Climlock : 1 million d'euros en 45 jours — et des clients laissés sur le carreau

Un business qui explose — la canicule fait grimper les compteurs
La France suffoque. Trois épisodes caniculaires depuis janvier 2026. Les températures frôlent les 40 °C. Les logements mal isolés deviennent des fournaises. Selon l'ADEM, 24 % des foyers français possédaient un climatiseur en 2025, contre 18 % deux ans plus tôt. Mais en pleine pénurie, difficile d'en acheter.
C'est là que Climlock entre en scène. Victor et Wesley, deux amis, lancent leur service de location en juin 2026. L'année précédente, ils avaient testé le concept avec 70 climatiseurs — 48 000 € sur tout l'été. Cette année, la demande explose. « On a eu des jours où on recevait 5 appels par minute, 1700 emails par jour », racontent-ils dans une vidéo. « Humainement, c'est ingérable. »
Ils passent de 2 à 40 personnes en un mois et demi. Leur entrepôt à Pantin, en région parisienne, stocke près de 2000 climatiseurs. « On doit être à 155 000 € de chiffre d'affaires par jour », affirment-ils. « 100 000 € de commande par jour. » Leur site vante des clients prestigieux : Hermès, Orange, l'ambassade du Brésil. La machine tourne à plein régime.
Mais les premières fissures apparaissent vite.
12,50 € par jour ? Le vrai prix est ailleurs
Le site de Climlock affiche un prix d'appel : 12,50 € par jour. Une aubaine en période de canicule. Sauf que ce tarif est un leurre. L'enquête a simulé une location de trois jours — la durée minimum. Dès la réservation, le prix passe à 14,35 € par jour. En refusant les suppléments — livraison, installation — le total atteint 159,90 €, soit 53,30 € par jour. Même pour un mois, le forfait grimpe à 25,62 € par jour. Loin des 12,50 € promis.
Olivier, un client parisien, témoigne. Il a loué une semaine pour 312 €, livraison incluse. « J'ai trouvé exactement le même modèle sur le site de Castorama à 349,90 €. J'ai loué une semaine un appareil au même prix que si je l'avais acheté. » Le modèle en question ? Un Trotech — une marque que l'enquête a retrouvée dans l'entrepôt de Climlock. Les fondateurs expliquent vouloir uniformiser leur stock et « faire une production sur mesure » à l'avenir.
« C'est complètement malhonnête », tranche Olivier. « Ils ont un discours de dire qu'ils sont là pour rendre service prioritairement à des gens qui en ont vraiment besoin. C'est paradoxal avec la marge phénoménale qu'ils doivent faire. »
Clients en colère, promesses non tenues
Les avis en ligne racontent la même histoire. « J'ai attendu toute la journée chez moi une climatisation qui n'arrivera jamais. Très déçu et en colère. » « Rapport qualité-prix totalement inadmissible. J'ai clairement le sentiment d'avoir perdu 441 € et d'avoir été arnaqué. » « Installation faite qu'à moitié, zéro retour malgré de très nombreuses relances, alors même que nous entrons dans les critères soi-disant prioritaires d'intervention — très jeune bébé. »
Climlock reconnaît des retards. « On a eu jusqu'à 15 % de retard certains jours. Quand on fait 500 livraisons par jour, c'est énorme », admettent Victor et Wesley. « On se fait quand même assez incendier. Ils ont raison ces gens-là. On leur a fait une promesse qu'on n'a pas tenue. »
Mais le problème ne s'arrête pas aux retards. Le service client est géré par une intelligence artificielle. Olivier, qui enseigne la programmation web à l'École polytechnique, a tenté de modifier son numéro de téléphone pour que sa femme puisse rendre l'appareil. Impossible sur le site. Il a envoyé des mails. Réponse : une IA. « J'ai eu quelque chose qu'ils appellent FIN. Il me disait d'aller sur le site web, mais il n'y avait pas la possibilité de faire ça. » Après plusieurs échanges, un humain a finalement pris le relais. « Leur site, c'est clairement une IA qui l'a généré. Il y a des fragilités : pas de moyen de voir son compte, modifier ses coordonnées. Mes élèves, c'est un truc que je leur apprends à faire de base. »
Un avis positif signé… la directrice des ventes
Sur Google Maps, Climlock affichait 4,3/5. Un avis positif disait : « Service client au top. » L'enquête a découvert que cette utilisatrice n'est autre que la directrice des ventes de Climlock. Les fondateurs n'ont pas commenté ce point précis.
« On profite de la crise écologique ? »
Interrogés sur les critiques, Victor et Wesley se défendent. « Je ne pense pas qu'on profite de la canicule. On répond à un besoin. » Ils justifient l'approvisionnement en climatiseurs par des grossistes en Estonie et en Espagne, via des transporteurs en 33 tonnes. « Il y a beaucoup plus de clims en Espagne qu'en France. » Quant à l'impact écologique, ils assurent privilégier les livraisons à vélo cargo, mais reconnaissent utiliser des camions climatisés lors des pics de chaleur pour protéger leurs livreurs. « On a livré une femme de 97 ans. Si je n'avais pas été là, je ne suis pas sûr qu'elle aurait passé la nuit. »
Un argument qui ne convainc pas Olivier. « Vendre la chose comme étant écologique dans la méthode de livraison si elle ne l'est pas, c'est malhonnête. »
Des ambitions européennes — et des clients laissés sur le carreau
Malgré les polémiques, Climlock continue de grandir. Les fondateurs annoncent une expansion à Bordeaux, Lille, bientôt Strasbourg, puis Amsterdam et d'autres capitales européennes. Objectif : uniformiser leur stock et produire leurs propres climatiseurs. « Les prochaines étapes, c'est une expansion beaucoup plus grosse à l'échelle européenne. »
Mais les clients, eux, restent sur leur faim. Olivier a fini par acheter un climatiseur plus performant pour 500 €. « J'ai quand même un produit qui n'a rien à voir. » Il a laissé un avis négatif — le premier de sa vie. « Climlock m'a permis de me rendre compte que la location avait du sens. Mais j'aurais préféré ne pas avoir l'impression d'être un pigeon. »
Victor et Wesley promettent de s'améliorer. « On mérite d'avoir un mauvais avis parce qu'on n'a pas tenu promesse. »
Sources : Enquête vidéo YouTube (k2g2T_BNeSQ), témoignage d'Olivier, avis Google Maps, site web de Climlock, Castorama, ADEM.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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