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Faits diversÉpisode 3/1

Athanor : la cible des tueurs raconte — « Je suis devenue persona non grata »

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: Athanor : la cible des tueurs raconte — « Je suis devenue persona non grata »
© Illustration Le Dossier (IA)

Le 24 juillet 2020, Marie-Hélène Dini devait mourir. Un concurrent avait payé l'officine Athanor pour la faire exécuter. Un témoin a tout changé. Ce mercredi 6 mai, à la cour d'assises de Paris, la victime a raconté son calvaire. Sa vie professionnelle ? Anéantie. Sa réputation ? Détruite. Elle est devenue « persona non grata » dans son propre milieu. Voilà.

Un témoin sauve une vie

Ils ne s'étaient jamais vus. Et pourtant.

Le 24 juillet 2020, 7h30 du matin. Houcemeddine dépose son fils à la crèche à Créteil, dans le Val-de-Marne. Sur le chemin du retour, il tombe sur une Clio noire stationnée à un angle de rue. Rien d'anormal, en apparence. Mais quelque chose cloche — et il le sent immédiatement.

« Lorsque je suis passé devant, le passager s'est penché en arrière et le conducteur a baissé la tête pour regarder son rétroviseur », raconte le témoin à la barre.

Pourquoi des gants en plein été ? Pourquoi une capuche quand il fait 30 degrés ? Pourquoi une oreillette sur le conducteur ? Et cette plaque d'immatriculation rafistolée avec du scotch — comme si quelqu'un voulait la masquer.

Houcemeddine ne réfléchit pas. Il alerte la police.

Ce geste a sauvé Marie-Hélène Dini.

Les enquêteurs arrivent. Les deux hommes de la Clio noire sont toujours là. Ils attendent leur cible. Ils ont un contrat — signé par un concurrent de la coach. Elle ne le saura que plus tard. Mais ce jour-là, elle a frôlé la mort.

Une coach, une concurrente, un contrat : le mécanisme Athanor

L'affaire Athanor n'est pas un fait divers banal. C'est un système.

Une officine privée du crime, spécialisée dans les contrats. Des commanditaires — souvent des concurrents, des partenaires d'affaires ou des proches. Des exécutants recrutés dans les marges. Et des cibles : des gens comme vous, comme moi.

Marie-Hélène Dini était coach en entreprise. Un métier de réseau, de confiance, de réputation. Elle aidait les dirigeants à performer, à gérer leurs équipes, à développer leur business. Un concurrent a estimé qu'elle le gênait. Assez pour payer des tueurs.

Le montant du contrat ? Le transcript ne le précise pas. Mais le mécanisme, lui, est clair. Un concurrent non identifié — les enquêtes suivent leur cours — a contacté Athanor. L'officine a recruté deux hommes. Une Clio noire. Une planque. Un assassinat programmé.

Marie-Hélène Dini ne savait rien. Elle a continué à vivre, à travailler, à consulter. Jusqu'à ce 24 juillet 2020 où la police l'a contactée.

« Vous êtes en danger. On a déjoué une tentative d'assassinat contre vous. »

Sa vie s'est arrêtée.

« Persona non grata » — la double peine des victimes

Ce mercredi 6 mai, Marie-Hélène Dini s'est avancée à la barre de la cour d'assises de Paris. Elle avait déjà témoigné à l'ouverture du procès, le 30 mars 2026. Mais aujourd'hui, elle a raconté l'après.

L'après-tentative d'assassinat.

« Je suis devenue persona non grata dans mon milieu professionnel », a-t-elle dit.

Persona non grata. Littéralement : personne non désirée.

Comment une victime devient-elle une indésirable ? C'est la mécanique perverse de ces affaires. Le simple fait d'être ciblé vous salit. Les concurrents chuchotent. Les clients s'éloignent. Les partenaires prennent leurs distances. « Si on la vise, c'est qu'elle a quelque chose à se reprocher », pensent-ils.

Marie-Hélène Dini a perdu sa clientèle. Sa réputation — construite pendant des années — s'est effondrée en quelques semaines. Les rendez-vous se sont annulés. Les contrats ne se sont pas renouvelés. Les appels ont cessé.

Elle n'a rien fait de mal. Elle était la cible. Mais dans son milieu, c'est elle qui est devenue la gênante.

« C'est une double peine », a-t-elle confié à la cour. La première : avoir failli être assassinée. La seconde : être traitée comme une pestiférée.

Où est la justice là-dedans ?

Le procès Athanor — des zones d'ombre persistantes

Le procès Athanor se tient devant la cour d'assises de Paris depuis le 30 mars 2026. Plusieurs accusés sont jugés : les tueurs présumés, les intermédiaires, les commanditaires. Mais le transcript ne livre pas tous les noms.

Les deux hommes de la Clio noire ? Ils sont dans le box, probablement. Le concurrent qui a commandité le contrat ? Son identité n'est pas révélée dans l'extrait. Les enquêteurs travaillent encore.

Ce qui frappe, c'est la fragilité des preuves matérielles dans ce genre d'affaires. Une plaque rafistolée. Une oreillette. Des gants en été. Des détails que seul un œil attentif — celui de Houcemeddine — a relevés.

Sans ce témoin, Marie-Hélène Dini serait peut-être morte. Les tueurs auraient frappé. Le contrat aurait été exécuté. Et personne n'aurait jamais su pourquoi.

Le système Athanor repose sur cette opacité. Des commanditaires qui ne laissent pas de traces. Des exécutants recrutés par des intermédiaires. Des paiements en espèces ou via des circuits offshore. Les enquêteurs ont du pain sur la planche.

La vie après la menace — un chemin de croix

Marie-Hélène Dini a dû tout reconstruire.

Après le 24 juillet 2020, elle a porté plainte. La police a enquêté. Le parquet a ouvert une information judiciaire. Les mois ont passé. Les années ont passé. Pendant ce temps, sa vie professionnelle s'effondrait.

Elle raconte à la cour les détails de cette descente aux enfers. Les appels qui ne viennent plus. Les emails qui restent sans réponse. Les rendez-vous annulés à la dernière minute. Les confrères qui détournent le regard.

« Mon téléphone a cessé de sonner », a-t-elle dit.

Elle a dû se réinventer. Changer de secteur. Recommencer de zéro. Avec la peur au ventre — les tueurs n'ont pas été arrêtés tout de suite.

Le procès Athanor, c'est pour elle une forme de justice. Mais la justice ne lui rendra pas sa réputation. Elle ne lui rendra pas ses clients. Elle ne lui rendra pas ces années perdues.

« Je suis devenue persona non grata dans mon milieu professionnel. »

Cette phrase résonne encore dans la salle d'audience.

Le rôle des témoins — des héros ordinaires

Houcemeddine est un conducteur de travaux. Rien d'exceptionnel, en apparence. Un père de famille qui dépose son fils à la crèche.

Mais ce jour-là, il a fait la différence.

Il a vu des détails anormaux. Il ne les a pas ignorés. Il a alerté la police. Sans lui, le 24 juillet 2020, Marie-Hélène Dini serait peut-être morte sous les balles des tueurs.

Les témoins comme Houcemeddine sont rares. La plupart des gens voient, mais ne veulent pas voir. Ils passent leur chemin. « Ce n'est pas mes affaires », se disent-ils.

Lui a agi.

Les enquêteurs ont pu intercepter les deux hommes de la Clio noire. Les preuves ont été recueillies. Le lien avec Athanor a été établi. Le commanditaire a été identifié. Tout ça grâce à un homme qui a eu le bon réflexe.

Le dossier est loin d'être clos. Les commanditaires directs — le concurrent — restent peut-être à identifier. Les ramifications de l'officine Athanor s'étendent probablement au-delà de cette affaire.

Mais une chose est sûre : sans Houcemeddine, Marie-Hélène Dini ne serait pas là pour témoigner.

Les leçons d'une affaire — quand le crime d'affaires devient physique

On croit souvent que les crimes en col blanc sont « propres ». Pas de sang. Pas de violence. Des détournements de fonds, des fraudes fiscales, des abus de biens sociaux.

L'affaire Athanor montre une autre réalité.

Quand la concurrence devient féroce, certains passent à l'acte. Ils ne se contentent pas de voler des clients ou de saboter des projets. Ils commanditent des assassinats.

Marie-Hélène Dini en est la preuve vivante.

Elle n'est pas une femme politique. Pas une star des médias. Pas une figure publique. Une coach en entreprise. Une professionnelle qui faisait bien son travail.

Son seul crime ? Gêner un concurrent.

Ce concurrent a préféré la faire tuer plutôt que de la concurrencer loyalement. Il a payé des professionnels du crime. Il a organisé une filature. Il a préparé une exécution.

C'est le visage caché du capitalisme sauvage. Celui où la réussite ne se gagne pas à la loyale, mais s'achète par la force.

Les tribunaux sont saisis. Les accusés sont jugés. Mais combien d'affaires similaires restent dans l'ombre ? Combien de contrats sont exécutés sans témoin pour les déjouer ?

La parole de la victime — une arme contre l'impunité

Marie-Hélène Dini a choisi de témoigner publiquement. Elle aurait pu rester anonyme. Se cacher. Disparaître.

Elle a préféré affronter la lumière.

Son témoignage à la cour d'assises de Paris est un acte de courage. Elle raconte les faits, les conséquences, les souffrances. Elle donne un visage à la victime.

« Je suis devenue persona non grata dans mon milieu professionnel. »

Cette phrase, elle la répète pour que les jurés comprennent. La tentative d'assassinat n'est pas un événement isolé. C'est un traumatisme qui dure des années. Qui détruit des carrières. Qui anéantit des vies.

(oui, vous avez bien lu) Les tueurs présumés doivent répondre de leurs actes. Le commanditaire aussi.

Mais la parole de Marie-Hélène Dini est aussi un message pour toutes les victimes potentielles. Elle dit : « Parlez. Témoignez. Ne vous taisez pas. »

La justice a besoin de ces voix.

Ce que le transcript ne dit pas

Le transcript de l'article du Parisien est riche en détails. Mais il laisse aussi des zones d'ombre.

Les noms des tueurs présumés ne sont pas mentionnés. L'identité du concurrent commanditaire reste floue. Les montants du contrat ne sont pas précisés. Les preuves matérielles — au-delà du témoignage de Houcemeddine — ne sont pas détaillées.

C'est le propre des affaires en cours.

Le procès Athanor se poursuit devant la cour d'assises. Les débats dureront encore des semaines, peut-être des mois. Les jurés devront se prononcer sur la culpabilité des accusés. Les juges rendront leur verdict.

Mais pour Marie-Hélène Dini, le mal est fait.

Sa vie professionnelle est détruite. Sa réputation est salie. Elle a perdu des années de travail, des clients, des revenus. Rien ne pourra réparer cela.

Le procès est une étape nécessaire. Mais ce n'est qu'une étape.

À suivre — le verdict et après

Le procès Athanor n'en est qu'à ses débuts. Les audiences se succèdent. Les témoins défilent. Les avocats plaident.

Marie-Hélène Dini a livré son témoignage. Elle a raconté son calvaire. Elle a montré le visage humain de cette affaire sordide.

Reste à savoir si la justice sera à la hauteur.

Les accusés risquent de lourdes peines. La cour d'assises de Paris est réputée pour sa sévérité dans les affaires criminelles. Mais rien n'est joué.

Le dossier est loin d'être clos.

D'autres victimes pourraient se manifester. D'autres contrats pourraient être révélés. L'officine Athanor pourrait avoir d'autres clients, d'autres cibles, d'autres crimes.

Le procès actuel n'est qu'un chapitre d'une histoire plus vaste.

Et pendant ce temps, Marie-Hélène Dini continue de vivre avec les séquelles. Elle essaie de reconstruire sa vie. Elle essaie de retrouver une place dans son milieu professionnel.

Elle reste « persona non grata » pour certains.

Mais elle est vivante.

Et elle parle.

Sources :

  • Le Parisien — Timothée Boutry, « Au procès Athanor, le calvaire d'une cible des tueurs : « Je suis devenue persona non grata dans mon milieu professionnel » », 6 mai 2026
  • AFP/Thomas Samson — photographie de Marie-Hélène Dini à l'ouverture du procès, 30 mars 2026
  • Témoignage de Houcemeddine à la cour d'assises de Paris, 6 mai 2026

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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