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Brigitte Jéhanne : la chercheuse qui a révolutionné le diagnostic de la tuberculose

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-24
Illustration: Brigitte Jéhanne : la chercheuse qui a révolutionné le diagnostic de la tuberculose
© YouTube

Une enfance brisée, une résilience forgée

À sept ans, Brigitte Jéhanne voit sa famille ravagée par la tuberculose. Sa mère, contaminée par sa sœur aînée, tombe gravement malade. Son père, mécanicien dans l'armée de l'air, succombe à une fièvre fulgurante en Égypte. Trois mois avant sa naissance.

"C'était une famille en miettes." Elle grandit chez sa grand-mère, dans une atmosphère chaleureuse mais précaire. À sept ans, elle est à son tour contaminée. Renvoyée de l'école, elle prend une décision radicale : partir en pensionnat. "C'est rare qu'un enfant choisisse cela. Mais c'était ma seule issue."

Le pensionnat devient son refuge. C’est là qu’elle découvre les sciences. Les mathématiques d’abord, puis la biologie. "Je voulais comprendre comment une cellule se divise, comment un spermatozoïde et un ovule fusionnent." Une curiosité précoce, nourrie par les livres et les rencontres.

L’Institut Pasteur : l’épreuve du feu

En 1965, Brigitte intègre l’Institut Pasteur. Elle tombe sous la direction de Jacques Monod, Prix Nobel de physiologie. Une rencontre mémorable, mais teintée de sexisme. "Vous êtes une femme, vous allez avoir une famille", lui lance-t-il. Sous-entendu : la recherche n’est pas pour vous.

Brigitte ne se laisse pas intimider. "Je ne suis pas venue pour parler de cela." Une réplique sèche, qui traduit sa détermination. À l’époque, l’Institut Pasteur compte 500 chercheurs. Aujourd’hui, ils sont 3000. Brigitte y fait ses armes, malgré le plafond de verre.

"La carrière d’une femme a cinq ans de retard sur celle d’un homme." Pour obtenir les mêmes postes, elle doit publier davantage, être plus agressive. "Si on ne le fait pas, on disparaît." Une réalité cruelle, encore d’actualité dans le monde scientifique.

La tuberculose : un pari risqué, une victoire éclatante

Dans les années 1980, Brigitte choisit un sujet peu glamour : la tuberculose. Une maladie des pauvres, selon l’opinion commune. "Ce n’était pas à la mode." Mais Brigitte connaît l’impact de cette maladie. Elle l’a vécu dans sa chair.

Son pari se révèle visionnaire. Dix ans plus tard, l’épidémie de sida fait resurgir la tuberculose. Les systèmes immunitaires affaiblis permettent à la maladie de se réactiver. En Union soviétique, l’effondrement des systèmes de santé aggrave la crise. La tuberculose résistante aux antibiotiques devient une menace mondiale.

Brigitte est au cœur de la tempête. Avec des collègues de l’hôpital Bichat, elle développe des tests PCR pour diagnostiquer la tuberculose en une journée. Une révolution. Avant cela, le diagnostic prenait trois semaines. "Cela a changé la donne." Une avancée majeure, qui lui apporte une notoriété méritée.

Shanghai : l’appel de l’Orient

En 2005, Brigitte est appelée à Shanghai. L’Institut Pasteur lui propose de créer un laboratoire sur la tuberculose. Un projet ambitieux, dans un pays où la maladie reste endémique. Elle accepte, sans hésiter.

"En Chine, quand on décide de faire quelque chose, on met tous les moyens pour le faire." Une différence frappante avec la France, où les financements sont rares et les projets souvent bloqués par la bureaucratie. Brigitte monte un groupe de recherche, recrute du personnel, lance des études sur les nouveaux antibiotiques.

Elle découvre une Chine en pleine mutation. "L’enthousiasme était formidable." Une expérience qui marque un tournant dans sa carrière. Après Shanghai, elle répond à un appel d’offre à Shenzhen, dans le sud de la Chine. Elle y dirige un groupe de recherche au Centre de contrôle des maladies infectieuses.

Une pionnière dans un monde d’hommes

Brigitte Jéhanne est une pionnière. Une femme dans un monde dominé par les hommes. "Il faut être beaucoup plus visible pour être remarquée." Elle le dit sans amertume, mais avec lucidité. Le plafond de verre est une réalité, même pour les plus brillantes.

Son parcours est une leçon de résilience. Contaminée par la tuberculose, elle a transformé cette épreuve en moteur. "J’avais compris l’impact de cette maladie que les autres ne pouvaient pas comprendre." Une sensibilité qui a guidé ses recherches, ses choix, ses combats.

Aujourd’hui, Brigitte continue de vivre pleinement. Elle lit, voyage, rencontre des gens formidables. "Ce qu’il faut faire, c’est bien vivre tous les jours qu’on a à vivre." Une philosophie simple, mais puissante. Une leçon de vie, pour nous tous.

Sources

  • Entretien avec Brigitte Jéhanne
  • Institut Pasteur

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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