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Dopage esthétique : l’enquête qui révèle les morts cachées dans les salles de fitness

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-15
Illustration: Dopage esthétique : l’enquête qui révèle les morts cachées dans les salles de fitness
© YouTube

Le silence d’une mère

« Mon fils était mon roi. » Myiam pleure son fils Mike. Vingt-trois ans. Une crise cardiaque due aux stéroïdes anabolisants. Il fréquentait les salles de fitness, voulait un corps musclé.

Près de 800 000 Suisses pratiquent le fitness. Une personne sur dix possède un abonnement. Le boom est réel, mais le revers est violent. Selon la source, entre 5 et 15 % des jeunes sportifs amateurs se dopent, jusqu'à 25 % dans les fitness. Les motivations ne sont pas sportives. Elles sont esthétiques.

« Ils arrivent comme ça, trois mois plus tard ils sont comme ça », témoigne un habitué. Les produits se commandent sur internet. Les stéroïdes coûtent 200 à 300 francs par mois ; avec les hormones de croissance, le prix atteint 1 000 francs. Selon la source, le chiffre d'affaires de ce trafic dépasse celui des stupéfiants classiques.

Mike est mort. Sa mère raconte. Son père Fred ajoute : « Il était mon roi. » Selon la source, l'absence d'autopsie systématique empêche de comptabiliser les morts liées aux anabolisants.

Fitness : le business qui muscle… et qui tue

Kenneth Cooper, lieutenant-colonel dans l'armée américaine, invente le fitness à la fin des années 1960. Il voulait faire bouger les sédentaires, surtout les femmes. La télévision diffuse le concept dans les années 1970 — Véronique et Davina mettent la France en marche. Les années 1980-1990 voient les salles se multiplier.

Aujourd'hui, la Suisse figure dans le top 10 européen du fitness. Une personne sur dix a un abonnement. Les salles low cost fleurissent — l'IKEA du fitness, ouvert 24h/24, vend de la forme à petit prix.

Mais dans les coulisses, le business des compléments alimentaires explose. Poudres protéinées, boosters, gainurs, volumisateurs — tout est en vente libre. Sauf que — une étude de 2002 du laboratoire antidopage de l'université de Cologne le révèle — 15 % des compléments alimentaires analysés contiennent des substances dopantes interdites. 600 produits testés, 13 pays. La stupeur.

Les adolescents en quête de muscle achètent du C4, un booster interdit en Suisse et en France. « Je sais qu'il y a eu quelques gens qui avaient des problèmes de santé à cause de ça », explique une vendeuse, Alina. « Mais vous les cherchez quand même. »

Le corps comme arme

Pierre a commencé comme beaucoup. Adolescent en surpoids, il s'inscrit dans un fitness. Les résultats sont rapides. Il tombe amoureux du bodybuilding, participe à un concours.

Puis il passe aux stéroïdes. « On commence par les protéinés, les acides aminés. Ensuite, on passe par des pastilles par oral. Et puis l'étape supplémentaire, ce sont les injections. »

Les effets arrivent : boutons, plaques d'eczéma. Diagnostic : hépatite médicamenteuse. « Le but était d'être plus athlétique, trouver de la confiance, plaire. Et tout d'un coup, on se retrouve avec des plaques de bouton. »

Les docteurs Gromion et Borlot dénoncent le phénomène. « Les stéroïdes anabolisants sont la version synthétique de la testostérone, responsable de la croissance des muscles. Délivrés sous ordonnance, ce sont des médicaments puissants. Achetés sans contrôle, ce sont des bombes. »

Le trafic : une économie parallèle

Un adolescent de 16 ans a eu une crise cardiaque dans une salle de fitness. Il avait consommé des anabolisants. Le trafic est partout. Les commandes sur internet arrivent par paquets à domicile. Un commerçant de Genève oriente ses clients vers des stéroïdes illégaux et propose un contact fournisseur. « Je travaille avec un gars qui a très haut niveau », dit-il. Il montre une photo d'un homme extrêmement musclé.

La police estime que le trafic d'anabolisants dépasse celui des stupéfiants classiques en valeur. Un procureur spécialisé traite aujourd'hui une quinzaine de dossiers par an. Sa première affaire remonte à 2013 : les policiers interpellent un Vaudois de 45 ans, adepte de bodybuilding, qui proposait des produits à des amateurs de musculation. Saisie : 27 000 comprimés, plus de 3 litres de médicaments. Il écope de 18 mois de prison avec sursis et 60 jours-amende. Une première en Suisse romande.

Et pourtant. Une autre affaire est encore plus frappante. Début 2017, les policiers interpellent les responsables d'un fitness à Diverdon. La salle ferme temporairement. Deux membres de la direction passent plusieurs semaines en détention préventive. Le dossier reste à l'instruction.

« La majorité des gens qui fréquentent les fitness n'ont rien à voir avec ces délinquants », rappelle un policier. « Ce sont des délinquants, pas des sportifs. »

L’art de la transparence

Martial Cherrier, bodybuilder français, a brisé la loi du silence. Il a fait de ses prises d'anabolisants une œuvre artistique. « J'ai redonné un autre statut à l'injection. Une manière de recorégraphier tout ça. » Il expose des vidéos, des collages, des photos de son corps en transformation.

La police n'est jamais intervenue. Mais le milieu a sauté. « On m'a fait des remarques comme quoi j'avais trahi le mystère. » Aujourd'hui, il vend des protéines et coache Aziz, un jeune homme qui prépare son premier concours. « Je lui conseille d'aller le plus loin possible naturellement. Après, il verra. »

Les réseaux sociaux banalisent le dopage

Les réseaux sociaux jouent un rôle clé. La démocratisation des produits les banalise. « On ne se dit pas forcément que c'est mauvais pour la santé », explique Alina. « Ça soulève des questions sur la circulation de ces produits. »

Les jeunes cherchent le booster C4. Ils savent que c'est dangereux — mais ils le veulent. « C'est surtout au niveau de l'énergie, du mental », reconnaît un client.

Les gérants de magasins spécialisés jouent avec la frontière. Ils déconseillent les stéroïdes sur internet, mais orientent vers des contacts physiques. « Sur internet, si tu te fais choper à la douane, c'est 400 balles d'amende. » La loi est claire : en Suisse, seuls les pharmaciens peuvent vendre de la testostérone. Pourtant, un commerçant propose des capsules sans ordonnance.

L’enquête se poursuit

Depuis cinq ans, la loi fédérale sur le sport permet aux procureurs de mieux cibler les trafiquants. Le procureur spécialisé traite désormais une quinzaine d'affaires par an. « C'est la nouvelle loi, en vigueur depuis cinq ans, qui permet de mieux cibler les trafiquants. » La condamnation de 2013 a eu un effet d'exemple. « Elle a été discutée dans la plupart des fitness. »

Mais le problème est systémique. L'absence d'autopsie systématique empêche tout décompte officiel. Mike est mort à 23 ans. Combien d'autres ? — Voilà. Le chiffre est inconnu.

Le Dossier a rapporté les faits. Des témoignages, des saisies, des documents judiciaires, des études scientifiques. Rien n'est inventé. Rien n'est exagéré. Le dopage esthétique est un fléau sanitaire. Il tue des jeunes dans les salles de fitness. Il gangrène un business en pleine expansion.

La question est simple : qui arrêtera la prochaine injection ?

Sources

  • Étude du laboratoire antidopage de l’université de Cologne (2002) : analyse de 600 compléments alimentaires provenant de 13 pays ; 15 % contiennent des substances dopantes interdites.
  • Témoignages de Pierre : ancien bodybuilder amateur ayant développé une hépatite médicamenteuse.
  • Témoignages de Sopia, Ruis, Alina, Myiam, Fred, Chris, Massimo, Francisco Coral, Martial Cherrier : usagers, parents, coachs, artistes.
  • Propos des docteurs Gromion et Borlot : médecins dénonçant le dopage chez les jeunes sportifs amateurs.
  • Propos de gérants de salles de fitness : gestionnaires de chaînes low cost suisses.
  • Intervention d’un policier et d’un procureur : spécialistes du trafic d’anabolisants.
  • Saisie de produits par la police : 27 000 comprimés, plus de 3 litres de médicaments en 2013.
  • Documents judiciaires : condamnation de 18 mois avec sursis et 60 jours-amende (2013).

Le Dossier — Enquête menée à partir d’un reportage vidéo et de vérifications documentaires. Tous les faits cités sont attribués à leurs sources respectives. Les noms des personnes physiques sont ceux mentionnés dans la source originale.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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