LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Société

Ebola en RDC : le journaliste isolé en France raconte le cimetière sans nom

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-05
Illustration: Ebola en RDC : le journaliste isolé en France raconte le cimetière sans nom
© YouTube

single_source: false

Ebola en RDC : le journaliste isolé en France raconte le cimetière sans nom

Un journaliste français a été placé à l'isolement après la détection d'un premier cas d'Ebola en France. Il venait de passer plusieurs jours en République démocratique du Congo (RDC), au cœur de l'épidémie. Son reportage témoigne d'une gestion chaotique, de chiffres largement sous-évalués et de morts abandonnés par la riposte.

Elle s'appelle Nima. Trente ans. Elle meurt devant lui, au centre de traitement de Rwampara, près de Bunia. Le journaliste — accompagné des photographes Morgan Lecam et Philémon Barbier — vient d'arriver dans l'est de la RDC. Début juin. Quelques semaines plus tard, un médecin de l'ONG ALIMA qu'ils ont rencontré en Ituri est diagnostiqué positif à Ebola en France. Le journaliste ? Immédiatement placé à l'isolement.

Retenez ce détail : la France a connu son premier cas d'Ebola. Le reporter, lui, a vu l'envers du décor.

À Bunia, une province sacrifiée

Bunia est la capitale de l'Ituri. Une région que les guerres ravagent depuis plus de trente ans. Pour les habitants, l'épidémie ajoute une couche de détresse. « La première chose qui m'a marqué, c'est déjà la désorganisation de la riposte, et puis surtout les morts tous les jours », raconte le journaliste. Des centaines de milliers de déplacés vivent dans des camps. Les checkpoints de miliciens jalonnent les routes.

Le centre de traitement de Rwampara est l'un des rares points de soins. C'est là que Nima est décédée, sous les yeux de l'équipe. « On a assisté à son dernier souffle », dit le journaliste. Un décès banalisé par l'ampleur de la crise.

Mongualou, zone minière, zone oubliée

À 75 kilomètres au nord-ouest de Bunia, les routes sont délabrées. Mongualou est une localité minière. Les orpailleurs y circulent sans aucun contrôle. C'est là que l'épidémie a commencé — officiellement déclarée mi-mai, mais le virus circulait depuis février. Pendant trois mois, le personnel de santé a bricolé sans équipements de protection, sans médicaments, sans centre de traitement.

« Les conditions sont encore pires qu'à Bunia », constate le journaliste. Il visite la « salle des morts ». La morgue ? Une petite pièce délabrée, porte ouverte. Des corps de défunts Ebola gisent à même le sol, dans des sacs mortuaires blancs. Hors du circuit infecté. « Ça expose potentiellement les soignants et les patients à des corps extrêmement contagieux », alerte-t-il. Le danger est permanent.

Un personnel épuisé. Une riposte qui s'améliore « de jour en jour », mais que tous les humanitaires rencontrés jugent « insuffisante ». Le nombre de morts augmente chaque jour. Et les chiffres officiels ? « Largement sous-évalués », selon ces mêmes humanitaires.

Enterrer sa fille pour 120 euros

Le journaliste se rend dans un cimetière sur les hauteurs de Mongualou. Il assiste à l'enterrement d'une jeune femme, décédée la veille à l'hôpital. Sa mère est seule. Aucun agent de la Riposte n'est présent. Les enterrements « dignes et sécurisés » préconisés par les autorités ? Ils ne fonctionnent pas.

Les corps partent sur des triporteurs. Prix : 120 euros, payés par les familles. La Croix-Rouge, censée gérer les convois, ne dispose pas d'assez d'ambulances. Les mères doivent se débrouiller. Les corps, hautement contagieux, voyagent sans protection.

Où est l'argent de la riposte ? L'appel humanitaire pour la RDC a été réduit de 46 % entre 2024 et 2026 — de 2,58 milliards de dollars à 1,4 milliard, selon l'OCHA. Pendant ce temps, l'épidémie a déjà fait au moins 304 morts sur 1 115 cas déclarés, d'après Care France au 26 juin. Le taux de létalité officiel est d'environ 25 %, selon France Info. Mais les vrais chiffres ? Personne ne les connaît.

Les cas contacts, simple papier

Le principal enjeu, répètent les épidémiologistes, est la recherche des cas contacts. Le seuil à atteindre pour briser la chaîne de transmission : 90 % de suivi. Les autorités congolaises annoncent 70 %. Ce que les humanitaires disent sur le terrain ? Qu'il n'y a pas de suivi réel. « Ces cas contacts sont juste listés sur des feuilles de papier, sans réel suivi derrière », explique le journaliste. Aucun appel, aucune vérification. Les listes s'accumulent. La chaîne des contaminations se prolonge.

Les autorités congolaises annoncent des chiffres basés uniquement sur les tests positifs. Mais des malades meurent chez eux, sans consulter. « On l'a vu », assure le journaliste. Des Congolais continuent de mourir en silence.

Le pic encore devant nous

Les agents de santé rencontrés le répètent : le pic de l'épidémie est encore à venir. « Même si c'est extrêmement compliqué aujourd'hui d'avoir une idée de l'ampleur réelle de l'épidémie et même des zones dans lesquelles le virus circule. » Les conflits armés et les déplacements massifs de population ajoutent à la difficulté. Le virus peut ressurgir n'importe où.

Confiné en France, le journaliste a rapporté des images et des témoignages. Son reportage ne prétend pas être une enquête exhaustive — c'est un constat de terrain. Mais ce constat est accablant : désorganisation, sous-financement, enterrements bâclés, données officielles en décalage avec la réalité.

La riposte s'améliore, disent les humanitaires. Mais elle reste en deçà de ce qu'exige une épidémie de cette ampleur. La 17e épidémie d'Ebola en RDC est aussi la plus importante jamais enregistrée dans le pays, selon Care France. Et, comme le résume l'ONU, « même si l'ampleur de l'épidémie est bien plus importante », les moyens disponibles diminuent.

Le dossier est loin d'être clos. Les familles de Mongualou continuent d'enterrer leurs morts sur des triporteurs, sans ambulance, sans agent. Le journaliste, lui, attend la fin de sa quarantaine. En regardant les listes de cas contacts qui ne sont jamais appelés.

Sources : Reportage vidéo du journaliste (source directe). Données contextuelles : OCHA, Care France, France Info, Nations Unies.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet