Déserts africains : tourisme, pauvreté et menace terroriste

Le luxe au pied des dunes
Sylvie et Jean-Marc en rêvaient depuis quinze ans. Le sable rouge de Sossusvlei, en Namibie. « Ça nous rend humble », confie Sylvie. Le plus vieux désert du monde : quarante mille siècles d'histoire. Une nature grandiose où la présence humaine semble une anomalie.
Eux sont notaire et secrétaire de direction. Pour 24 000 €, ils ont eu droit à un buffet grand luxe au milieu des dunes. Salami d'oryx, zèbre fumé. Une piscine, un lit sur le toit-terrasse pour dormir sous les étoiles. « Magnifique », disent-ils.
La Namibie a fait le choix d'un tourisme haut de gamme.
À l'autre bout du spectre, Andrea Fogel. Lui a déjà marché seul 2 000 km dans le Sahara. Pour le plaisir. « À pied, on est à la bonne vitesse », dit-il. Dix jours dans le désert tchadien, le strict minimum : de l'eau, des tentes, un peu de riz. Pas de douche pendant près de deux semaines. Nathalie, professeure de gymnastique et néophyte du groupe, témoigne : « C'est difficile mais très agréable. Une cure de jouvence. »
Moins de 100 touristes par an parviennent jusqu'aux peintures rupestres de l'Ennedi, au Tchad. Un trésor archéologique visible à même la roche. « Ça donne l'impression d'être privilégié », souffle un voyageur. « C'est énorme. »
Mais ces déserts sont des milieux fragiles. Et le tourisme de masse les transforme.
Merzouga : le parc d'attractions
À Merzouga, au sud du Maroc, les dunes sont un business en or. Aujourd'hui, il y a 77 hôtels. Damien vient du nord de la France pour s'adonner à sa passion : le buggy. « On a l'impression qu'on vole », dit-il. « On est des oiseaux du désert. »
Les traces de leur passage sont bien visibles. Mathias Basano travaille pour une ONG espagnole. Depuis trois ans, il observe la dégradation. Des décharges sauvages où les ordures attendent des semaines avant d'être brûlées. Des eaux usées des hôtels qui s'infiltrent dans la nappe phréatique. « C'est très sale, dit-il. Cette eau va dans la nappe. Les familles vont boire ça. »
Un touriste consomme en moyenne trois fois plus d'eau qu'un Marocain. Les hôtels ont fait creuser une centaine de puits pour contourner le réseau public. Ils confisquent l'eau nécessaire à l'agriculture. « Ce n'est pas seulement un problème économique, insiste Mathias Basano, c'est un problème culturel. Des communautés se sont construites autour d'un développement agropastoral. Maintenant, ils n'ont plus ça. »
Ali dirige une association de défense des nomades. Il est parti en guerre contre le défilé permanent des voitures et des motos. « Il y a aucune connaissance du terrain, ni de l'impact sur les gens, ni respect de l'environnement », dénonce-t-il. Omar, berger nomade, ne comprend pas : « Ils passent à toute vitesse. On leur demande ce qu'ils font, ils répondent même pas. »
Voilà où ça se complique. Le tourisme cause des dégâts. Mais son départ peut être pire.
Le 24 décembre 2007 : le jour où tout s'est arrêté
Ce jour-là, en Mauritanie, quatre touristes français meurent sous les balles des terroristes d'AKMI — Al-Qaïda au Maghreb islamique. Dans les mois qui suivent, plusieurs Occidentaux sont pris en otage. Les Français deviennent une cible prioritaire.
La France réagit. Les tours opérateurs quittent le pays. Ils n'y sont pas revenus depuis quatre ans.
À Chinguetti, ancien fleuron du tourisme mauritanien, Vincent Fonviel visite un hôtel où son agence envoyait plusieurs centaines de touristes par an. Les lieux sont à l'abandon. « Il y a plus personne », constate-t-il. Soixante personnes vivaient grâce à cet hôtel, sans compter leurs familles. Une quarantaine d'hôtels et restaurants affichent porte close. Ville fantôme.
Gérard Guerrier, tour opérateur, affirme que le risque terroriste serait sous contrôle. Mais la loi française l'en empêche. La carte du ministère des Affaires étrangères classe Chinguetti en zone rouge. « Si vous envoyez des clients en zone rouge et qu'il leur arrive un pépin, vous payez tout ce que l'État engage pour les récupérer, explique-t-il. Je coule ma boîte si je fais ça. »
Depuis l'arrêt du tourisme, la famine se répand. Vingt mille personnes seraient menacées. Sur le bord de la route, un chameau est vendu à la boucherie. Il y a quelques mois, il transportait des touristes. Les chameliers n'ont plus le choix.
« Des enfants qui en meurent »
Jeune Jef Courbois était guide touristique en Mauritanie. Aujourd'hui, elle consacre sa vie à la protection des enfants. Plus de 600 enfants survivent grâce à elle. « L'arrêt du tourisme, c'est une catastrophe », dit-elle.
Un enfant sur dix souffre de malnutrition aiguë. Pour certains, cette bouillie sera le seul aliment de la journée.
C'est parmi ces populations affamées qu'AKMI recrute ses futurs combattants. Un cercle vicieux. La pauvreté nourrit le terrorisme. Le terrorisme tue le tourisme. L'absence de tourisme aggrave la pauvreté.
Le pari fou de Maurice Freund
Mais certains refusent de s'avouer vaincus. Maurice Freund est une figure du tourisme saharien. Le premier à avoir amené des touristes dans des régions réputées difficiles du Mali, du Niger, de la Mauritanie.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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