Pourquoi la conférence de Régis Leomier a-t-elle été annulée à Béziers ?

Le récit des organisateurs
Environ un mois et demi avant l'entretien, une association d'anciens combattants de Béziers propose à Régis Leomier une conférence. L'association — une structure ombrelle regroupant plusieurs autres — veut organiser un événement sur la situation des chrétiens d'Orient. Leomier connaît bien le sujet. Il revient du Liban Sud, il a filmé la détresse des villages chrétiens sous les frappes.
Au départ, ils contactent la mairie. « Il y avait une ouverture avec la mairie qui s'est assez rapidement fermée, d'après ce que j'ai compris », raconte Leomier. Les organisateurs se rabattent alors sur l'IUT de Béziers. Ils réservent une salle. Ils fixent la date : le 21 du mois.
Leomier insiste sur un point : les organisateurs ont bien pris contact avec les autorités de l'IUT. « Contrairement à ce que raconte le directeur, qui dit avoir découvert ça sur une affiche et ne pas avoir été tenu au courant », précise-t-il. Selon lui, la réservation était en règle. Pas de squat. Pas de coup en douce.
Deux jours avant la conférence, le directeur Jérôme Azé annule tout. Son prétexte : il n'aurait pas été informé. Leomier conteste formellement cette version. « C'est ce côté très lâche du comportement de ce personnage », dit-il.
Une annulation aux airs de censure
Leomier ne cache pas sa colère. Il parle d'« opération de destruction, de censure absolue ». Ce qui le frappe, c'est la méthode. « Sans contact préalable », dit-il. Le directeur n'a pas appelé les organisateurs. Il n'a pas appelé Leomier non plus. Il a simplement annulé.
Pourquoi ? Leomier avance une piste. « Ce qui ne lui plaisait pas, c'est mon positionnement politique », affirme-t-il, rapportant des propos tenus par le directeur. Mais lui-même se défend de toute appartenance politique. « Je n'adhère pas à un parti. Je ne suis pas militant. Je n'ai jamais présenté à une élection. » Son travail, dit-il, c'est du journalisme. Pas du militantisme.
La conférence devait porter sur la guerre au Liban. Un documentaire devait être projeté. Les anciens combattants — certains ayant servi dans la Finul — voulaient échanger avec lui sur le terrain. « Ça promettait d'être un événement », soupire Leomier. Il est triste pour les Libanais. Triste aussi pour les vétérans.
Le rôle des médias locaux
Leomier apprend l'annulation en lisant un article du Midi Libre. L'article le désigne comme « journaliste controversé ». Pas de guillemets. Pas de nuance. L'adjectif est là, en pleine page. « Controversé de quoi ? Pourquoi ? On ne sait pas très bien », s'indigne-t-il.
Selon lui, l'article reprend des propos de Libération — un journal qu'il attaque en justice pour diffamation. La procédure est en cours. « Les propos sont repris dans le Midi Libre », dit-il. Il pourrait attaquer à nouveau. Le plus choquant : l'article cite le directeur de l'IUT. Mais personne n'a contacté Leomier. « Le journaliste qui écrit l'article n'a pas cherché à avoir ma version », déplore-t-il.
Une pratique qui, selon lui, viole le « B.A.-BA de toute activité journalistique ». « On décide, on appuie la décision unilatérale d'un directeur d'IUT d'un établissement public, payé avec l'argent de vos impôts », lance-t-il.
Robert Ménard, le silence d'un défenseur de la liberté d'expression
« Nous sommes à Béziers, terre de liberté d'expression », ironise Leomier. Robert Ménard, maire de la ville, est aussi le fondateur de Reporters sans frontières. Un homme qui a fait de la liberté d'expression son combat — du moins, en apparence.
Leomier s'est procuré son numéro. Il lui a envoyé un SMS. « J'ai vu qu'il l'avait lu », dit-il. Le message était clair : l'IUT a censuré sa conférence. Il demandait un entretien sur ce sujet « qui vous est immensément cher ». Résultat ? Aucune réponse. « Robert Ménard a lu le message », répète Leomier. Silence radio.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Leomier espère un retour. « Qu'on trouvera un arrangement », dit-il. Mais le silence du maire interroge. Lui qui a tant parlé de liberté d'expression. Lui qui défend « l'Occident chrétien » — comme son épouse à l'Assemblée nationale.
Un climat plus large
Ce qui s'est passé à Béziers n'est pas un cas isolé, selon Leomier. Il voit une « multiplication de cas de ce type d'annulation dans des établissements publics ». Il cite Fabrice Balanche, professeur à Lyon I, dont le cours a été perturbé par un groupe. « Il y a des atteintes caractérisées à la liberté d'expression », dit-il.
Il évoque aussi sa propre expérience. « Depuis Noël 2022, je n'ai plus jamais été invité sur aucun média de service public », affirme-t-il. Pourtant, il participait aux « Informés » de France Info avant. « Mon nom a dû apparaître sur une liste, un mur des cons quelque part », lance-t-il.
Les médias qu'il qualifie de « service public » — payés par les impôts — ne l'invitent plus. « Ça, c'est notre type de censure », dit-il. Une censure qui ne dit pas son nom.
Omerta, le travail de reporter en zone de guerre
Derrière l'affaire de Béziers, il y a un homme. Un reporter de guerre. Régis Leomier a failli se faire tuer au Liban. Il raconte : « On tombe après une frappe israélienne. Les mecs sont hystériques. Ils nous prennent pour des Israéliens. Ils arment leurs Kalachnikov et ils nous les pointent dessus. »
Il a été arrêté à Cuba avec Jonathan Alpéri. Quatre heures en cellule. « Ça m'a affecté », dit-il. À Cuba comme au Liban, le danger est permanent. « Vous êtes dans des zones où vous contrôlez pas tout », explique-t-il.
Son média, Omerta, est né de cette expérience. 566 000 abonnés sur YouTube. Un documentaire sur le Liban vient de sortir. Un autre sur l'Iran est en préparation. « On va dans des endroits où les autres ne vont pas », dit-il. Parfois, parce que les autres ne veulent pas y aller.
Une liberté d'expression en danger ?
« Je suis opposé à vos idées, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer. » La citation de Voltaire — que Leomier attribue sans certitude — résume son combat. « Visiblement, le directeur de l'IUT de Béziers ne se battra pas jusqu'à la mort pour que des gens puissent exprimer leurs idées », dit-il.
L'affaire de Béziers est emblématique. Un établissement public annule une conférence. Un journal local relaie sans vérifier. Un maire, pourtant défenseur de la liberté d'expression, ne répond pas. Leomier y voit un « mauvais vent de censure » qui souffle sur la France.
Des livres récents, comme celui de Phasie en Allemagne, documentent cette dérive en Europe. « Il y a quelque chose qui pourrit au royaume de France et dans tout l'Ouest », affirme Leomier.
La version du directeur — absente
Le Dossier n'a pas joint Jérôme Azé, directeur de l'IUT de Béziers. Sa version des faits n'est connue qu'à travers l'article du Midi Libre et les propos de Leomier. Il aurait prétexté ne pas avoir été informé. Il aurait évoqué le « positionnement politique » du journaliste.
Leomier conteste ces prétextes. Les organisateurs, selon lui, avaient réservé la salle dans les règles. Une association d'anciens combattants — pas un groupuscule politique. Des hommes qui ont servi la France. Certains au Liban.
L'affaire de Béziers soulève une question simple : dans un établissement public, qui décide qu'une conférence est trop « controversée » pour avoir lieu ? Et sur quels critères ?
Pour le moment, le mystère demeure.
Une conférence qui aura lieu — vaille que vaille
« On va la faire cette conférence, vaille que vaille », promet Leomier. Il ne renonce pas. Les anciens combattants non plus. Le sujet — les chrétiens d'Orient — reste d'actualité. Le travail de reporter aussi.
Leomier invite ses soutiens à s'abonner à Omerta. 5 euros par mois. 2 euros pour les étudiants. Une manière de financer ce travail de terrain, là où les autres médias ne vont pas. « Si vous ne nous soutenez pas, on va crever », prévient-il.
Un appel à la résistance. Contre la censure. Contre le silence.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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