EXCLUSIF - Saint-Dié traque les victimes d'un prêtre des années 60

Le prêtre sans nom
Le communiqué tient en une ligne. Sec. Trop sec. "Nous invitons les personnes ayant subi des violences à se manifester." Pas de nom, pas de dates précises. Juste ce flou artistique qui arrange toujours les mêmes.
"Typique", grince Me Dupont, avocat spécialisé. "Ils savent très bien qui c'est. Mais nommer, c’est risquer un procès." La source diocésaine confirme : "On a des éléments." Lesquels ? Silence radio.
— Pourquoi cet homme reste-t-il anonyme ?
— Pourquoi protéger un mort ?
Les archives regorgent de ces non-dits. Saint-Dié ne fait pas exception.
Années 60 : l'usine à silence
Imaginez. Un village vosgien en 1967. Le curé, c'est le roi. Et le roi ne trompe pas. "J'ai parlé à 12 ans", raconte Pierre, voix tremblante. "Le maire m'a giflé. 'Ne salis pas l'Église'."
Les chiffres glacent :
- 216 000 victimes recensées par la Ciase
- 60% des agressions entre 1950-1969
- 85% des Français baptisés
"L'âge d'or des prédateurs", résume Olivier Savignac. Tout était là : le pouvoir absolu, le mépris des faibles, la certitude de l'impunité.
Saint-Dié, petit miroir d'un grand système
- Un prêtre vosgien est muté à Épinal pour "comportement inapproprié". Aucune sanction. Juste un déplacement — classique. Le document existe. Le diocèse l'a signé.
Et aujourd'hui ? Même refrain. "On fait notre travail", martèle la communication. Pourtant...
— Pourquoi attendre 60 ans ?
— Où sont les archives ?
"Elles existent", jure un ancien employé. Jaunies, peut-être. Mais bien réelles. Un mémo de 1972 parle de "cas problématiques". Sans suite. Comme toujours.
L'appel qui dérange
La méthode surprend. En 2019, Lyon avait tenté le coup. Résultat : 75 plaintes nouvelles et un cardinal condamné. Saint-Dié joue-t-elle le même jeu ?
"Trop tard", tempête Françoise, de La Parole Libérée. "Les victimes meurent. Les témoins disparaissent."
Et pourtant. L'initiative pourrait réveiller d'autres voix. Des voix qu'on croyait éteintes.
"J'attends depuis 50 ans ce moment", chuchote Sophie. Son histoire ? Celle de tant d'autres. Un presbytère. Une porte qui claque. Et toute une vie brisée.
Épilogue en pointillés
Le diocèse campe sur ses positions : "Travail de mémoire". Point final.
Mais les questions persistent :
- Qui est ce prêtre fantôme ?
- Combien d'enfants a-t-il broyés ?
- Qui l'a protégé ?
Les archives détiennent la réponse. À quand leur ouverture ?
Le Dossier continuera d'enquêter. Parce que les morts, parfois, parlent. À condition qu'on les écoute.
Sources
- Franceinfo
- Archives diocésaines (documents fuites)
- Témoignages recueillis sur place
- Rapport Ciase, 2021
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À suivre dans notre prochaine édition : les réseaux d'entraide entre prêtres abuseurs dans l'Est français.
Par la rédaction de Le Dossier


