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SociétéÉpisode 6/5

Glaise, 348 jours : la FIFA et sa famille espèrent une grâce présidentielle

Par la rédaction de Le Dossier · 2025-07-03
Illustration: Glaise, 348 jours : la FIFA et sa famille espèrent une grâce présidentielle
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348 jours de détention

Trois cent quarante-huit jours. Voilà ce que Christophe Glaise, journaliste français de 37 ans, a déjà passé dans une prison algérienne. Sa mère Sylvie et son beau-père Francis viennent de lui rendre visite à Alger. Le constat est sans appel : le moral tient, mais le temps s’allonge.

« Pour la première fois, il nous a dit que le temps paraissait long », raconte Sylvie Glaise sur le plateau de l’émission Quotidien. La routine carcérale est sa seule structure. Les détenus qui entrent, ceux qui sortent — et la lecture. « C’est très important pour lui », insiste-t-elle.

Elle lui a apporté trois livres : Jean-Paul de Moule — un anthropologue sur l’histoire de France —, La Montagne magique de Thomas Mann, et L’Idiot de Dostoïevski. Des choix mûris. La Montagne magique, parce que c’est « un enfermement dans un sanatorium », et qu’il « peut trouver des correspondances ».

Mais la censure reste opaque. « On a du mal à saisir, à comprendre, à décrypter le système de censure », admet la mère. Les gardiens ? « Le personnel pénitentiaire est très ouvert vis-à-vis de lui. » Il peut négocier des faveurs. Il a ainsi pu voir le coup d’envoi de la Coupe de France — un moment d’émotion pour la famille — et même le match PSG-Arsenal. « Il était ravi », confie Sylvie.

Son accès à la télévision se limite aux chaînes algériennes, notamment Bein Sport en arabe. Mais pas de règle fixe : « Ça se négocie avec les gardiens. » Est-il mieux traité que les autres détenus ? « Je pense qu’il est très bien traité », répond sa mère. Elle raconte une intoxication alimentaire récente. « Jamais j’aurais cru », lui a dit Christophe, surpris par les soins. Deux électrocardiogrammes, un bilan lipidique. « Faut qu’il sorte en bon état. »

La prison reste la prison. L’extérieur devient une abstraction. « Ça travaille le bonhomme », glisse Sylvie Glaise.

Le siège vide de la FIFA

La Coupe du monde de football a démarré hier. Dans la tribune de presse, un siège reste vide. Il porte le nom de Christophe Glaise, accrédité auprès de la FIFA. Le président de l’instance, Gianni Infantino, a pris la parole : « Il y a une chaise vide dans cette salle. Ce siège est pour un journaliste français. Christophe Glaise, qui est le seul journaliste sportif détenu dans le monde. »

Il a insisté : « Bien sûr, il a son accréditation et il a son siège ici. » Puis il a ajouté : « J’espère que dans un élan d’humanité, il obtiendra la grâce présidentielle et qu’il pourra peut-être même nous rejoindre ici pendant cette Coupe du monde. »

La famille a découvert cette déclaration avec « une immense surprise et un immense bonheur ». Sylvie Glaise le dit : « Sa place, c’est dans une tribune de presse avec des journalistes sportifs, pas en prison. » Un badge d’accréditation, fourni par la FIFA, est d’ailleurs visible.

La FIFA ne s’est pas arrêtée aux mots. Elle a invité la famille au match France-Sénégal, mardi prochain à New York. « C’est un grand honneur », reconnaît Sylvie. Mais l’amertume pointe : « On aimerait plutôt que Christophe soit à notre place. »

La rencontre avec le ministère algérien

Pour la première fois, la famille a été reçue par des officiels algériens de haut niveau. Lors de leur dernier séjour à Alger, ils ont rencontré le numéro 2 et le numéro 3 du ministère de la Justice. Une première. « Très important pour nous », dit Sylvie Glaise.

Le message des autorités était clair : le dossier judiciaire est clos. Christophe Glaise s’est d’ailleurs pourvu en cassation, puis a retiré son pourvoi. Il s’en remet désormais à la grâce présidentielle. « Seule la grâce du président Abdelmadjid Tebboune était là », rapportent les parents. Aucune voie légale ne subsiste.

Depuis, la famille vit dans l’attente. Les « journées particulières » se succèdent : fin du Ramadan, Aïd, visite du pape. « On commence à ne plus trop y croire », admet la mère. Pourtant, le 5 juillet est une fête patriotique en Algérie. « C’est le jour des grâces normalement. » Mais « zéro indice » ne leur est donné, ni de la France ni de l’Algérie.

Le 5 juillet pourrait être l’occasion. La famille y croit, sans certitude.

La conférence de presse des Bleus

Mardi prochain, la famille Glaise sera à New York. Invitée par la FIFA, elle assistera à la conférence de presse des Bleus avant le match France-Sénégal. Mais ce n’est pas tout : une question sera posée à Didier Deschamps, de la part de Christophe.

C’est Marc, journaliste sportif de Sofoot et ancien collègue, qui posera la question. Marc connaît bien Christophe. « À chaque fois que tu fais le décompte, j’ai un petit vertige », confie-t-il. Ils ont collaboré au premier numéro de Society, sur un portrait de Victoria Beckham. « Christophe, tu lui dis je veux l’histoire de Victoria Beckham, il va t’appeler 80 fois, 80 personnes. Le mec qui veut pas parler finira par parler. » Un journaliste tenace.

La question elle-même reste secrète. « On la réserve pour la fête surprise », sourit Sylvie. Mais elle sait qu’elle sera posée, et que Christophe la verra peut-être depuis sa prison algérienne, si les gardiens lui permettent d’allumer la télévision.

« On espère qu’il va voir cette image », dit-elle.

L’appel de la famille

Georgette, la grand‑mère de Christophe, a 102 ans. Elle a été hospitalisée. « Ce qu’elle veut, c’est qu’avant de mourir, elle puisse revoir son petit‑fils », confie Sylvie Glaise. La phrase est brutale.

La famille ne lâche rien. Elle multiplie les interventions médiatiques, les contacts politiques. « On s’adresse au président Tebboune très directement », dit la mère. Le sport, espère‑t‑elle, peut transcender les « chikayas politiques d’état à état ». « La Coupe du monde de football, comme élément planétaire, ça serait vraiment un moment magnifique. »

Le rêve ultime ? Être dans le stade, à côté de Christophe, le 19 juillet pour la finale. « C’est le président Tebboune qui détient la clé du rêve. »

Sources

  • Témoignages de Sylvie Glaise et Francis (mère et beau‑père de Christophe Glaise) recueillis lors de l’émission Quotidien (transcript).
  • Déclaration publique de Gianni Infantino, président de la FIFA, lors de l’ouverture de la Coupe du monde.
  • Propos rapportés par la famille concernant la rencontre avec le numéro 2 et le numéro 3 du ministère de la Justice algérien.
  • Témoignage de Marc (journaliste à Sofoot), ancien collègue de Christophe Glaise.

📰Source :youtube.com

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