Chirurgien mis en examen pour viols : trois ans d’exercice malgré les accusations

Les faits
L’affaire commence ici. En 2022, Stéphane R. est mis en examen pour des viols commis sur des patientes anesthésiées. Les faits présumés se seraient déroulés dans une clinique du Mans, en Sarthe. D’après Le Parisien et Ouest-France, qui ont révélé l’affaire, le chirurgien est soupçonné d’avoir abusé de plusieurs femmes inconscientes, sur sa table d’opération.
La gravité est extrême. Pourtant, Stéphane R. n’est pas incarcéré. Il est placé sous contrôle judiciaire. Une mesure qui lui permet de continuer à exercer la médecine — à condition, en théorie, de respecter certaines obligations.
Mais que valent ces obligations quand personne ne vérifie ?
Le chirurgien quitte la Sarthe. Il s’installe en Île-de-France, à Sarcelles, dans le Val-d’Oise. Il reprend son activité. Il reçoit des patients. Il opère. Pendant trois ans, de 2023 à 2026, personne ne l’arrête.
« Cela a beaucoup choqué », confie une source proche du dossier au Parisien. Une phrase sobre. Qui dit tout.
Ce n’est que fin juin 2026 que le Conseil de l’Ordre des médecins du Val-d’Oise réagit. Il lance une procédure d’urgence. Il prive Stéphane R. « temporairement d’exercice ». Plus question de le laisser opérer.
Pourquoi avoir attendu trois ans ?
Le contexte
Stéphane R. est un chirurgien orthopédiste de 61 ans. Rien dans son parcours, a priori, ne laissait présager une telle affaire. Il exerçait dans une clinique du Mans, établissement privé de la Sarthe, avant que les accusations ne surgissent.
Les faits qui lui sont reprochés sont d’une violence rare. Des patientes anesthésiées, inconscientes, vulnérables. Sur une table d’opération — un lieu censé être celui de la guérison, pas du crime. Le chirurgien est soupçonné d’avoir profité de cet état pour les violer.
Les victimes présumées sont plusieurs. Leur nombre exact n’a pas été communiqué. Mais la mise en examen, prononcée en 2022, repose sur des témoignages et des éléments recueillis par les enquêteurs.
Stéphane R. a toujours bénéficié de la présomption d’innocence. Il n’a pas été jugé. Mais les faits qui lui sont reprochés sont suffisamment graves pour que la justice le place sous contrôle judiciaire — et pour que l’Ordre des médecins, trois ans plus tard, le suspende en urgence.
Le traitement judiciaire
La procédure judiciaire suit son cours. Stéphane R. est mis en examen depuis 2022. Il est placé sous contrôle judiciaire. Cela signifie qu’il doit respecter certaines obligations — pointer régulièrement, ne pas entrer en contact avec les victimes présumées, ne pas se rendre dans certains lieux.
Mais rien ne l’empêche d’exercer la médecine.
C’est là que le bât blesse. Le contrôle judiciaire n’est pas une suspension professionnelle. Il ne l’interdit pas de travailler. Et l’Ordre des médecins, qui a le pouvoir de suspendre un praticien, n’a pas agi pendant trois ans.
Pourquoi ?
La réponse est dans la chronologie. Stéphane R. quitte la Sarthe après sa mise en examen. Il s’installe dans le Val-d’Oise. Il s’inscrit auprès du Conseil de l’Ordre local. Mais l’information sur sa mise en examen — pourtant publique — n’a pas été transmise, ou n’a pas été traitée.
Ce n’est qu’en juin 2026, après les révélations du Parisien et d’Ouest-France, que le Conseil de l’Ordre du Val-d’Oise réagit. Il lance une procédure d’urgence. Il prive Stéphane R. « temporairement d’exercice ».
Une décision tardive. Qui soulève des questions.
Ce que ça dit de la France
Cette affaire n’est pas un cas isolé. Elle révèle une faille systémique dans le contrôle déontologique des médecins en France.
L’Ordre des médecins est censé protéger les patients. Il a le pouvoir de suspendre un praticien en cas de danger grave. Mais ce pouvoir, il ne l’exerce qu’à condition d’être informé. Et l’information, dans ce dossier, a mis trois ans à arriver.
Comment un chirurgien mis en examen pour viols a-t-il pu s’installer dans un nouveau département sans que l’Ordre local ne soit alerté ? Comment a-t-il pu continuer à recevoir des patientes, à les endormir, à les opérer — alors qu’il était soupçonné d’avoir violé des femmes inconscientes ?
La réponse est simple : personne n’a vérifié.
Le système repose sur la déclaration volontaire. Le médecin doit signaler lui-même sa situation à l’Ordre. S’il ne le fait pas, ou s’il change de département, l’information peut ne jamais être transmise. Les conseils départementaux de l’Ordre ne communiquent pas automatiquement entre eux. Les mises en examen ne sont pas systématiquement notifiées.
Résultat : un chirurgien soupçonné de viols a opéré pendant trois ans. Des patientes se sont confiées à lui. Certaines ont été endormies sur sa table. Sans savoir.
« Cela a beaucoup choqué », dit la source du Parisien. Oui. Mais ce qui choque le plus, c’est que cela aurait pu être évité.
L’enquête continue. La justice devra déterminer si Stéphane R. est coupable des faits qui lui sont reprochés. Mais une chose est déjà établie : le système de contrôle a échoué. Et des patientes ont été exposées à un danger que personne n’a su prévenir.
— Le Dossier
Sources : Le Parisien (Noa Jacquet, 20 juillet 2026), Ouest-France.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 5 · 2026-05-14
Baby-sitter récidiviste : 18 enfants violés, l’État pris en flagrant délit de laxismeÉpisode 6 · 2026-05-15
Baby-sitter : 18 enfants violés, l'État savait (et n'a rien fait)Épisode 11 · 10 JUILLET 2026
Inceste : 76 % de plaintes classées sans suite — le cri de Steffy AlexandrianÉpisode 11 · 2026-07-12
Tarnos : un animateur mis en examen pour viols sur des enfants de 3 et 4 ansÉpisode 12 · 2026-07-18
Gironde : 19 mis en examen dans l’affaire des viols filmés en milieu libertinÉpisode 13 · 2026-07-19
Centre équestre du Nord : un responsable mis en examen pour le viol de six personnesÉpisode 13 · 2026-07-24
Somme : un septuagénaire avoue des viols sur 17 enfantsÉpisode 14 · 2026-07-20
Chirurgien mis en examen pour viols : trois ans d’exercice malgré les accusations
Épisode 23 · 2026-07-25
Val-de-Marne : trois enfants de 3 et 4 ans oubliés une heure par un centre aéréSur le même sujet

Dordogne : un récidiviste présumé échappe à la détention, le procureur fait appel

Aix-en-Provence : 36 jours après sa libération, un récidiviste viole une étudiante sous la menace d'une arme
