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Ceuta : 72 000 migrants en deux jours, le Maroc a-t-il laissé faire ?

Par la rédaction de Le Dossier · 6 AOÛT 2026
Illustration: Ceuta : 72 000 migrants en deux jours, le Maroc a-t-il laissé faire ?
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72 000 passages, 77 morts : le choc

Ceuta est une ville espagnole en Afrique. Une frontière terrestre entre l'Union européenne et le Maroc. Un territoire stratégique, que Rabat revendique, sous surveillance constante. Pourtant, les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes l'ont franchie.

Beaucoup ont tenté la traversée à la nage. D'autres ont escaladé les barrières. Selon les autorités espagnoles, 72 000 passages ont été enregistrés. Le bilan humain est lourd : au moins 77 morts, principalement par noyade. Un drame.

La grande majorité des migrants a rapidement regagné le Maroc. Madrid affirme que 70 000 personnes sur 72 000 sont retournées côté marocain. Mais des milliers sont restés, provisoirement.

Pourquoi un tel afflux ? Plusieurs facteurs se combinent. D'abord, les difficultés économiques. Le chômage des jeunes au Maroc atteint un taux considérable : un jeune sur trois est sans emploi, sans formation, sans horizon. Des rumeurs sur les réseaux sociaux annonçaient — parfois à tort — que la frontière était ouverte. Les réseaux de passeurs ont profité de la situation.

« Il y a par exemple une jeune footballeuse qui a évolué dans le club de Tétouan, et cette jeune a tenté sa chance et est décédée en traversant la frontière de Ceuta », rapporte la vidéo. Une question se pose : qu'est-ce qui pousse cette jeunesse à partir ?

Tensions diplomatiques : le Sahara occidental en toile de fond

Depuis plusieurs années, l'Espagne et le Maroc coopèrent étroitement pour contrôler leurs frontières. Alors, comment un tel mouvement a-t-il pu se produire ? Aucune preuve directe ne permet d'affirmer que les autorités marocaines ont volontairement laissé passer les migrants. Les deux gouvernements éviter d'ailleurs toute accusation directe.

Mains l'épisode rappelle la crise de 2021, lorsque plus de 10 000 jeunes Marocains étaint entrés à Ceuta sur fond de fortes tensions diplomatiques. Au cœur de ces tensions : le Sahara occidental. Cette ancienne colonie espagnole est aujourd'hui controlée en majeure partie par le Maroc, mais revendiquée par les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.

La récente visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Alger aurait, selon le chercheur Pierre Vermeren, ravivé la colère du Maroc. Pour lui, l'afflux à Ceuta pourrait être interprété comme un message d'avertissement adressé à l'Espagne sur la question du Sahara occidental.

Le Maroc a considérablement renforcé ses alliances ces dernières années. En 2020, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Depuis, Rabat s'est rapproché d'Israël, notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité. Des alliances importantes, alors que les relations entre les États-Unis, Israël et l'Espagne sont également tendues, notamment sur la question de la Palestine et du Sahara occidental.

Mais attention : rien ne permet d'établir un lien direct entre ces tensions et l'afflux de migrants. « Si le Maroc avait vraiment mal vécu la visite de Pedro Sánchez en Algérie, je pense qu'il l'aurait dit. Après, il n'y a aucune thèse à écarter. Il y a plein d'hypothèses, mais il faut pouvoir les prouver », tempère la vidéo.

Récupération politique : l'extrème droite espagnole s'empare de la crise

La crise a aussi servi d'argument politique en Espagne. Plusieurs mouvements ultranationalistes se sont rendus à Ceuta. Des manifestations anti-migrants ont été organisées, comme à Madrid. Au milieu de drapeaux aux symboles de la Phalange espagnole — un mouvement fasciste —, des membres du groupeuscule néonazi « Nucléonational » ont utilisé la crise pour dénoncer une invasion.

À l'échelle internationale, plusieurs gouvernements ont vivement critiqué la gestion des frontières par Pedro Sánchez et le rôle de l'Union européenne. Madrid dénonce en retour l'instrumentalisation politique d'un drame humain. Un sentiment partagé par la France, à l'issue d'une réunion des ministres européens de l'intérieur.

« Tous les États évidemment ont déploré qu'à la faveur de la circulation d'un certain nombre d'images, on ait eu un certain nombre d'ingérences informationnelles d'États étrangers qui ont utilisé ces images évidemment pour critiquer la politique de gestion migratoire de l'Union européenne et essayer de diviser les États membres entre eux », a déclaré un représentant français.

Que s'est-il vraiment passé ?

Selon Madrid, 70 000 des 72 000 migrants entrés illégalement sont retournés au Maroc.

La crise de Ceuta laisse de nombreuses questions ouvertes. Sur les raisons exactes de cet afflux massif. Sur les alliances stratégiques du Maroc. Mais surtout sur l'avenir de la coopération entre Rabat et Madrid.

Sources : Autorités espagnoles, Pierre Vermeren (chercheur), Ministres européens de l'intérieur, Madrid (gouvernement espagnol).

📰Source :youtube.com

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