Sánchez défie Trump, régularise 500 000 migrants et provoque une crise avec Retailleau

« Non à la guerre » — le pari risqué de Sánchez face à Trump
Avril 2026. Donald Trump reçoit le chancelier allemand Friedrich Merz dans le Bureau Ovale. Il est hors de lui. « L'Espagne a déclaré que nous ne pouvions pas utiliser ses bases. Ce n'est pas grave — nous pourrions simplement y atterrir et l'utiliser. Personne ne nous en empêcherait », fulmine le président américain. Sa menace est claire : « Nous allons couper tous nos échanges commerciaux avec l'Espagne. Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec l'Espagne. »
Pourquoi une telle colère ? Pedro Sánchez a interdit l'utilisation des bases militaires américaines sur le sol espagnol pour les opérations contre l'Iran. Une décision ferme, assumée. Le Premier ministre espagnol résume sa position en quatre mots : « Non à la guerre. »
Cette phrase n'est pas une formule creuse. Elle s'inscrit dans une tradition politique profonde. Carole Binales, maîtresse de conférences spécialiste de l'Espagne contemporaine, le souligne : « L'anti-américanisme est un élément très fort de la culture politique de la gauche espagnole. » Un héritage direct de l'opposition massive à la guerre d'Irak en 2003 — lorsque José María Aznar posait fièrement aux côtés de George W. Bush, Tony Blair et José Manuel Barroso.
Soixante-dix pour cent des Espagnols sont contre cette guerre, rappelle Juan José Dorado, journaliste espagnol correspondant à Paris. Un sondage El País le confirme. Sánchez est en phase avec son opinion publique. Mais cette popularité intérieure a un prix : l'isolement diplomatique.
L'Espagne refuse d'augmenter son budget défense au-delà de 2 % du PIB. Contre les 5 % exigés par Trump. Pire : elle ne payait même pas les 2 % avant 2025. Le rapport de l'institut CIPRI l'atteste : elle est passée de 0,9 % à 2,1 %. Un effort réel pour l'Espagne, mais ridicule comparé à la Pologne (plus de 5 %), à l'Allemagne (réarmement massif) ou à la France (loi de programmation militaire augmentée).
François Baudonnet, rédacteur en chef de la rédaction européenne de France Télévisions, le dit crûment : « Il a eu le courage de montrer le chemin. » La France a eu une position quasi similaire — interdisant le survol d'avions transportant des armes vers le Moyen-Orient — mais elle ne le disait pas. Trump a révélé l'information. Les autorités françaises ont confirmé, avec hésitation.
Sánchez, lui, l'annonce haut et fort. Et il en récolte les bénéfices politiques. Au mois d'avril, il organise à Barcelone un sommet « En défense de la démocratie » avec une quinzaine de chefs d'État — Brésil, Colombie, Mexique, Afrique du Sud. Une contre-diplomatie qui flatte son électorat.
Est-ce vraiment une position de principe ? Ou une manœuvre électorale ? La question reste ouverte.
500 000 régularisés : la bombe migratoire qui fait trembler l'Europe
Pendant que Trump menace, Sánchez régularise. En début d'année 2025, il annonce par décret la régularisation de 500 000 sans-papiers. Pas une mesure improvisée : elle est issue d'une initiative législative populaire portée par l'association Régularisa Fiongia. Sept cent mille signatures récoltées. Un processus démocratique.
Mais les chiffres donnent le vertige. L'Espagne compte déjà 10 millions d'étrangers — 20 % de la population. Sur ce total, 800 000 à 850 000 immigrés en situation irrégulière. Sánchez en avait déjà régularisé 500 000 avant cette nouvelle vague. Soit un million de personnes régularisées — oui, vous avez bien lu — sous son mandat.
Qui sont ces régularisés ? Quatre-vingt-dix pour cent des Latino-Américains déjà installés, déjà au travail. Une mesure pragmatique, soutenue par le patronat espagnol qui a besoin de main-d'œuvre. Ce n'est pas un appel d'air migratoire — c'est la légalisation d'une réalité économique.
Pourtant, à Paris, l'annonce provoque une onde de choc. Bruno Retailleau, figure des Républicains et candidat à la présidentielle, monte au créneau. Il accuse Sánchez de « briser la solidarité Schengen ». Un argument fort : si l'Espagne régularise massivement, ces nouveaux citoyens européens peuvent circuler librement dans l'espace Schengen — y compris en France.
La question est explosive. Les chiffres de l'intégration espagnole sont pourtant édifiants : 66 % des Espagnols estiment que les immigrés contribuent positivement au pays. Un taux supérieur à la moyenne européenne. La société espagnole, marquée par son histoire d'émigration, semble plus ouverte.
Mais cette politique migratoire a un coût politique. Sánchez gouverne par décret parce qu'il n'a pas de majorité parlementaire depuis 2023. Pas de budget voté depuis 2023. Le budget 2023 a été reconduit avec les chiffres de 2022 — imaginez le décalage. Il tient grâce à une coalition hétéroclite : gauche radicale, indépendantistes catalans, nationalistes basques, chacun négociant des avantages.
Une fragilité permanente. Mais aussi une liberté d'action : le décret permet de contourner un Parlement hostile.
L'isolement diplomatique — Sánchez seul contre tous ?
En Europe, Pedro Sánchez est un ovni politique. Un survivant. Sur 27 États membres, seuls quatre ont des gouvernements socialistes. La droite et l'extrême droite progressent partout.
« C'est un survivant sur le plan politique », confirme François Baudonnet. « À Bruxelles, il est salué comme tel. » Mais cette longévité a un prix : l'isolement.
Sa position sur le conflit israélo-palestinien le marginalise encore davantage. Sánchez défend une ligne dure : suspension des accords UE-Israël, condamnation de la guerre sans mandat de l'ONU, reconnaissance de l'État de Palestine. Une position partagée par la société civile européenne, mais pas par les gouvernements.
La France, le Royaume-Uni et l'Allemagne pratiquent le « dommage tolérable » — condamner les frappes sans rompre avec l'atlantisme. Sánchez va plus loin. Beaucoup plus loin. Anne-Charlène Bezzina, constitutionnaliste et éditorialiste, résume : « Sanchez va vraiment loin dans le bras de fer. Il ronge en quelque sorte avec une doctrine de l'Union européenne. »
L'Union européenne ne peut pas le suivre dans ses votes. Le refus des 5 % pour l'OTAN est symptomatique : comment justifier aux Polonais, qui dépensent plus de 5 % de leur PIB pour la défense, que l'Espagne plafonne à 2 % ?
La géographie explique en partie ce choix. L'Espagne est moins exposée aux menaces que la Pologne ou les États baltes. Son économie est moins dépendante des États-Unis que celle de l'Allemagne. Mais les douanes américaines ont déjà coûté 9 milliards à l'Espagne — ce n'est pas un chiffre négligeable.
Pourtant, Trump n'a pas mis ses menaces à exécution. Deux mois après ses déclarations, aucune mesure concrète n'a été prise contre l'Espagne. Le président américain est en colère, mais il ne peut pas exclure un pays de l'OTAN du jour au lendemain. Sánchez l'a bien compris.
Reste que son image de « résistant » sert ses intérêts intérieurs. Juan José Dorado le dit sans détour : « Il est plus qu'un homme politique. C'est un opportuniste. » La preuve ? En 2016, il jurait qu'il ne gouvernerait jamais avec Podemos. En 2018, il en faisait son vice-président. Pablo Iglesias, leader de Podemos — l'équivalent espagnol de La France Insoumise — est devenu son bras droit.
Promesses trahies. Alliances contre-nature. Mais le pouvoir avant tout.
Le miracle espagnol — mirage ou réalité ?
L'Espagne affiche des chiffres flatteurs. Croissance à 2,8 % en 2025 — contre 1,5 % pour la moyenne européenne. Déficit à 2,5 % du PIB — la France dépasse les 5 %. Une locomotive économique de la zone euro.
Mais regardons derrière les chiffres. L'Espagne a reçu 160 milliards d'euros de l'Union européenne — 80 milliards de subventions et 80 milliards de prêts. Le deuxième bénéficiaire du plan post-Covid après l'Italie. « Derrière ce miracle économique espagnol, il y a beaucoup de subventions », prévient François Baudonnet. « Et beaucoup de petits boulots, de temps partiels. »
Le moteur de cette croissance ? Le tourisme. Pas l'industrie. Pas l'innovation. Le tourisme. Un secteur volatil, dépendant des crises sanitaires et géopolitiques. Si une nouvelle pandémie frappe, l'économie espagnole s'effondre.
Le chômage des jeunes reste le plus élevé de l'Union européenne. Celui des femmes aussi. Deux millions de « Tanguy » — ces jeunes Espagnols qui vivent encore chez leurs parents à 30, 32, 34 ans, incapables de payer un loyer. La crise du logement est explosive.
Et Sánchez embauche. Depuis son arrivée au pouvoir, plus de 600 000 fonctionnaires recrutés. 250 000 supplémentaires prévus dans les prochains mois. Des emplois publics qui saturent les administrations régionales. Une stratégie clientéliste à l'approche des législatives de 2027.
Carole Binales le reconnaît : « La fonction publique espagnole est un outil politique très intéressant pour Sánchez. » Mais cette politique a un coût. Un endettement croissant. Une dépendance aux subventions européennes que l'Espagne pourrait ne pas recevoir éternellement.
Le miracle espagnol pourrait se transformer en mirage. La question est : jusqu'à quand ?
Corruption, scandales et fragilité — le château de cartes
Sánchez résiste, mais les scandales s'accumulent. Son épouse est visée par une enquête pour corruption — il s'était accordé cinq jours de réflexion le 24 avril 2024, profondément affecté qu'on s'en prenne à sa femme. Son frère est convoqué prochainement pour des faits similaires. Son ancien bras droit, Ábalos — un scandale de corruption avéré.
Trois proches. Trois affaires. Trois procès à venir.
La gauche espagnole parle de « lawfare » — l'utilisation du droit contre le droit. L'idée que ces poursuites n'auraient pas eu lieu si les accusés n'étaient pas liés à Sánchez. Question légitime : cette femme aurait-elle fait l'objet des mêmes attaques si elle n'avait pas été l'épouse de Pedro Sánchez ? — avance Carole Binales.
Vraie question ou paravent politique ? Les faits sont là. Les juges enquêtent. Les procès approchent.
Et pendant ce temps, Sánchez gouverne par décret. Sans majorité. Sans budget. Enchaînant les défaites électorales régionales — les quatre dernières élections perdues. Mais il tient. Il tient parce qu'il sait s'allier. Parce qu'il rebondit toujours.
Le 24 avril 2024, après l'annonce de l'enquête visant son épouse, il avait disparu cinq jours. Tout le monde le croyait fini. Il est revenu. Il a survécu. C'est sa marque de fabrique : une capacité d'adaptation hors norme.
La question est : jusqu'à quand ?
Sánchez mise tout sur son opposition à Trump, sur sa politique sociale, sur sa régularisation massive. Un pari risqué. Si les élections de 2027 tournent mal, son héritage sera celui d'un opportuniste qui aura survécu plus par défaut que par talent.
Mais s'il gagne — s'il parvient à transformer sa résistance anti-Trump en victoire électorale — il deviendra une référence pour toute la gauche européenne.
En attendant, son isolement diplomatique affaiblit l'Europe. Sa politique migratoire irrite la France. Sa gestion économique interroge. Et les scandales de corruption rôdent.
Pedro Sánchez est un funambule. Au-dessus du vide. Sans filet. Et les prochaines élections approchent.
L'enquête continue.
Sources
- Transcript complet de l'émission « Sens Public » — Public Sénat, 19 mai 2026
- Sondage El País sur l'opinion publique espagnole et la guerre
- Rapport CIPRI sur les dépenses militaires espagnoles
- Déclarations de Donald Trump au Bureau Ovale, avril 2026
- Réactions de Bruno Retailleau à la régularisation des migrants en Espagne
- Association Régularisa Fiongia — initiative législative populaire
- Données économiques espagnoles : croissance, déficit, chômage, logement
- Constitution espagnole — article 87 sur les initiatives législatives populaires
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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