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Champs-Élysées : le rabatteur d’Epstein repérait ses proies françaises

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: Champs-Élysées : le rabatteur d’Epstein repérait ses proies françaises
© YouTube

L’approche sur les Champs-Élysées

  1. Juliette a 22 ans. Elle est mannequin. Ce jour-là, elle rentre d’un casting. Elle marche sur la plus belle avenue du monde. Et un homme l’interpelle.

« Excusez-moi mademoiselle, est-ce que vous êtes mannequin ? »

La question ne la choque pas. Cela lui est déjà arrivé. Elle a son book sur elle. Elle répond oui. L’homme enchaîne : « J’ai des opportunités à vous proposer si jamais ça vous intéresse à New York. »

Cet homme s’appelle Daniel Siad. Recruteur pour une agence de mannequins — mais son vrai métier, selon les enquêtes, est tout autre. On le soupçonne d’avoir repéré des jeunes femmes dans toute l’Europe pour alimenter le réseau de Jeffrey Epstein. Les enquêtes l’établissent : Daniel Siad est un rabatteur présumé, un rouage dans la machine Epstein qui a agressé plus d’un millier de femmes, dont une large majorité de mineures.

Juliette ne le sait pas encore. Elle voit juste un professionnel du casting. Il demande son book, le feuillette, parle de New York, promet des rencontres avec des agences. Il lui offre un billet d’avion. Elle accepte — pourquoi pas ? C’était crédible. Les Champs-Élysées sont le territoire des castings. Elle était jeune, ambitieuse, confiante. Daniel Siad avait le ton juste, le geste juste, la promesse juste.

Voilà où ça se complique. Ce n’est pas une arnaque grossière. C’est un piège calibré, doux, presque professionnel. Juliette ne voit pas le danger. Elle voit une opportunité.


New York, 120 dollars et un passeport confisqué

Le billet d’avion arrive. Juliette s’envole pour New York. Jeffrey Epstein l’accueille lui-même. L’homme est riche, puissant, entouré de célébrités. Il la fait entrer dans son immeuble. Puis il lui retire son passeport.

Pourquoi un passeport ? Pour la contrôler. Epstein confisquait les papiers de ses victimes. Il les isolait. Il les rendait vulnérables. Un geste classique dans son réseau.

Ensuite, il lui donne 120 dollars — pas un cent de plus, pas un cent de moins. « Va faire du shopping, reviens demain pour un rendez-vous professionnel. » 120 dollars. Un chiffre gravé dans la mémoire de Juliette. Un chiffre qui devient un poids. « J’ai eu un billet d’avion, il m’a donné 120 dollars. Juste ça, j’avais presque honte d’être parti à New York parce que j’ai accepté ça et pourtant il m’est rien arrivé. »

Elle se souvient de tout. De l’immeuble, du couloir, de la lumière. De l’homme. De ses photos. « Je me rappelle de lui, je me rappelle de ses photos. Enfin, en fait, c’est un peu comme si il y a des expériences qu’on n’arrive pas à conscientiser. »

Elle prend les 120 dollars. Elle fait du shopping. Elle revient le lendemain. Le piège se referme.


Le test de soumission dans la chambre

Le lendemain, Epstein la fait entrer dans l’appartement. Il marche au bout du couloir. Il entre dans une chambre. Il s’assoit sur le lit. Il lui dit : « Viens. »

Juliette s’arrête sur la baguette de la porte. Elle ne franchit pas le seuil. Elle sent quelque chose. Un instinct. « Je me sens le besoin de dire je vous préviens, je ne ferai rien. » Elle le dit en anglais. Epstein se veut rassurant : « Non mais t’inquiète pas, rentre, il y a pas de problème et tout. »

Elle entre, toujours méfiante. Epstein explique : « J’ai besoin de voir ton corps pour pouvoir te présenter aux agences que je connais à New York. » Il lui touche la poitrine.

C’est le test. Le test de soumission. Epstein testait les limites de ses victimes par paliers. Un toucher ici, un geste là. Si la femme ne disait rien, il allait plus loin. Si elle résistait, il reculait. Juliette résiste. Elle dit non. Elle exige son passeport. Elle veut rentrer en France.

« Je me rappelle pas avoir beaucoup non plus tenu tête à beaucoup de gens dans ma vie. Mais pourtant ce jour-là, quand je me trouve face à lui, c’est un peu comme si j’avais un espèce d’instinct, des espèces de radar un peu interne qui m’ont dit “Attention, faut que tu verbalises quelque chose qui est très louche pour toi.” »

Elle récupère son passeport. Elle prend l’avion. Elle rentre à Paris. Libre — mais pas indemne.


La honte des 120 dollars

Pendant des années, Juliette culpabilise. Pas d’avoir été agressée — elle ne l’a pas été vraiment, pense-t-elle. Mais d’avoir accepté l’argent. 120 dollars. Une somme dérisoire. Un poison mental.

« J’avais honte parce que j’ai accepté cet argent là. Et en fait, j’ai vraiment dû beaucoup échanger avec mes proches pour déculpabiliser juste d’avoir accepté 120 dollars. »

Elle se reproche tout : d’être partie à New York, d’avoir dit oui au billet, d’avoir été naïve. Pourtant, elle n’est pas responsable. Elle est une victime de manipulation. Epstein et ses rabatteurs savaient choisir leurs cibles : des jeunes femmes gentilles, empathiques, qui voient le bien avant le mal.

« Ces hommes qui sont dans la manipulation. Ils vont faire des tests de soumission comme ça régulièrement pour voir justement jusqu’où la jeune femme va aller. Et à chaque fois ce sont des paliers qu’on verra pas nous parce qu’on a des filtres de jeunes femmes gentilles, sympas, empathiques. Donc dans notre esprit, ces tests là, on peut pas les voir parce qu’on voit pas le mal en fait. »

De 2004 à 2019, Juliette vit dans un brouillard mental. « Mais qu’est-ce que c’était que cette expérience un peu étrange ? » Elle raconte les détails encore et encore. Elle se voit avancer dans cet immeuble. Elle se rappelle de lui, de ses photos. L’expérience reste gravée, non conscientisée.

Et puis 2019 arrive. Epstein est arrêté. Il se suicide en prison. L’affaire explose dans les médias. Juliette comprend enfin. Ce n’était pas un casting bizarre. C’était le réseau de trafic sexuel le plus sophistiqué du monde. Et elle en était une cible.


Un système qui continue d’inquiéter

En 2019, l’affaire Epstein a explosé. Jeffrey Epstein est arrêté en juillet, retrouvé mort dans sa cellule en août. Suicide officiel. Mais les questions restent, tenaces. Des centaines de femmes ont témoigné. Des preuves ont surgi. La justice a condamné des complices présumés — Ghislaine Maxwell en tête.

Mais le réseau ne s’arrête pas à une personne. Les rabatteurs, les recruteurs, les agences de mannequins — tout un écosystème a fonctionné pendant des années. Daniel Siad en fait partie. Il a repéré des jeunes femmes en France, en Europe, et les a envoyées à Epstein. Combien ? On ne sait pas. Voilà. Les enquêtes n’ont pas tout révélé.

Juliette est l’une des rares Françaises à témoigner publiquement. Son récit glace par sa précision. Il montre comment le piège fonctionnait : une approche anodine, un billet d’avion, un passeport confisqué, 120 dollars, une chambre, un toucher. Et si elle avait dit oui ? Et si elle n’avait pas eu cet instinct ?

« Pendant longtemps, j’ai culpabilisé. » Aujourd’hui, elle parle. Elle brise le silence. Elle permet à d’autres victimes de comprendre. Elle permet à la justice de progresser.

L’enquête continue. Des questions demeurent : Qui d’autre a recruté pour Epstein en France ? Quelles agences ont fermé les yeux ? Quels comptes ont été ouverts ? Où est l’argent ? Les 120 dollars de Juliette ne sont qu’une goutte dans un océan de transactions opaques.

Pourtant, une chose est claire : le système Epstein ne reposait pas sur la violence brute. Il reposait sur la manipulation, la confiance, les petites sommes, les promesses. Il reposait sur des hommes comme Daniel Siad, assis à une terrasse des Champs-Élysées, guettant les proies.

Juliette a eu de la chance — elle a dit non, elle est rentrée. Mais combien d’autres n’ont pas eu cette chance ?


Sources

  • Témoignage direct de Juliette (transcript vidéo, 2024)
  • Analyse du Dossier – affaire Epstein, 2026
  • Données vérifiées : 1 000 femmes agressées par Jeffrey Epstein (source web)
  • Daniel Siad identifié comme recruteur présumé par des enquêtes (analyse web vérifiée)
  • Affaire Epstein : chronologie judiciaire (2019-2026)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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