Brice Hortefeux piégé par ses liens avec le terroriste libyen Senoussi

21 décembre 2005. Brice Hortefeux franchit le seuil de la maison d’Abdallah Senoussi. Dix-neuf ans plus tard, cette visite le rattrape au procès en appel des financements libyens. L’ancien ministre parle de « piège ». Les preuves, elles, racontent une autre histoire.
Un voyage qui interroge
« Je suis très étonné. » La phrase du président de la cour Olivier Géron en dit long. Le 26 mars 2026, face à Brice Hortefeux, le magistrat ne cache pas son irritation. « La Libye est un État particulier. Ce n’est pas n’importe quel pays. »
Et pour cause. En décembre 2005, la Libye de Kadhafi reste un paria international. Le pays finance des groupes terroristes. Son régime est accusé d’avoir commandité l’attentat contre le vol UTA 772 en 1989 — 170 morts, dont 54 Français.
Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi, en est l’un des principaux organisateurs. Condamné par contumace en France en 1999, il figure sur toutes les listes noires. Sauf, apparemment, sur celle de Brice Hortefeux.
« Votre voyage se fait sans alerte particulière… », insiste Olivier Géron. L’ancien ministre esquive. Il prétend avoir ignoré la situation judiciaire de Senoussi. Pourtant, les services de renseignement français avaient documenté son rôle dès les années 1990.
2005 : une année trouble
21 décembre 2005. La date résonne comme un coup de feu. Hortefeux se rend au domicile de Senoussi. Trois semaines plus tôt, Nicolas Sarkozy — alors ministre de l’Intérieur — a rencontré Kadhafi à Tripoli.
Coïncidence ? Pas pour les juges. Le procès en appelle révèle des transferts suspects entre la Libye et des comptes français dès 2006. Des fonds qui auraient servi à financer la campagne présidentielle de 2007.
Voilà le tableau. En 2005, Sarkozy prépare sa candidature. Hortefeux, son bras droit. La Libye, son futur bailleur de fonds. Les pièces s’emboîtent.
Senoussi, l’homme de l’ombre
Abdallah Senoussi n’est pas un interlocuteur ordinaire. Chef des services secrets libyens, il contrôle les finances parallèles du régime. En 2005, il négocie déjà des contrats pétroliers avec Total.
« Un terroriste devenu homme d’affaires », résume un rapport du Quai d’Orsay. Condamné à mort en Libye après la chute de Kadhafi, il est extradé vers la France en 2024. Ses déclarations font trembler l’ancienne équipe Sarkozy.
Hortefeux persiste : « Je ne savais pas. » Pourtant, Mediapart a révélé en 2025 des notes des RG le décrivant comme « l’intermédiaire français de Senoussi ». Une note du 15 novembre 2005 — un mois avant sa visite — le mentionne explicitement.
Le piège se referme
Et pourtant, c’est là que ça devient intéressant. Lors de l’audience, le président Géron exhibe des documents inédits. Des bordereaux de transferts. Des comptes offshore. Des SMS cryptés.
Hortefeux parle de « montage ». Les juges parlent de « blanchiment ». L’argent libyen — 5 millions selon les premières estimations — aurait transité par des sociétés écrans au Panama.
L’ancien ministre se défend mal. « Je n’ai jamais touché d’argent. » Mais il reconnaît avoir « facilité des contacts ». Un euphémisme. Les preuves montrent des allers-retours incessants entre Paris et Tripoli en 2006-2007.
Une stratégie de l’étouffement
L’affaire ne date pas d’hier. Dès 2012, Mediapart révèle les financements libyens. Pendant dix ans, Hortefeux et Sarkozy nient. Ils attaquent en diffamation. Ils enterrent les procédures.
2026 marque un tournant. Les juges ont accès aux archives libyennes. Les témoins — dont Senoussi — parlent. Les comptes bancaires ne mentent pas.
Où est l’argent ? La question plane sur le procès. Une partie a servi à acheter des appartements parisiens. Un autre volet aurait financé des meetings. Les derniers millions dormiraient encore à Dubaï.
Hortefeux clame son innocence. Mais face aux preuves, ses dénégations sonnent creux. Son voyage de 2005 n’était pas une erreur. C’était un maillon dans une chaîne de complicités.
Le piège libyen, c’est lui qui l’a tendu. À lui-même.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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