Trottinettes électriques : 91 km/h, 3 morts, un trafic — l'enquête

91 km/h sur deux roues — le témoignage de Paul
Ce matin-là, dans Paris, un jeune homme nous donne rendez-vous — il souhaite garder l'anonymat. Motif : il roule tous les jours sur un engin qui peut lui attirer de gros ennuis.
Paul possède l'un des modèles les plus puissants du marché vendus en France. Prix : environ 4 000 €. Deux moteurs — un à l'avant, un à l'arrière. Freins à disque, empreinte digitale pour démarrer. « Ça freine encore mieux qu'un scooter ou qu'un 125 », dit-il.
Vitesse maximale ? « Au maximum, j'ai pu prendre 91 km/h avec celle-là. En moyenne, elle est donnée pour 80-90 km/h. »
91 km/h sur une trottinette. La moindre erreur de conduite, et c'est le drame assuré. Sauf que Paul s'engage sur le périphérique parisien — formellement interdit pour un engin sans immatriculation. Il se retrouve au milieu de véhicules lancés à 70 km/h. Il coupe les files de voiture pour rejoindre la voie de gauche, la plus rapide. Quand un scooter lui fait comprendre qu'il gêne, il tente même de faire la course.
« Le T Max, il voulait me dépasser et il faisait "va va viens on sort à la prochaine" », raconte-t-il.
Ces quelques kilomètres sur le périphérique auraient pu lui coûter la vie. Il le reconnaît : « Les risques bien sûr qu'ils sont réels, on en est tous conscients. » Les nids-de-poule lui donnent des sueurs froides. « Tomber à ces vitesses-là peut être dramatique », admet-il.
Début août, un mort sur l'A86
Début août, sur l'A86 dans les Yvelines, un conducteur de trottinette puissante s'engage sur l'autoroute. Percuté par une moto, il meurt sur le coup. Le motard est grièvement blessé.
Pas un cas isolé. Sur internet, les vidéos pullulent. L'une montre un homme filmé à 85 km/h sur l'autoroute — sans casque.
Les statistiques sont impitoyables : 3 morts en un an. Des centaines de blessés. « J'ai vu la tête de l'enfant par terre et le père aussi. J'ai cru que je les avais tués », témoigne un conducteur.
La guerre du bitume — piétons contre trottinettes
1 million d'utilisateurs en France. Les trottinettes électriques envahissent les trottoirs, les pistes cyclables, les routes.
« Il faut que ça s'arrête dans ce quartier. Il faut que ça s'arrête », s'emporte un piéton. « Vous êtes un obstacle et l'obstacle, on lui passe dessus », rétorque un conducteur.
Car certains utilisateurs ne respectent rien : se garent en travers du passage, grillent les feux rouges, roulent sur les trottoirs. L'amende est de 135 €.
« C'est des gens qui vont super vite, qui font pas attention, ça devient n'importe quoi », dénonce une passante. « J'ai déjà failli renverser quelqu'un. Notre voisin, il a eu un petit chien qui a été explosé si je puis dire », ajoute un autre.
Dans les rues, des trottinettes sont détruites, rendues inutilisables, repeintes. À Marseille, elles finissent à l'eau. « Là, il y en a une comme ici. 100 mètres, on a ramassé 10 », montre un témoin.
Le trafic — 950 € en deux jours avec un tournevis
Avec quelques tournevis, on peut débloquer une trottinette en libre service qui en vaut 699 dans le commerce. Des réseaux piratent les trottinettes en libre-service pour les revendre à des particuliers. « Mon but à moi, c'est de les débloquer pour qu'après ils puissent les utiliser comme ils veulent sans qu'on puisse les retrouver dans la rue », explique un pirate présumé. La recette : « En 2 jours, il y a à peu près 950 €. »
Sabine et Salma — le rêve, le cauchemar des autres
Sabine, à Argenteuil, conduit ses deux enfants à l'école en voiture. Une fois les enfants déposés, elle sort de son coffre son arme secrète : une trottinette électrique. « C'est à partir de cette rue-là où je maîtrise plus mon temps. »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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