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PolitiqueÉpisode 10/4

Florence Portelli : 'Une entreprise de démolition' contre la culture

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-20
Illustration: Florence Portelli : 'Une entreprise de démolition' contre la culture
© YouTube

Vingt-huit institutions culturelles. Grands opéras hors de Paris. Centres dramatiques nationaux. Des baisses de subventions. C'est le constat dressé par Florence Portelli, vice-présidente LR de la région Île-de-France, dans une tribune publiée par Le Monde il y a quelques jours. Elle ne mâche pas ses mots : « une entreprise de démolition », « une méthode scandaleuse », « malhonnête ». L'élue était ce matin sur France Inter pour expliquer sa colère.

« Une immense colère »

Voilà ce qui a déclenché l'initiative de Florence Portelli. Interviewée par France Inter, elle raconte son sentiment. La culture ne peut pas être « la variable d'ajustement » du déficit public. « Les structures culturelles ont apporté leur tribu à la solidarité nationale » — comme les collectivités locales, dit-elle. « On contribue, on n'est pas ceux qui plombent honnêtement les finances du pays. »

Mais la méthode la révulse. « On vient nous ponctionner en cours d'exercice. » Les institutions ont lancé leur saison. Programmé des artistes. Signé des contrats. Puis l'État annonce une coupe rétroactive. « Qui ferait ça pour gérer son budget quand on a un foyer ? Personne. »

Elle dénonce le manque de vision. « Ça en dit très très long sur le manque de vision de l'État aujourd'hui sur la culture. » Elle s'adresse aussi aux électeurs de droite. La décentralisation culturelle, initiée sous de Gaulle par André Malraux, a permis d'« irriguer les territoires en culture, de lutter contre les fractures sociales et territoriales ». En s'attaquant aux grandes structures, on « malmène ce que sont nos territoires dans notre République ».

C'est là que ça devient intéressant. Portelli, vice-présidente LR, prend le contre-pied de son camp. Elle cite Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Jean-François Copé — des élus de droite qui, selon elle, portent « autre chose ». Elle balaie la caricature. « Prenez le département de l'Hérault. Ils ont passé à 0 % le budget culturel — et c'est la gauche. »

28 institutions sur le fil

Concrètement, les chiffres sont dans la tribune. Vingt-huit institutions culturelles — grands opéras hors Paris, centres dramatiques nationaux — subissent des baisses. Florence Portelli donne un exemple : le Théâtre des Amandiers. « Un magnifique théâtre rénové, une légende dans le monde du théâtre. » Le directeur vient de lancer sa saison. On lui supprime « plusieurs centaines de milliers d'euros ». Conséquence immédiate : annuler des spectacles déjà programmés. « Mettre carrément la clé sous la porte, mettre des gens au chômage. »

Les conséquences dépassent les murs des théâtres. « L'emploi culturel, ça fait partie de la manne économique et ça participe à la lutte contre le chômage. » Elle insiste : la culture n'est pas que beauté et émancipation. « C'est aussi de l'emploi, c'est aussi de l'économie. » Derrière les 28 structures, ce sont « l'ensemble des compagnies sur nos territoires » qui sont malmenées. « Les orchestres. » Elle préside l'Orchestre national d'Île-de-France — « un orchestre régional et étatique, qui déambule dans les banlieues difficiles comme dans les zones rurales ». Un orchestre invité au Japon, qui représente la France à l'étranger.

Elle compare la situation à une « déflagration ». Les coupes ne sont pas une simple régulation budgétaire. « C'est un coup de poignard sur la décentralisation culturelle. »

Bercy, le grand ordonnateur

Florence Portelli pointe un coupable : Bercy. « Tout ça parce que vous avez aujourd'hui Bercy qui réglemente tout ce qui se passe dans ce pays parce que le pays est en train de couler. » Elle ne nie pas le déficit. « Un déficit public absolument abyssal. » Mais elle refuse que la culture paie seule. « On est tous un peu dans le même panier. »

Elle interpelle directement Emmanuel Macron. « Ces deux quinquennats ont été une immense déception pour ceux qui y croyaient sur la culture. » Elle cite un signal d'alarme : le Covid. « On a considéré que les livres n'étaient pas des biens essentiels. » Pour elle, la culture est essentielle. « C'est pour ça que je défends que 1 % du budget de l'État soit donné à la culture. » Elle-même, dans sa ville, a « doublé le budget de la culture ». L'éducation artistique et culturelle menée en région Île-de-France avec Valérie Pécresse, « ça peut sauver des vies, donner un élan à un gamin, donner du sens à sa vie ».

La critique est frontale. Elle ne se limite pas aux chiffres. « On ne peut pas construire un pays uniquement sur des moyens qui sont importants — budget, sécurité, justice — et ne pas porter une vision de la société, une vision de l'émancipation individuelle et collective. »

Une famille politique divisée

Le paradoxe est là. Les Républicains sont historiquement perçus comme le parti du sérieux budgétaire. Christelle Morancé, présidente LR des Pays de la Loire, a annoncé des coupes drastiques dans la culture. Portelli assume d'être à contre-courant. « Je suis souvent à contre-courant, mais ce n'est pas grave. » Elle cite un exemple valant mille arguments. « Dans ma ville, en face, j'ai des verres. Ils n'ont pas le début d'une once de programmation culturelle. » Et la gauche n'est pas épargnée : le département de l'Hérault, dirigé par la gauche, a « passé à 0 % le budget culturel ».

Elle appelle à ne pas se diviser. « C'est dangereux de rentrer dans les caricatures. » Les véritables adversaires ? « Les tenants d'une vision déshumanisée et strictement comptable de la politique budgétaire. » Elle cite l'héritage d'André Malraux, revendiqué par ceux qui, à droite, défendent la culture.

Portelli refuse d'opposer rigueur et ambition. « Il faut faire des choix. » Elle propose des solutions : sortir la dette du vote du budget de l'État, « la faire gérer par la Cour des comptes ». Faire racheter la dette par la France elle-même pour qu'elle ne soit plus « entre des mains étrangères ». Elle ne demande pas une exemption totale pour la culture. « Les structures culturelles doivent apporter leur contribution. Mais pas comme ça. Une discussion, ce n'est pas planter un poignard dans le dos. S'attaquer aux plus faibles et à ceux qui n'ont pas de moyens. »

La culture, « socle d'une société »

L'interview glisse sur un registre plus personnel. Florence Portelli raconte son rapport à la culture. « Quand j'étais enfant, s'il n'y avait pas eu le piano, je ne serais peut-être pas là à votre antenne. » Elle voit des enfants, « quel que soit le milieu social », qui par la démocratie culturelle « deviennent quelqu'un, se sentent dignes, ont un objectif ». La culture donne du sens. « Dans un monde où on est privé de sens, la musique aide. »

Elle évoque un festival d'Avignon, une pièce avec Wagner Moura qui interroge sur le rapport à la vérité. « Le théâtre, c'est la fabrique des consciences. » Aujourd'hui, la société mondialisée fait qu'on se sent « plus objet que sujet ». La culture permet de « redevenir sujet ». Ce n'est pas une variable d'ajustement. « C'est fondamental, le socle d'une société. » Elle rêve « d'une sorte de Renaissance » — un mouvement couplant culture et science.

Mais l'urgence est là. Elle attend une réponse à sa tribune. « Je ne suis pas sûre que ça intéresse. Le président de la République, ça se serait su. » Elle espère néanmoins un miracle. Et surtout, que la culture devienne un thème central de la campagne présidentielle.

Pas de réponse de l'Élysée

À ce jour, Florence Portelli n'a reçu aucune réponse de l'Élysée à sa lettre ouverte, selon ses déclarations. Le silence pèse. Les coupes, elles, sont en cours.

Les questions restent ouvertes. Comment concilier déficit record et ambition culturelle ? Faut-il sanctuariser 1 % du budget ? La droite va-t-elle se déchirer sur ce sujet ? Portelli semble compter sur une prise de conscience. « Une société qui ne pense pas que pour l'avenir de ses enfants, ce qui est le plus important c'est l'éducation et la culture, c'est une société en déclin. »

Les faits, eux, sont têtus. 28 institutions réduites. Des centaines de milliers d'euros supprimés en cours d'exercice. Des spectacles annulés. Des emplois menacés. Et une tribune dans Le Monde qui attend toujours une réponse.

📰Source :youtube.com

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