LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 7/18

Censure à l'ORTF : quand la parole des enfants faisait trembler le pouvoir (1972)

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-09
Illustration: Censure à l'ORTF : quand la parole des enfants faisait trembler le pouvoir (1972)
© YouTube

Un enfant de 11 ou 12 ans écrit « vengeance » en lettres capitales sur son carnet secret. Un autre, violoniste virtuose, dort dans une chambre d’hôtel à Montmartre, dressé par son père. Et une émission où des enfants critiquent les HLM ? Déprogrammée dès le lendemain. Onze numéros déjà tournés sont partis au frigo. Jamais diffusés. Selon l’émission Rembob'INA, la série « Du côté des enfants » a subi une censure — attribuée à la peur du pouvoir face à une parole enfantine innocente, impossible à manipuler.

Les faits : une série qui donne la parole aux enfants

L’idée vient d’Éliane Victor, créatrice des « Femmes aussi ». Après les femmes, elle lance « Du côté des enfants » en 1971. Le principe ? Laisser les enfants s’exprimer sans leurs parents.

Le premier numéro est diffusé sur la première chaîne le 7 février 1972. Il s’ouvre sur un texte de Robert Bober : « Longtemps, je me suis cru proche des enfants, m’imaginant chaque jour en savoir davantage. En fait, je m’en éloigne toujours un peu plus. C’est normal, je suis un adulte. »

Premier portrait : Michel, 11 ou 12 ans, en pleine révolte contre l’autorité parentale. Robert Bober, qui le connaissait avant le tournage, raconte avoir tenu à interviewer les enfants sans leurs parents. Michel tient un carnet secret. Il y note des « vengeances » contre ses parents, avec des degrés de 1 à 4. Question posée : qu’est-ce qu’un adulte ? « Un adulte, c’est un bonhomme qui commande les enfants. » Son père, interviewé séparément, admet des abus d’autorité. « Je suis aboulique », dit-il. Il reconnaît n’avoir pas donné de « rails » à son fils. Il craint que la révolte ne devienne un « jeu » répétitif.

Autre portrait : Maxime, 13 ans, violoniste virtuose. Il vit avec son père dans une chambre d’hôtel à Montmartre ; sa mère et son frère sont restés à Nice. Le père parle d’un « dressage ». Maxime a un retard scolaire, risque de doubler sa classe. Et pourtant. Il représente la France à un concert européen à Namur, en Belgique. Devenu adulte, Maxime Torrence sera premier violon solo de l’Orchestre national de France, puis de l’Opéra de Paris.

Un troisième volet — réalisé par Bernard Boutier — suit une bande de gamins de la Porte de Saint-Ouen, à Paris. Des enfants en échec scolaire. Ils volent des chewing-gums, se font renvoyer d’un garage, cherchent du travail en vain. Un éducateur nommé Gill tente de les encadrer. Le film se termine sur « Working Class Hero » de John Lennon. L’un d’eux, Thierry, mourra SDF et toxicomane.

La France des Trente Glorieuses et l’ORTF sous contrôle

Années 1970. La France construit des logements sociaux à la chaîne pour éradiquer les bidonvilles. L’ORTF, établissement public sous tutelle de l’État, contrôle l’information. Robert Bober a témoigné de projets refusés sans motif.

C’est dans ce climat que naît « Un mot pour rire » — une émission où des enfants définissent des mots dans un décor qui imite l’Assemblée nationale. Le troisième numéro, sur le mot HLM, est déprogrammé dès le lendemain. Onze autres numéros déjà tournés — dont un sur le mot « riche » où un enfant dit « les riches tuent les pauvres » — sont mis au frigo. Jamais diffusés. La censure est attribuée à la peur du pouvoir face à une parole enfantine innocente et non manipulable. (Oui, vous avez bien lu.) Le livre « Scandale à l’ORTF » (1972) confirme la déprogrammation.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 1 · 2026-03-07

Beyrouth sous les bombes : l'offensive israélienne qui pulvérise tous les records

800 000 évacués en 24 heures. Des frappes toutes les heures. La FINUL prise pour cible. Le sud de Beyrouth vit l'enfer depuis cinq jours.

Épisode 2 · 2026-03-08

Crise humanitaire au Liban : frappes israéliennes, évacuations massives et déplacés par milliers

Frappes israéliennes, évacuations forcées, 300 morts, 450 000 déplacés : le Liban plonge dans le chaos. Les infrastructures sportives transformées en centres d'accueil. À suivre.

Épisode 7 · 2026-08-09

Censure à l'ORTF : quand la parole des enfants faisait trembler le pouvoir (1972)

Sur le même sujet