confié, en larmes, qu’elle se demandait si elle n’avait pas été stupide de se retrouver là-dedans. Elle avait 18 ans à l’époque. Aujourd’hui, elle a plus de 60 ans, et elle revivait son calvaire.
« Je trouvais ça vraiment glaçant », confie notre journaliste.
Un système sectaire : Epstein ne partageait pas ses victimes
On pourrait imaginer un réseau de trafic sexuel où les puissants se partagent des jeunes femmes. La réalité est différente. Epstein fonctionnait comme une secte. Il gardait ses « filles » dans son giron. Il ne les partageait pas.
« Harvey Weinstein s’en serait pris à une jeune femme chez Epstein, avenue Foch, et se serait énervé contre lui », révèle notre journaliste. Epstein contrôlait tout. Il prenait des photos compromettantes. Il exerçait une emprise totale.
Ce système a prospéré pendant quatre décennies. Il s’est nourri de l’industrie du mannequinat, de la faiblesse des institutions, de la complicité des puissants. Et il n’est pas mort avec Epstein. À Paris, le milieu du mannequinat continue de poser question. « Il n’y a pas que Jeffrey Epstein », nous a-t-on répété.
Alors, où en sommes-nous ? Daniel Siad est sous le coup d’une enquête. Deux plaintes pour viol et traite d’êtres humains. Une troisième victime se manifeste. Des preuves solides – photos, témoignages, paiements. Mais le système qui a permis tout cela est-il démantelé ?
La réponse est non. L’enquête continue.
Sources
- Files Epstein (3 millions de documents rendus publics en janvier 2024)
- Livre de Baptiste Manzinali sur l’industrie du mannequinat
- Témoignages de deux victimes ayant déposé plainte pour viol et traite d’êtres humains contre Daniel Siad
- Témoignage d’une troisième personne (sans plainte)
- Entretien RTL de Daniel Siad
- Photo d’archives (magazine cubain) identifiée par Eba Carlson et son ex-petit ami
- Paiements de Deutsche Bank à Siad comme photographe (issus des files Epstein)
À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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