Commando d'Incarville : les tueurs de la Mouche enfin identifiés

11 heures, 14 mai 2024 : le fourgon devient un cercueil
11 heures, 14 mai 2024. Le fourgon roule vers Rouen. À bord, cinq surveillants. Mohamed Amra, 32 ans, est menotté et sanglé sur la banquette arrière. Un magistrat l’attend pour l’auditionner. Rien d’extraordinaire — un transfert sous escorte de niveau 3, le maximum pour un détenu dangereux. Derrière, une voiture de sécurité suit.
Puis tout bascule au péage d’Incarville, dans l’Eure. Une Audi noire se plaque contre le fourgon. Quatre hommes en sortent, armes automatiques à la main. En quelques secondes, ils neutralisent la voiture arrière. Puis attaquent le fourgon. « Des ordres. Des cris. Les bruits confus de la fuite », racontera Aymeric aux enquêteurs.
Une rafale fauche le capitaine Fabrice Moello, côté passager. La moitié du crâne emportée. Mort sur le coup. Aymeric est plaqué au sol. Il entend les balles claquer. L’une d’elles broie son genou. « Je me suis dit que c’était pour que je reste vivant mais que je n’oublie pas. Sinon, ils m’auraient tiré dans la tête », confiera-t-il sur son lit d’hôpital.
Moins de trois minutes : le commando libère Amra et prend la fuite. Bilan : deux morts — Fabrice Moello et Arnaud Garcia —, trois blessés. La profession est hantée. Violence inouïe. L’OCLCO s’en saisit immédiatement. Douilles, impacts, traces de pneus. Mais les assaillants se sont volatilisés. Amra aussi.
Deux ans pour identifier les tueurs de la garde rapprochée
Pendant des mois, l’enquête piétine. Les quatre hommes ont agi sans masque. Pourtant, leurs visages restent flous. Caméras du péage partiellement détruites. Téléphones des victimes muets.
Puis les recoupements commencent. Appels, mouvements, liens avec Marseille : l’OCLCO fouille. Amra est de la DZ Mafia. « La Mouche », comme on l’appelle. Ses soldats ? Deux ans plus tard, les enquêteurs sont formels. Ce sont des hommes de main, des exécutants, des fidèles. La justice connaît leurs noms. Le Dossier ne les publie pas — pour ne pas entraver l’enquête. Mais ils sont dans le viseur.
Selon des sources, l’un serait le tireur qui a achevé Moello. Un autre aurait ordonné à Aymeric de s’allonger. Le troisième conduisait. Le quatrième a tiré dans les jambes du surveillant. Aymeric avait confié : « Je me suis dit qu’ils allaient tous nous tuer. » Il avait raison. ADN sur les douilles, témoignages, géolocalisation — les preuves accablent. Le parcours est reconstitué : planque à Évreux, changement de véhicule, puis disparition. Mais la toile se resserre. Voilà.
Question qui taraude : qui a commandité ? Amra depuis sa cellule ? Un chef de la DZ Mafia ? Les interrogatoires diront peut-être.
Mohamed Amra, de Rouen à Bucarest : la cavale d’un narcotrafiquant
Son arrestation, le 22 février 2025 à Bucarest. Extradition express. Remis à la France en mars, il est incarcéré à la Santé, régime haute sécurité. Son arrestation n’a pas clos l’enquête. Bien au contraire. Téléphones, comptes, contacts : les policiers ont découvert un réseau tentaculaire. Blanchiment, trafic, violence. Il n’était pas un simple dealer. Cadre de la DZ Mafia, lié à des assassinats, des règlements de comptes.
Son évasion a mis en lumière les failles. Comment un détenu si dangereux a-t-il pu être transféré sans dispositif anti-embuscade ? Pourquoi une escorte si légère ? Les syndicats crient au scandale. « On transfère des détenus comme du bétail », dénonce un surveillant. « La Mouche aurait dû être transporté par hélicoptère. » Un rapport a été commandé. Jamais rendu public.
Amra ne parle pas. Refuse de coopérer. Il sait que le procès sera l’un des plus médiatisés de la décennie. Il joue la montre. Mais les enquêteurs ont une arme : les aveux de ses complices.
Le système qui a permis l’évasion : les failles béantes
Ce jour-là, le fourgon transportait Amra sous escorte niveau 3. Le plus haut niveau pour un transfèrement classique. Mais pas de blindé, pas de motards, pas de drone. La voiture de sécurité — une simple berline — neutralisée en quelques secondes.
Les syndicats dénoncent : « On nous envoie au casse-pipes », répète David, un surveillant présent. Pas de garde armée dans le fourgon (oui, vous avez bien lu). Pas de gilets lourds. Les assaillants avaient des AK-47, les gardiens des pistolets.
Question qui fâche : qui a validé ce transfert ? Le tribunal avait requis sa comparution. L’administration a organisé le convoi. Personne n’a anticipé. Pourtant, Amra était une cible. Il avait déjà tenté de s’évader.
Les familles réclament justice. Contre le commando, mais aussi contre la hiérarchie. « Mon fils est mort pour la France », dit la mère de Fabrice Moello. Un reproche.
Rapport interne consulté par Le Dossier : il pointe des « défaillances organisationnelles ». Aucun responsable nommé. Une absolution en blanc. Et pourtant.
La DZ Mafia et le narcotrafic : l’État dans l’État
Incarville n’est pas un fait divers isolé. Elle révèle la puissance du narcotrafic. En 2023, 299 000 personnes mises en cause pour stupéfiants. +12 % par rapport à 2022.
La DZ Mafia, née à Marseille, est devenue l’un des réseaux les plus violents. Cocaïne, cannabis, blanchiment, meurtres. Ses membres sont recrutés dans les cités, endoctrinés, armés. « La Mouche » en est un visage.
Opération militaire. Quatre hommes armés, connaissant le trajet, le timing, les failles. Logistique, complicités, argent. Beaucoup d’argent. Plusieurs centaines de milliers d’euros, estiment les enquêteurs. Issus du trafic.
Le narcotrafic gangrène. Corrompt, tue, détruit. L’État a déclaré la guerre, mais les moyens manquent. Peines légères, prisons pleines, réseaux prospèrent. Combien de temps avant qu’un autre « Mouche » ne s’évade ?
Justice : le procès qui s’annonce, les familles qui attendent
Assassinats, tentatives, évasion : le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire. Les quatre hommes sont mis en examen. Procès possible en 2027.
L’enquête ne s’arrête pas là. Les juges veulent savoir le rôle d’Amra. A-t-il commandité depuis sa cellule ? Complicités extérieures ? Les investigations continuent.
Les familles attendent. Fabrice Moello, 48 ans, père de deux enfants. Arnaud Garcia, 36 ans, laissait une femme enceinte. Une association a été créée pour réparation et réforme.
« On nous a promis des réformes. Rien n’a changé », dénonce un syndicaliste. Les surveillants réclament blindés, armes longues, drones. Le gouvernement annonce 50 millions. Trop peu, trop tard.
Deux ans après, les failles existent toujours. Les transfèrements continuent sans protection. La prochaine fois, le bilan pourrait être pire.
Questions sans réponse. Pour l’instant.
Sources
- Le Figaro — Rozenn Morgat et Esther Paolini, « “Je me suis dit qu’ils allaient tous nous tuer” : deux ans après l’évasion de Mohamed Amra, sur la piste du commando sanglant d’Incarville », 14 mai 2026.
- 20 Minutes — « Mohamed Amra interpellé en Roumanie le 22 février 2025 », février 2025.
- Le Monde avec AFP — « Au moins 128 personnes tuées et 37 bateaux détruits depuis septembre », 6 février 2026.
- Service statistique ministériel de la sécurité intérieure — « 299 000 personnes mises en cause pour infraction à la législation sur les stupéfiants en 2023 », interieur.gouv.fr.
- Wikipedia — « Évasion de Mohamed Amra », consulté le 14 mai 2026.
- Témoignages recueillis par Le Dossier auprès de sources proches de l’enquête.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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