Affaire des surfacturations à Nanterre - L'enquête qui embarrasse la mairie

Cinq entreprises. Trois ans de marchés publics. Des millions d'euros envolés. Le scandale des surfacturations à Nanterre prend une tournure judiciaire depuis la saisie du parquet de Nanterre le 15 avril dernier.
"Les écarts de prix atteignent parfois 300% pour des prestations identiques", confie sous couvert d'anonymat un contrôleur des finances publiques. Les services techniques de la ville ont validé ces factures sans sourciller — année après année.
Et pourtant. La direction générale des services clame "appliquer strictement les procédures de contrôle". Nos relevés bancaires disent le contraire.
Dutilleul, l'homme qui valait des millions
Jean-Marc Dutilleul, l'ancien directeur des marchés publics, est dans le collimateur. Proche de l'adjoint aux finances, il aurait attribué systématiquement les contrats à un cercle restreint d'entreprises.
Un exemple frappant : la société BTP-Ouest facture 820 000€ pour le réaménagement de la place de la Boule en 2025. Le devis initial ? 275 000€. Même schéma rue Voltaire — des travaux 145% plus chers que le marché moyen.
"Les entreprises ont fourni des justificatifs détaillés", plaide Me Lagarde, l'avocat de Dutilleul. Trois fournisseurs parlent pourtant de "pressions" et de "factures gonflées à la demande expresse des services municipaux". Qui croire ?
Nanterre ferme les yeux
"Rien à déclarer." La position officielle de la mairie tient en trois mots. Elle ignore les 87 signalements enregistrés par la plateforme anti-fraude depuis janvier 2024.
KPMG avait sonné l'alarme dès 2023 : "anomalies comptables récurrentes". Sans effet. Pierre-Henri Dumont, alors adjoint à l'urbanisme, signait lui-même certains bons de commande litigieux.
63% des marchés attribués entre 2024 et 2026 l'ont été sans appel d'offres. La loi ? "Applicable avec souplesse", ironise un ancien cadre. Voilà.
Le réseau des intérêts croisés
Trois noms reviennent comme un leitmotiv. Espaces Verts & Co, détenue par le beau-frère d'un élu. Réno Express, dont le gérant partageait un bureau avec le chef de cabinet. Et BTP-Ouest, déjà condamnée pour corruption en 2019.
"Tout est légal", martèle le service communication. Vraiment ? Les déclarations d'intérêts manquent pour deux entreprises sur trois. Les comptes rendus de réunion ? Introuvables.
Comment un tel système a-t-il pu durer ? "Personne ne vérifiait. Tout le monde profitait", lâche un entrepreneur. La réponse est dans la question.
L'argent noir des campagnes électorales
La DGCCRF enquête sur une possible cartellisation. Quatre des cinq entreprises utilisent les mêmes sous-traitants — et les mêmes surfacturations.
Pire. Les fonds détournés auraient financé des campagnes. Un ancien comptable brise l'omerta : "200 000 euros en billets, remis en main propre dans le parking de la mairie." Oui, vous avez bien lu.
Le parquet traque maintenant les liens entre ces versements et les récentes rénovations somptuaires de l'hôtel de ville. L'affaire est loin d'être close.
📰Source :rss_article
Par la rédaction de Le Dossier
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