Bruno Retailleau : « Emmanuel Macron a livré la France au chantage algérien »

Boualem Sansal a passé des mois au secret dans une prison algérienne. Il raconte tout dans La Légende. Ce n’est pas qu’une affaire de liberté d’expression. C’est le symptôme d’une guerre rampante entre Paris et Alger. Bruno Retailleau, ex-ministre de l'Intérieur, brise le silence. Il accuse le président d'avoir courbé l'échine. « La France se couche trop », lâche-t-il. Les preuves s'accumulent. Le dossier est accablant.
Deux hommes face au régime — l'écrivain et le ministre
Ils se connaissaient avant l'arrestation. Bruno Retailleau et Boualem Sansal devaient déjeuner ensemble. « 48 heures avant le 16 novembre, on s'était passé un coup de fil », raconte l'ancien ministre. Ce détail personnel ? Le point de départ d'une affaire politique majeure.
Sansal est arrêté le 16 novembre 2024. Placé au secret pendant une semaine. Personne ne sait où il est. Pas même le ministre de l'Intérieur français. « J'étais dans un trou des services secrets », dit l'écrivain. Pendant ce temps, une rumeur enfle : « Boualem Sansal a disparu. » Les prisonniers de Koléa — à 60 km d'Alger — voient arriver ce symbole de la liberté. Ils lui transfèrent tous leurs espoirs. « Il va faire tomber le régime », pensent-ils.
Retailleau, lui, est ministre de l'Intérieur. Il ne peut pas rester passif. « J'étais choqué qu'on ne défende pas un compatriote français. » Mais il n'est pas seul. La gauche se tait. « Silence radio. » Pire : certains estiment que Sansal « a un peu cherché ». Le régime algérien, lui, n'a aucun scrupule. Tebboune traite Sansal de « traître », de « bâtard », avant même son procès. « Il mérite la mort », lance le président algérien.
« Chaque seconde est une souffrance intolérable »
Dans La Légende, Sansal décrit l'indicible. « Rien n'est franchement insupportable pris isolément. C'est la continuité globale qui use et qui fait mal. » Il parle de l'humiliation. « Je me sentais humilié en tant qu'être humain, en tant qu'Algérien et en tant que Français. » La prison est une condamnation à mort. « À mon âge et malade, cinq ans de prison, c'était la fin. »
Il raconte son transfert à l'hôpital pour un traitement contre le cancer. Les soins sont corrects, mais l'angoisse reste. « Je pensais à mes filles. » La liberté ? Il la refuse de la main du régime. « Je ne veux pas de la grâce présidentielle. Je demande un nouveau procès avec des observateurs internationaux. » Une position de dignité.
Retailleau n'avait que des fragments d'information. « Par Jean-Paul Scarpitta, par Nazia, l'épouse de Boualem. » Rien d'officiel. Le peu qu'il savait venait de personnes dignes de confiance. « Je me suis parfois demandé quel était le meilleur service à lui rendre. » Un dilemme moral. Il n'a pas hésité longtemps.
2024 : quand Macron a fâché Alger
Le 6 août 2025, Emmanuel Macron écrit à François Bayrou. Il appelle à la fermeté avec l'Algérie. Mais le mal est déjà fait. Un an plus tôt, Macron reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Une lettre à Mohammed VI. Alger explose.
« C'est le pic de la fâcherie », affirme Retailleau. L'Algérie rompt toute coopération sécuritaire avec la France. À quelques jours des Jeux Olympiques. « La Russie a continué ses relations. L'Algérie, non. » Un geste hostile. Depuis, le régime multiplie les provocations. Insultes, condamnations, enlèvements.
Le 16 février 2026, le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez se rend à Alger. Une visite de deux jours. Les résultats sont minces. Le régime algérien utilise la France comme bouc émissaire. « Tebboune fait une guerre personnelle à la France », analyse Retailleau. Une guerre qui n'épargne personne.
Mulhouse, les OQTF et le chantage des visas
Le 22 février 2025, un ressortissant algérien tue un retraité portugais à Mulhouse. L'homme était sous le coup d'une obligation de quitter le territoire. « 14 fois, on avait présenté son dossier à Alger », révèle Retailleau. L'Algérie a refusé de le reprendre. Résultat : un mort.
Les chiffres sont accablants. « 40 % des OQTF concernent des Algériens. » Des milliers de personnes. La France délivre chaque année environ 200 000 visas aux Algériens. En échange, Alger n'accorde que « quelques centaines de laissez-passer consulaires ». Un déséquilibre total. « C'est le compte-gouttes. » Le régime algérien maîtrise le flux. Il fait du chantage migratoire.
L'ancien ministre dénonce un double standard. « On donne des visas en masse, et on ne peut pas renvoyer les délinquants. » Il pointe du doigt les accords de 1994. Ils prévoient la réadmission automatique des ressortissants algériens avec papiers d'identité, même périmés. « Alger ne les respecte pas. » La France paie cash.
Les barbouseries algériennes en France — enlèvement à Créteil
L'affaire Sansal n'est pas un cas isolé. Retailleau révèle un autre scandale. « Des agents consulaires algériens ont tenté d'assassiner un opposant à Créteil. » Un enlèvement déjoué de justesse. « Ils utilisaient le consulat comme base arrière. » La France, patrie des droits de l'homme, devient le terrain de chasse des services algériens.
« On ne peut pas supporter les barbouseries algériennes sur le sol français », s'indigne Retailleau. L'état de droit, c'est aussi faire respecter la loi par les services étrangers. Mais le gouvernement macronien regarde ailleurs. « On nous insulte matin et soir, et on ne sait même pas répondre. »
Le dossier s'alourdit. Un rapport interne sur les Frères musulmans alerte sur une infiltration massive dans le tissu associatif français. « C'est une menace grave pour les institutions. » La réponse politique est timide. « La gauche définit les limites de la respectabilité. » Et elle paralyse toute action ferme.
Macron, la double ligne et la lettre du 6 août
Retailleau ne mâche pas ses mots. « Emmanuel Macron a courbé l'échine. » Il parle de « soumission », de « repentance coloniale ». La reconnaissance du Sahara occidental était une décision juste, mais mal gérée. « Il fallait un bras de fer, pas une capitulation. »
La lettre du 6 août 2025 à François Bayrou montre que Macron lui-même appelle à la fermeté. Les actes ne suivent pas. « Il y a deux lignes : la mienne, ferme, et celle de Jean-Noël Barrot, plus conciliante. » Une tactique du « good cop, bad cop ». Le résultat est le même : l'Algérie continue d'insulter la France. « C'est de la haute trahison », tonne Retailleau.
Il rappelle le sort de Sansal. « Le président aurait dû le défendre haut et fort. » Au lieu de cela, le Quai d'Orsay a temporisé. « La gauche française, si rapide à signer des pétitions, s'est tue. » Un silence assourdissant.
La liberté d'expression en danger — la meute et les universités
Sansal regarde la France avec un mélange d'espoir et d'inquiétude. « La France n'est pas combattue que par l'islamisme. Elle est combattue par les Français eux-mêmes. » Il cite La France Insoumise, les socialistes. « On interdit des livres, des représentations. » Les universités lui sont fermées. « Les étudiants sont pilotés par LFI. »
Il dénonce une censure rampante. « La liberté d'expression ne se heurte pas qu'aux murs de la prison. Elle se heurte aussi à la meute. » Une meute qui impose ses limites. Retailleau abonde : « La gauche a gagné le combat culturel. Elle définit ce qui est respectable. » Mais il voit une lueur. « Les réseaux sociaux et certains médias comme Le Figaro offrent une diversité nouvelle. »
L'écrivain a changé d'éditeur. De Gallimard à Grasset. Non par censure, mais par « une affaire personnelle avec Antoine Gallimard ». Il tient à le préciser : « Je n'ai subi aucune pression. » Mais le geste est symbolique. Grasset appartient à Vincent Bolloré, la « bolosphère » tant décriée. « Les écrivains restent libres », assure Sansal. Un message clair.
Retailleau candidat : « Il faut un bras de fer »
Bruno Retailleau est désormais candidat à la présidentielle. Il fait de la souveraineté et de la fermeté face à l'Algérie un étendard. « Le pouvoir actuel rechigne. » Il promet un moratoire sur les visas. « 200 000 visas par an, c'est intenable. » Il veut utiliser le règlement retour européen pour créer des centres de retour en Afrique. « On aura plusieurs fers au feu. »
Il appelle à une rupture. « Il faut un bras de fer. » La France est une grande puissance nucléaire. « Si elle dit non, ça s'entend. » Encore faut-il la volonté politique. « Tebboune, dans sa folie, crée une alerte générale. Il nous insulte matin et soir. » La réponse doit être à la hauteur.
Sansal, lui, ne demande qu'une chose : que la France reste fidèle à elle-même. « La France est le pays de Voltaire. » Il espère qu'elle ne deviendra pas une « démocratie de moins en moins libérale ». Le combat pour la liberté d'expression est universel. Et il commence à Paris, pas seulement à Alger.
Sources
- Le Figaro — émission Esprit libre du 5 juin 2026.
- Boualem Sansal, La Légende, éditions Grasset, 2026.
- Déclarations publiques de Bruno Retailleau lors de l'émission.
- Rapport interne sur la menace des Frères musulmans en France (cité par Retailleau).
- Lettre d'Emmanuel Macron à François Bayrou du 6 août 2025 (mentionnée dans le transcript).
- Enquête du Dossier, épisode 8 : « Bruno Retailleau 2027 : Le moratoire choc et les trahisons de la droite ».
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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