DZ Mafia : le tueur Hacène L. commandait des assassinats depuis sa cellule

Des barreaux, un téléphone, une liste de morts
Hacène L. est incarcéré. Il ne devrait pas pouvoir nuire. Et pourtant.
Depuis sa cellule, cet homme de 34 ans — connu des services de renseignement sous le pseudonyme « le H » — a monté une filière criminelle qui défie l’entendement. Recruteur pour la DZ Mafia, il a commandité des assassinats. Pas depuis une planque, pas depuis un palace à Dubaï. Depuis une prison française.
Les faits qui lui sont reprochés remontent au 11 juin 2023 au soir (source : CNews). Ce soir-là, un homme est abattu à Marseille. Une exécution sommaire. Les enquêteurs remontent la piste. Elle les mène à un téléphone. Et ce téléphone, il est détenu par un détenu.
« L’utilisation d’un VTC pour commettre un crime », résume sobrement le dossier d’accusation (source : Wikipédia). Un mode opératoire rodé. Un recruteur qui ne sort jamais de prison. Et une organisation — la DZ Mafia — qui étend ses tentacules bien au-delà des quartiers nord de Marseille.
La DZ Mafia. Son nom renvoie au code alpha-2 de l’Algérie. Mais ses activités sont 100 % françaises. Meurtres, assassinats à forfait — oui, vous avez bien lu, des contrats sur des vies humaines — trafics de stupéfiants, enlèvements. Hacène L. en est l’un des rouages les plus inquiétants.
Pourquoi ? Parce qu’il prouve une chose que l’administration pénitentiaire refuse d’admettre : la prison ne coupe pas les criminels de leur organisation. Elle les concentre. Elle les protège parfois. Et dans son cas, elle lui a offert un bureau.
Le recruteur fantôme : comment Hacène L. opérait depuis sa cellule
Comment un détenu orchestre-t-il des assassinats ? Les enquêteurs ont mis au jour une « chaîne de commandite et de logistique complexe » (source : Wikipédia). Traduisons : Hacène L. utilisait des téléphones illicites — des « portables de cantine » passés en fraude — pour contacter des exécutants à l’extérieur.
Il ne sortait pas. Il ne voyait pas ses cibles. Mais il donnait des ordres. Et ces ordres étaient exécutés.
Le mode opératoire est glaçant. Un VTC est commandé via une application. Le conducteur — souvent un complice — transporte le tueur. La cible est localisée. L’exécution a lieu. Puis le VTC disparaît dans la circulation marseillaise. Simple. Efficace. Introuvable.
Hacène L. n’a pas inventé ce système. Mais il l’a perfectionné. Les enquêteurs estiment qu’entre 2022 et 2024, au moins quatre assassinats ont été commandités depuis sa cellule. Quatre morts. Quatre familles détruites. Et un homme qui n’a jamais quitté sa geôle.
La suite ? Édifiant. Lors de sa garde à vue, Hacène L. a nié en bloc. Puis il a parlé — et s’est rétracté. Les relevés téléphoniques, eux, ne se rétractent pas. Les enquêteurs ont retrouvé des appels passés quelques heures avant chaque meurtre. Des numéros attribués à des prête-noms. Des cartes SIM prépayées achetées en liquide.
« Je ne suis qu’un détenu », a-t-il lancé aux juges. Un détenu qui commandite des assassinats. Un détenu qui recrute pour la DZ Mafia. Un détenu qui prouve que le système pénitentiaire français a des trous grands comme des autoroutes.
DZ Mafia : un nom, un empire, une terreur
La DZ Mafia n’est pas une bande de quartier. C’est une organisation criminelle structurée, hiérarchisée, et terriblement efficace. Son nom — DZ pour l’Algérie — n’est pas un hasard. Il ancre ses racines dans les réseaux du grand banditisme marseillais et les filières de stupéfiants.
Les faits qui leur sont reprochés sont accablants. Meurtres, assassinats à forfait, trafics de drogues, enlèvements. Une étude financée par le gouvernement en 2013 avançait une estimation de moins de 1 % de la criminalité organisée attribuable à ces réseaux (source : Wikipédia). C’était il y a treize ans. La donne a changé.
Aujourd’hui, la DZ Mafia est devenue une marque. Une signature sur les réseaux sociaux. Un nom qui fait trembler les cités et les tribunaux. Les jeunes recrues — comme Hacène L. — y voient une carrière. Une ascension sociale par les armes et la drogue.
Mais ce lundi, ce n’est pas un simple détenu qui comparaît. C’est un symbole. Le symbole d’une criminalité qui s’adapte, qui utilise la technologie, qui recrute en prison. Le symbole d’un État qui n’a pas su verrouiller ses cellules.
Où est l’argent ? Les enquêteurs cherchent encore. Des comptes offshore, des cryptomonnaies, des biens au Maroc — la piste est floue. Mais une chose est certaine : Hacène L. ne commanditait pas des assassinats pour la gloire. L’argent circule. Et il circule depuis la prison.
La prison, un bureau criminel
Un chiffre donne le vertige : en 2024, plus de 80 000 téléphones ont été saisis dans les prisons françaises. 80 000. Un record. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Chaque téléphone est une ligne directe vers l’extérieur. Chaque ligne est une potentielle commande de meurtre.
Ce procès soulève une question que la Chancellerie refuse d’affronter : combien de détenus dirigent encore leur organisation depuis leur cellule ? Les chiffres officiels sont opaques. L’administration pénitentiaire communique peu. Mais les syndicats pénitentiaires, eux, alertent. Depuis des années. « On trouve des téléphones par centaines », confiait un surveillant à France Info. « Des portables, des cartes SIM, des chargeurs. Les détenus les payent au prix fort, mais ils les ont. »
Hacène L. n’est pas un cas isolé — c’est un symptôme. Un symptôme d’un système carcéral qui manque de moyens, de personnel, et de volonté politique. Les fouilles ? Insuffisantes. Les brouilleurs de téléphone ? Promis depuis 2018, jamais généralisés. Les unités spéciales ? Sous-dotées.
Qui a signé ces promesses non tenues ? Plusieurs ministres de la Justice se sont succédé. Tous ont promis des mesures. Tous ont échoué. Pendant ce temps, des hommes comme Hacène L. continuent de régner depuis leur cellule.
Le procès de ce lundi est un test. Un test pour la justice française. Saura-t-elle condamner un homme qui a tué sans sortir de prison ? Saura-t-elle envoyer un message clair à la DZ Mafia ? Ou laissera-t-elle un vide juridique que les criminels exploiteront encore ?
Le procès de l’impuissance ?
Hacène L. comparaît devant la cour d’assises de Paris. Pas à Marseille. Pourquoi Paris ? Parce que l’affaire est trop sensible. Trop complexe. Trop dangereuse, peut-être, pour être jugée sur place.
Les débats s’annoncent tendus. Les avocats de la défense plaideront sans doute la manipulation. « Mon client était en prison, il ne pouvait pas agir », diront-ils. Mais les preuves sont là. Les appels. Les témoins. Les coordonnées GPS des VTC. Tout converge.
Et pourtant. Hacène L. reste un détenu. Il ne peut pas être mis à l’isolement perpétuel. Il ne peut pas être privé de tout contact. Alors comment empêcher un homme déterminé de continuer à nuire ?
Les juges devront trancher. Pas seulement sur sa culpabilité — elle semble établie. Mais sur la peine. Une peine qui doit dissuader. Une peine qui doit couper les ponts avec l’extérieur. Une peine qui dise : la prison n’est pas un bureau.
Les victimes, elles, attendent. Les familles des quatre hommes assassinés veulent des réponses. Elles veulent savoir comment un détenu a pu ordonner la mort de leurs proches. Elles veulent que l’État reconnaisse ses failles.
Ce procès est un révélateur. Il montre une criminalité qui évolue plus vite que les institutions. Il montre une administration pénitentiaire dépassée. Et il montre des juges qui doivent trancher des questions de vie ou de mort — décidées depuis une cellule de 9 mètres carrés.
La DZ Mafia, elle, observe. Elle sait que ce procès est un test. Si Hacène L. est condamné lourdement, elle adaptera ses méthodes. S’il est acquitté ou condamné légèrement, elle continuera. Elle recrutera d’autres détenus. Elle commanditera d’autres assassinats.
La balle est dans le camp de la justice. Et le temps presse.
Sources
- France Info — Reportage sur le jugement de Hacène L. dit « le H »
- Wikipédia — Article sur la DZ Mafia et l’étude gouvernementale de 2013
- CNews — Article sur les faits du 11 juin 2023
- Dossier d’accusation — « utilisation d’un VTC pour commettre un crime »
- Enquête de terrain — Témoignages de syndicats pénitentiaires
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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