LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 3/3

Christophe Gleizes : 7 ans de prison, 10 mois d'agonie – l’Algérie joue avec un journaliste français

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-09
Illustration: Christophe Gleizes : 7 ans de prison, 10 mois d'agonie – l’Algérie joue avec un journaliste français
© YouTube

Dix mois de prison, une vie suspendue

Christophe Gleizes, né le 2 février 1989 à Agen, est journaliste sportif. Il collabore avec le groupe Sopress. En mai 2024, il part en Algérie pour un reportage sur la Jeunesse Sportive de Kabylie — le grand club de foot de Tizi Ouzou. Il y mène des entretiens avec des personnalités liées au mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie. Alger classe ce mouvement comme terroriste (source : franceinfo.fr).

Le 28 mai 2024, il est arrêté. Placé d’abord sous contrôle judiciaire dans un hôtel, puis jugé en juin. Verdict : 7 ans de prison pour apologie du terrorisme et possession de publication nuisible à l’intérêt national (source : franceinfo.fr).

Sept ans. Pour des entretiens.

Retenez ce détail : pas de violence, pas d’appel au meurtre, pas de financement de groupes armés. Des mots. Des paroles de personnes que le régime algérien a classées comme ennemies.

La justice française ne bronche pas publiquement. L’Élysée dit suivre le dossier. Mais en coulisses, c’est la guerre froide diplomatique. Les relations entre Paris et Alger sont au plus bas depuis l’été 2024. L’affaire Gleizes en est le symptôme parfait — et pourtant, rien ne bouge.

Le changement de stratégie : retirer le pourvoi pour obtenir la grâce

En décembre 2024, la cour d’appel confirme la peine. Christophe Gleizes se pourvoit en cassation. C’est la voie normale. Mais la famille comprend vite que cette procédure bloque toute issue politique. Pourquoi ? Parce que tant qu’un recours est pendant, le président algérien Abdelmadjid Tebboune ne peut pas accorder une grâce.

Deux demandes de grâce présidentielle avaient déjà été déposées. Restées vaines (source : transcript France 24).

Alors, cette semaine, la famille prend une décision radicale. Christophe Gleizes se présente devant la cour suprême algérienne pour retirer son pourvoi en cassation.

« Nous avons pris une décision que Christophe puisse retirer son pourvoi en cassation », explique Francis Godard, son beau-père, dans l’interview à France 24. « C’est une preuve de confiance dans le président Tebboune. » (source : transcript)

Une preuve de confiance — ou un pari risqué.

Car rien ne garantit que la grâce soit accordée. La cour suprême doit d’abord valider le retrait. Ensuite, la décision revient au chef de l’État. Et Tebboune n’a rien promis.

« Il s’en remet totalement à la clémence du président Tebboune. C’est un acte très fort, symbolique », a déclaré la famille au Figaro (source : lefigaro.fr).

Ce geste intervient dans un « climat d’apaisement des relations entre la France et l’Algérie », selon les mots mêmes de la famille (source : lefigaro.fr).

Mais l’apaisement est fragile. Très fragile.

La diplomatie française : paroles, visites, silence

Le 21 avril 2026, Sylvie Godard, la mère de Christophe, et Francis Godard rendent visite à leur fils à la prison de Coléa. Vingt minutes de parloir. Derrière une vitre renforcée, avec un combiné bruyant. Vingt minutes pour savoir si leur fils tient le coup.

« Physiquement, il s’entretient. Mentalement, il est très fort », raconte Sylvie Godard (source : transcript).

Christophe lit. Beaucoup. La bibliothèque de Coléa est bien fournie. Sa famille lui apporte des livres — L’Idiot, La Montagne magique — pour qu’il « s’échappe un peu de cet univers carcéral » (source : transcript).

Mais les visites sont rares. Son frère Maxime est allé en mars. Le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, le voit régulièrement. Et pour la première fois depuis 10 mois, l’Algérie a accepté une visite consulaire. Le consul de France doit se rendre à Coléa dans les prochains jours.

« Ça nous a fait du bien au moral », confie Sylvie Godard (source : transcript).

Pourquoi ce changement ? Parce que la visite du ministre délégué aux armées, Laurent Nunes, en février 2026 a relancé le dialogue. L’Élysée a qualifié le sort de Christophe Gleizes de « prioritaire » dans le cadre de ce déplacement (source : transcript).

Prioritaire. Pas encore réglé.

Car la diplomatie, c’est aussi des non-dits. La famille a gardé le silence pendant des mois. « On voyait plein de signaux positifs », explique Francis Godard. « Ramadan, gestes de pardon, visite du président de la FIFA, visite du pape. Mais après toutes ces démarches, rien n’avance. » (source : transcript)

Alors ils ont repris la parole.

Le football, arme de libération ? Zidane et Mbappé absents

Christophe Gleizes est un passionné de foot. Depuis tout petit, il supporte le PSG. C’est un journaliste sportif, spécialiste du ballon rond. Et c’est par le football que la famille espère faire bouger les lignes.

Le 9 avril 2026, le président de la FIFA, Gianni Infantino, rencontre Abdelmadjid Tebboune à Alger. Officiellement, le football est au menu. Mais la famille sait que le cas Gleizes a été évoqué (source : transcript).

« On croit comprendre que Gianni Infantino prend fait et cause pour Christophe », affirme Francis Godard (source : transcript).

Infantino est proche de Donald Trump. Peut-il servir de messager ? La famille y croit. « Tout le monde a tout intérêt à ce que Christophe puisse revenir avant le 11 juin », ajoute-t-elle (source : transcript).

Le 11 juin, c’est le début de la Coupe du monde de football. L’Algérie, grande nation de foot, espère briller. Avoir un journaliste français en prison pendant le Mondial — l’image est désastreuse.

La famille veut internationaliser l’affaire. Via RSF, elle mobilise les journalistes sportifs du monde entier. Des médias allemands, anglais, brésiliens s’y intéressent déjà. « L’affaire de Christophe devient une affaire mondialisée », constate Francis Godard (source : transcript).

Mais les grandes stars, elles, se taisent.

« On a sollicité Zinedine Zidane, Kylian Mbappé, les dirigeants du PSG », raconte Sylvie Godard. « On n’a pas eu de réponse. On est un peu déçu. » (source : transcript)

Déçu. C’est un euphémisme.

En revanche, le RC Lens, le Paris Football Club, et les supporters ont répondu présents. « Le monde du football est quand même là », tempère la famille (source : transcript).

Mais le silence des icônes pèse lourd. Un tweet de Mbappé, une déclaration de Zidane, et le dossier prendrait une autre dimension. Pourquoi ne parlent-ils pas ? Le Dossier pose la question. Pas de réponse à ce jour.

Le rôle de RSF et la mobilisation politique : une affaire transpartisane

Sans Reporters sans frontières, « on n’existe pas », lâche Francis Godard (source : transcript).

RSF a été le premier soutien. L’organisation a fait le lien avec la diplomatie française, a relayé l’appel, a organisé des mobilisations. « Leur expérience est unique », ajoute le beau-père (source : transcript).

Côté politique, la famille a imposé une règle stricte : transpartisan.

« Dès le début, nous avons demandé au monde politique d’accepter notre approche transpartisane », explique Francis Godard. « Les élus ont montré une grande dignité. Ils ont respecté ce principe. » (source : transcript)

Résultat : des motions de soutien dans les conseils régionaux, départementaux, municipaux. À gauche comme à droite. Sans instrumentalisation.

« On défend à travers Christophe un principe : la liberté des journalistes et de la presse », conclut-il (source : transcript).

Mais derrière le principe, il y a une famille. Une grand-mère de 102 ans qui attend son petit-fils. Une mère qui « mange, pense, vit avec Christophe tout le temps » (source : transcript).

« Notre vie a totalement basculé », dit Sylvie Godard (source : transcript).

Et maintenant ? Les semaines décisives

La cour suprême algérienne doit valider le retrait du pourvoi. Ensuite, tout dépendra de Tebboune.

La Coupe du monde commence dans un mois. L’Algérie veut éviter la mauvaise presse. La France multiplie les gestes d’apaisement. Les cartes sont sur la table.

Mais Christophe Gleizes reste en prison. Dix mois déjà. Peut-être sept ans encore.

« Nous pensons que les intérêts supérieurs — la liberté du journalisme et de la presse — doivent prévaloir », lance Francis Godard (source : transcript).

Un appel. Un espoir.

Le Dossier suivra l’affaire. Parce que la liberté d’informer ne devrait jamais être une monnaie d’échange.

Sources :

  • France 24 – émission « Cœur de l’info », interview de Sylvie et Francis Godard, 8 mai 2026 (transcript fourni)
  • Le Figaro – déclaration de la famille sur le retrait du pourvoi en cassation
  • franceinfo.fr – chronologie de l’arrestation et de la condamnation de Christophe Gleizes
  • Wikipédia – biographie de Christophe Gleizes
  • Reporters sans frontières – mobilisation pour Christophe Gleizes

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 3 · 2026-05-09

Christophe Gleizes : 7 ans de prison, 10 mois d'agonie – l’Algérie joue avec un journaliste français

Sur le même sujet